Crédit : Paul Rousteau

Temperance” par Dominique Dalcan : “Je fais de l’orfèvrerie, pas de l’industriel”

Dominique Dal­can a gag­né une Vic­toire de la musique ce ven­dre­di 9 févri­er 2018, dans la caté­gorie “album de musiques élec­tron­iques ou dance”. L’occasion de relire notre arti­cle extrait de Tsu­gi 99, mag­a­zine pub­lié en févri­er 2017 et disponible à la com­mande ici.

Trois ans après son album Hirun­do, Dominique Dal­can revient avec Tem­per­ance, un disque de chan­son sub­til et gra­cieux sur lit d’instrumentaux élec­tron­iques ciné­matographiques.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy :

Qua­trième ver­tu car­di­nale chez Pla­ton, la tem­pérance sug­gère un car­ac­tère philosophique rel­e­vant de la maîtrise de soi. D’une réflex­ion sur le “moi” peut naître un ques­tion­nement sur l’autre, mais égale­ment sur le monde qui nous entoure. C’est ce que Dominique Dal­can a voulu don­ner à enten­dre avec ce nou­veau pro­jet. “Avec ce disque, je jette sur la table une série de thèmes qui ensuite devi­en­nent un sujet de dis­cus­sion ou un débat. Je pars d’un axiome sim­ple. Le respect de soi-même implique celui de l’autre et de l’environnement.” Avant de se lancer avec Tem­per­ance, Dominique a con­nu une longue car­rière. Depuis 1991, le Français arbore la cape de chanteur pop sous son nom, mais aus­si celui de pro­duc­teur de musique élec­tron­ique sous pseu­do Snooze. Dans les deux cas, ses dis­ques con­fèrent à chaque fois une idée de voy­age à l’image d’Osti­na­to, un album-concept autour du Brésil ou d’Americana, une œuvre au goût d’outre-Atlantique. Ce neu­vième album sonne cette fois-ci comme un voy­age intérieur et organique. “Comme le souligne le titre ‘Your Body Is A Ter­ri­to­ry’, je voulais envis­ager le corps en tant que ter­ri­toire, avec ses fron­tières. C’est un instru­ment intéres­sant à étudi­er, car il sym­bol­ise l’évocation des sen­ti­ments.” Les mou­ve­ments cor­porels l’ont d’ailleurs intéressé puisqu’il a coréal­isé la vidéo de son mag­nifique morceau “Small Black Piece Of Field”, où deux danseuses con­tem­po­raines (l’une vêtue de noir, l’autre de blanc) représen­tent “notre monde à l’ère de l’anthropocène entre chaos et angélisme”. Créant une musique qui provoque inévitable­ment l’envie pour l’auditeur de con­vo­quer des images, Dal­can nous offre neuf titres homogènes, trem­pés aus­si dans une cer­taine forme musi­cale impres­sion­niste, comme en témoignent l’introduction “Cold Is The Ground” et le poé­tique “Take Shal­ter”, où il vient pos­er sa voix sur des instru­men­taux élec­tron­iques lents et con­tem­plat­ifs. Il n’hésite pas à citer comme source d’inspiration des com­pos­i­teurs tels que Debussy et Rav­el (le piano est un élé­ment cen­tral du disque) ou des artistes con­tem­po­rains affil­iés au land art comme James Turell. Le pro­jet sem­ble réson­ner comme une musique “intel­lo”, mais se veut tout aus­si acces­si­ble. “Je chante en anglais afin de touch­er un max­i­mum de per­son­nes.” Car Dal­can crée de la musique avec pas­sion, dans un but de trans­met­tre et sans l’ombre d’un cal­cul. “Je fais de l’orfèvrerie, pas de l’industriel.”

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