©Chang Martin

Solidays : l’amour à l’hippodrome

Sol­i­dar­ité ! Voilà un terme qui fait du bien à enten­dre en ce moment en France. Sur l’Hippodrome de Longchamp, chaque dernier week­end de juin, c’est même devenu le mot d’ordre. Depuis 1999, Sol­i­days et l’as­so­ci­a­tion Sol­i­dar­ité Sida y pren­nent leurs quartiers, prof­i­tant du début des vacances sco­laires pour réu­nir  un pan­el d’artistes de tous hori­zons pour soutenir la préven­tion et la lutte con­tre le SIDA.

Spider-Man sous stéroïdes, nos­tal­gie ado­les­cente et crème pas fraîche

Niveau lutte d’ailleurs, les Dizzy Brains savent de quoi ils par­lent. Orig­i­naire de Mada­gas­car, encore classé l’année passée en 5e posi­tion des pays les plus pau­vres selon le FMI, le quatuor n’a pas hésité à abor­der aus­si bien la pau­vreté et les droits des femmes que la recherche con­tre le VIH, le tout devant un pub­lic atten­tif qui avait tro­qué pour l’occasion les tra­di­tion­nelles couronnes de fleurs pour des ban­danas. Il faut dire que pour sec­ouer la tête sur le blues rock de “Tovo­vavy All Right” tout en épongeant la sueur, c’est plus pra­tique. Ce n’était d’ailleurs pas le seul acces­soire du fes­ti­va­lier puisque les déguise­ments étaient encore une fois à l’honneur. Out­re les désor­mais clas­siques pan­da, girafe et Salamèche, on retien­dra plus pré­cisé­ment deux d’entre eux : Duff­mann, très réal­iste quoique vis­i­ble­ment plus sen­si­ble aux vapeurs d’alcool que dans les Simp­sons, ain­si qu’un Spi­der Man qui avait opté pour la ver­sion “mus­cle +”. Résul­tat : ajouter les biceps de Bat­man au corps de Tom Hol­land, ça ne ressem­ble plus à grand chose, dommage.

Crédit : Brice Delamarche

Mais on ne va non plus s’en plain­dre, loin s’en faut, d’ailleurs nos héros à nous ce week­end ne se trou­vaient pas dans le champ mais bien sur scène, à com­mencer par Vital­ic. Le patron de Cit­i­zen Records nous a démon­tré une fois encore  qu’il était l’un des maîtres en matière de live élec­tron­ique en retra­vail­lant à la machine l’ensemble de ses albums. Issus D’OK Cow­boy à Voy­ager en pas­sant par Flash­mob, ses meilleurs morceaux ont eu droit à un enchaîne­ment inin­ter­rompu, le tout avec une scéno­gra­phie géométrique à base de néons qui ampli­fi­ait encore un peu plus le côté rave de son live, sans pour autant pouss­er trop le côté “rendez-vous tun­ning”. Visuelle­ment on en a d’ailleurs pris plein les yeux tout au long du week­end. Et c’est bien nor­mal lorsqu’on s’appelle The Prodi­gy ou encore The Bloody Beet­roots. On ne vous le cachera pas, c’est surtout notre côté nos­tal­gique qui nous a poussé à aller voir les deux groupes. L’adolescent qui som­meille en nous se rap­pelait encore avec joie il y a quelques jours son chemin vers le lycée, “Breathe” ou “Warp 1.9” dans les oreilles. Si les Bri­tan­niques ont fourni un con­cert sans sur­prise mais extrême­ment effi­cace en alig­nant leurs grands clas­siques “Omen”, “Smack My Bitch Up” et “Voodoo Peo­ple”, les Ital­iens eux nous ont réelle­ment déçus. Traitez-nous de vieux cons si vous le voulez, mais on se demande encore deux jours après com­ment les beu­g­leries de Sir Bob Cor­nelius Rifo et sa tech­no pétaradante ont pu un jour nous séduire. Et on n’était pas les seuls puisque nos voisins dans le pub­lic ont pour cer­tains eu la même réac­tion. Bon, il s’agissait plus de trente­naires que des jeunes de 18–20 ans encore recou­verts des pous­sières de la Col­or Par­ty qui avait lieu un peu plus tôt ce jour là (et que l’on a pris soit d’éviter), mais quand même.

