The Orb : interview et écoute du nouvel album

Aujour­d’hui sort Moon­build­ing 2703 AD, le nou­v­el album de The Orb, groupe pio­nnier inven­teur de l’am­bi­ent house au début des année 90. Une belle occa­sion de revenir sur le par­cours et la philoso­phie d’une légende de la musique élec­tron­ique. 
Ren­con­tre avec Thomas Fehlmann, com­parse d’Alex Pater­son au sein de The Orb. 

Les ambiances futur­istes ont tou­jours sem­blé vous intéress­er, vous pensez que la musique élec­tron­ique est tou­jours le son du futur ? 

En un sens la musique élec­tron­ique est tou­jours jeune, elle n’a été inven­tée qu’à la fin des années 50, son développe­ment s’est fait incroy­able­ment rapi­de­ment, plus que pour tout autre genre musi­cal, aus­si vite que les pro­grès tech­nologiques le per­me­t­taient à vrai dire. Moi même quand je com­pose je n’ai jamais d’impression de déjà vu, tout me sem­ble encore inex­ploré. La musique élec­tron­ique est tou­jours ado­les­cente, ça fait quelques temps qu’elle est là mais elle a encore du chemin à par­courir pour devenir adulte, il y a encore beau­coup de place pour l’expérimentation. 

D’habitude, quand la musique élec­tron­ique se réclame d’une mou­vance futur­iste, elle devient vite mélan­col­ique, con­traire­ment au son de The Orb qui a tou­jours une dimen­sion joyeuse. 

Pour moi la joie et la mélan­col­ie sont assez proches l’un de l’autre. Pour Moon­build­ing 2703 AD, il y a plusieurs angles d’écoute, ce n’est pas que de la musique de club des­tinée à faire danser, pass­er un bon moment et être joyeux, c’est aus­si de la musique que l’on peut écouter chez soi et qui dans ce genre de cadre peut dégager une cer­taine mélan­col­ie. La mélan­col­ie et la joie ne sont pas pour moi des choses qui marchent l’une con­tre l’autre mais plutôt des émo­tions qui se con­ti­en­nent l’une dans l’autre et qui se com­plè­tent. A force de jouer en live, on s’est ren­du compte que les émo­tions que nous procu­raient nos morceaux en stu­dio n’avaient rien à voir avec ce que nous ressen­tions en live, face à un pub­lic. Ce genre d’expériences a changé notre regard sur pas mal de nos morceaux, peut-être même sur The Orb en général, des morceaux que l’on trou­vaient joyeux à un moment peu­vent nous sem­bler plus tristes aujourd’hui. La musique de The Orb est assez évo­lu­tive et s’adapte à la façon de penser de l’auditeur, elle l’accompagne plus qu’elle ne le guide. 

Est-ce que vous pensez pou­voir vous exprimer avec des morceaux courts ?

Dans un sens, quand on réfléchi aux struc­tures  des morceaux qui com­posent l’album, on se rend compte que cha­cun d’entre eux est com­posé de petites idées col­lées les unes aux autres. Ce n’est pas prob­lé­ma­tique pour nous d’imaginer des morceaux courts mais on est tou­jours dans une dynamique de “pourquoi s’arrêter ?”, “Pourquoi est-ce qu’on ne con­tin­uerait tout sim­ple­ment pas tant que l’inspiration est là ?” 

Vous êtes con­sid­érés comme des pio­nniers de l’ambient house, mais cette notion est plutôt vague. Com­ment la décririez-vous ? 

Pour moi, l’ambient a beau­coup à voir avec l’atmosphère qui se dégage d’un morceau. Nous aimons créer des ambiances, l’idée n’est pas de se réduire à un sim­ple aban­don de beat, ce qui serait pour nous trop proche de la musique new-age. L’idée est de créer une atmo­sphère pour que les gens entrent dans une sorte de com­mu­nion les uns avec les autres et éprou­vent des sen­ti­ments sim­i­laires. Cette approche est évidem­ment davan­tage val­able en live que pour une écoute domes­tique mais l’idée est tout de même de faire voy­ager les gens avec nous, de les immerg­er dans notre musique.

En stu­dio, quelle est votre recette pour créer ces fameuses atmosphères ? 

Quand on tra­vaille sur The Orb, on se retrou­ve tou­jours en stu­dio, on n’échange jamais de fichiers en amont, et on n’arrive jamais avec des ébauch­es de morceaux. On s’assoit ensem­ble et on tra­vaille jusqu’à ce que l’on soit con­tents du résul­tat. Après toutes ces années nous avons com­pris que c’était la méth­ode qui appor­tait le plus de résul­tats, ça nous force davan­tage à aller jusqu’au bout de nos idées. Tout est très spon­tané, on ne se fixe pas de but, on est plus à la recherche d’un feel­ing. La tech­nolo­gie nous per­met de réa­gir très rapi­de­ment aux idées de l’un et de l’autre et de créer une musique basée sur l’instant, sym­bole d’une sorte de com­mu­nion instan­ta­née de deux cerveaux. Avant ça nous pre­nait des jours pour dévelop­per une idée alors qu’aujourd’hui quelques min­utes nous suff­isent à con­cré­tis­er nos pen­sées ce qui nous per­met de ne pas en oubli­er en chemin parce que l’on était trop occupés à boss­er sur la précédente. 