L’une des autres décep­tions du fes­ti­val était ali­men­taire : si le sand­wich raclette passe tou­jours très bien, même par 30°, on ne fera plus jamais le sand­wich “jam­bon, crème fraîche, fines herbes” qui a néces­sité une bonne demie heure de pause-digestion. Mais la con­trar­iété stom­acale a rapi­de­ment lais­sé place au fes­tin avec un artiste qui nous a régalé : DJ Pone, sur la scène Domi­no. Mal­gré la mau­vaise sur­prise en s’apercevant que les sons de son chapiteau se bat­tait en duel avec celui de Tale Of Us sur la scène voi­sine, on a très vite élim­iné les calo­ries ingur­gitées quelques instants plus tôt. En mêlant avec tou­jours autant de tal­ent hip-hop et élec­tro, l’auteur de Radi­ant a sans doute offert aux fes­ti­va­liers l’un des meilleurs moments du fes­ti­val. Il n’y avait qu’à voir la folie qui s’est emparée du pub­lic lorsqu’il a clô­turé son mix par “Para­chute End­ing” de Birdy Nam Nam, for­ma­tion qu’il a quit­té il y a quelques années, pour le comprendre.

Troll de haut-vol, mosh­pit avorté et sol­i­dar­ité entre festivaliers

On aurait pu vous par­ler d’électro tout au long de ce report tant le style est devenu presque omniprésent dans les pro­gram­ma­tions de fes­ti­val, mais ce serait oubli­er qu’à Longchamp ce week-end, on célébrait la sol­i­dar­ité entre toutes et tous. L’éclectisme était donc for­cé­ment de rigueur, notam­ment avec une très belle pro­gram­ma­tion hip-hop. Sur la scène de Bagatelle, on a pu voir Vald, le rappeur trolleur dont la blague à Marsa­t­ac n’a pas fait rire tout le monde. A Paris, ses punch­lines ont déchaîné la foule, mais comme il le dit si bien lui même : “Il n’y pas de bon con­cert sans bon pub­lic”. Et de bon pub­lic, s’il en était ques­tion tout au long du fes­ti­val, c’était encore plus le cas ici. Même les par­ti­sans du 94 qui ont crié haut et fort pour défendre leurs couleurs lorsque Vald, Fian­so et Kalash Crim­inel scan­daient “9–3 Empire” ont rapi­de­ment retrou­vé leurs sourires lorsque “Ma meilleure amie” a démarré.

On a prof­ité d’un trou dans la pro­gram­ma­tion pour recharg­er nos bat­ter­ies à l’ombre dans la Guinguette, ce petit est­a­minet instal­lé au milieu des bois où tout au long du week­end on sert de la bière fraîche au rythme des dis­cus­sions sur la météo (canicule oblige), de l’hommage aux bénév­oles ou encore des mots d’Edwy Plenel sur la sol­i­dar­ité. Nous avons appliqué ce principe de sou­tien durant le week­end, notam­ment en restant jusqu’au bout du con­cert de House Of Pain : c’était un peu cou­ru d’avance, mais ça fait tou­jours de la peine de voir le pub­lic s’agglutiner en masse devant les Améri­cains pour désert­er très vite une fois passées les dernières notes de “Jump Around”. Ça les a sans doute asti­coté un peu puisqu’ils ont quit­té la scène d’un coup sec, deux morceaux plus tard, sous des applaud­isse­ments plus que timides. Con­traire­ment au trio Flat­bush Zom­bies qui eux ont fait chapiteau comble d’un bout à l’autre de leur con­cert. Entre deux morceaux unre­leased, les Améri­cains ont même ten­té d’organiser un mosh­pit, mais prenant rapi­de­ment con­science que le pub­lic de Sol­i­days n’est pas le même que celui du Hellfest, le trio se ravis­era pour finale­ment deman­der aux spec­ta­tri­ces de mon­tr­er leurs seins — pas sûr que ce soit beau­coup plus malin.

On ter­min­era notre fes­ti­val devant Dip­lo et ses mul­ti­ples mash up. De “Lean On” à “Still Dre” en pas­sant par le “Wannabe” des Spice Girls, “Every­time We Touch” de Cas­ca­da ou encore un remix trap de “One More Time” des Daft, le patron de Mad Decent a fait ce qu’il sait faire de mieux : cou­vrir un spec­tre musi­cal si grand qu’il est encore aujourd’hui capa­ble de faire l’unanimité entre les bas­tions du hip-hop, de la pop et de l’électro. Mais au-delà des foules devant les scènes, c’est le com­porte­ment des fes­ti­va­liers qui nous a mar­qué. Entre ceux venus braver la foule en béquilles, aidés par leurs amis qui por­tent leur sac de scène en scène, ceux qui soute­naient les mal en point après le fameux verre de trop ou ce cou­ple dont l’homme déguisé en girafe pro­tégeait de ses bras sa com­pagne pour éviter un coup de coude mal­heureux dans la fos­se, on se dit que la sol­i­dar­ité, au-delà d’être un mot et une valeur soutenue par Sol’ Sid’, c’est surtout beau­coup de petites actions.

Meilleur moment : On a beau­coup par­lé de Vital­ic, mais Octave Noire c’était franche­ment beau !

Pire moment : The Geek x Vrv qui lance “Full Clip” de Gang Starr, et qui le coupe au moment où le morceau démarre vrai­ment… Frustrant !

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