The Orb est con­nu pour être un grand util­isa­teur de sam­ples, une pra­tique qui devient rare dans la musique électronique…

C’est vrai qu’avant on se basait beau­coup sur des sam­ples mais aujourd’hui, encore une fois grâce à la tech­nolo­gie, on n’y est de moins en moins attachés, ce qui ne nous empêche pas d’en utilis­er, juste parce qu’on aime ça. On n’utilise pas des sam­ples parce que ça facilite la com­po­si­tion mais davan­tage parce que l’on aime incor­por­er des élé­ments de morceaux que l’on appré­cie nous même, des sortes de tré­sors cachés, que même les musi­ciens orig­in­aux ne pour­raient sûre­ment pas trou­ver. Nos idées ne tombent pas du ciel, elles nous vien­nent de nos influ­ences et les sam­ples nous per­me­t­tent en quelque sorte de leur ren­dre hom­mage. Aujourd’hui on ne prend plus de boucles ou de kicks, on utilise davan­tage les tex­tures qui se trou­vent entre tout ça, les silences, les claps singuliers… 

Il y a quelques temps, vous avez col­laboré avec Lee Scratch Per­ry. Com­ment est arrivée une telle ren­con­tre ? Vous faites par­tie de mon­des telle­ment différents.

Par­fois c’est bien d’avoir un rêve impos­si­ble et de ten­ter de le con­cré­tis­er quand mal­gré les apri­oris. Il y a quelques temps Alex a sim­ple­ment envoyé une let­tre à Lee Scratch Per­ry, en lui dis­ant que l’on voulait  col­la­bor­er avec lui, pas pour faire un album de reg­gae mais quelque chose de plus futur­iste tout en incor­po­rant ses influ­ences du passé. On a beau­coup été influ­encé par le dub alors on s’est dit que ce serait un juste retour des choses de col­la­bor­er avec un homme qui a tant fait pour cette musique. On ne savait pas trop à quoi s’attendre, quelle serait sa réac­tion face à nos instru­ments, à l’informatiques etc mais bizarrement il s’est sen­ti instan­ta­né­ment très à l’aise. Telle­ment qu’à la base on ne devait faire que 2 ou 3 morceaux ensem­ble et que finale­ment nous avons passé une semaine en stu­dio avec lui et avons récolté 19 morceaux, sor­tis sur deux albums dif­férents. Comme je dis­ais plus tôt nous sommes en recherche con­stante de spon­tanéité et vu que nous n’étions pas pré­parés à enreg­istr­er autant de morceaux avec Lee nous avons du au dernier moment imag­in­er des struc­tures, dans l’urgence et donc très spon­tané­ment. Il a eu une très bonne influ­ence sur nous, c’était une expéri­ence exceptionnelle. 

En 2013, dans une inter­view accordée à The Qui­etus, Alex a con­fié à un jour­nal­iste qu’il ne voy­ait pas arriv­er de révo­lu­tion musi­cale, comme il en a con­nu durant sa jeunesse avec le punk puis avec la house. Vous ne pensez pas que la révo­lu­tion de la tech­no est en train de se produire ? 

On est en plein milieu de ça effec­tive­ment, mais en réal­ité on assiste davan­tage à une révo­lu­tion de la musique élec­tron­ique en général et la tech­no en est la fig­ure de proue. 

Quand vous êtes sur scène, il y a tou­jours des pro­jec­tions der­rière vous. Vous pensez que les effets visuels sont impor­tants dans la musique ? 

Pour nous il s’agit juste d’un autre aspect de notre recherche d’atmosphère. Dans un sens nous sommes influ­encés par la philoso­phie des pre­miers djs tech­no qui se cachaient, qui ne voulaient pas être les stars que tout le monde regarde et que le pub­lic se con­cen­tre davan­tage sur la musique. Sur scène on reste tou­jours dans le noir parce qu’on ne veut pas être le cen­tre de l’attention. Les visuels nous per­me­t­tent à la fois d’immerger les spec­ta­teurs dans notre imag­i­naire et de nous cacher un peu aus­si. Mais oui, les visuels sont très impor­tants. Quand on joue en live les pro­jec­tions sont der­rière nous, du coup on ne les voit jamais. Un jour pour voir ce qu’il se pas­sait vrai­ment, pour se met­tre à la pace du pub­lic on a posé un miroir à côté de nous. Ce n’était pas une bonne idée parce que dès qu’on le regar­dait, avec la musique dans les oreilles on était absorbés et on oubli­ait même de con­tin­uer à jouer. Au moins ça nous a per­mis de nous ren­dre compte que notre démarche fonctionnait.


The Orb au fes­ti­val Nuits Sonores

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