Irène Drésel entourée de ses fleurs. Crédit : Gecniv

Tournesols, techno hardcore et retour des Svinkels : le grand écart Panoramas

C’était mal bar­ré. A croire que les astres refu­saient obstiné­ment de s’aligner et per­me­t­tre à Panora­mas de réus­sir sa 21ème édi­tion. Il y a eu la pluie bien sûr, les park­ings inondés, le camp­ing en par­tie embour­bé. Et puis le récent change­ment du cal­en­dri­er sco­laire, qui ne plaçait plus Panora­mas pen­dant les vacances. Rajoutez une grève de train par-dessus et c’est le désas­tre assuré. Pour­tant, le beau temps sur­prise a séché les sols, les étu­di­ants n’avaient vis­i­ble­ment que faire d’avoir cours lun­di, et des trains ont mirac­uleuse­ment réap­paru sur le site de la SNCF. Et voilà que le fes­ti­val mor­laisien a reçu 30 000 fes­ti­va­liers sur l’ensemble de ses activ­ités (dont 26 000 au parc expo Lan­golvas). Car on va aus­si à Panora­mas parce que c’est Panora­mas. L’assurance de pass­er un week-end fun, fes­tif, au milieu d’un pub­lic jeune, par­fois déguisé en licorne ou en pikachu, et au taquet dès l’ouverture des portes. On ne se con­stru­it pas cette répu­ta­tion sans rai­son. Il y a l’organisation rodée bien sûr. Et puis une pro­gram­ma­tion impec­ca­ble, entre hip-hop et élec­tro, entre décou­vertes et gros noms, et, cette année par­ti­c­ulière­ment, entre les généra­tions. Mar­lin, le ben­jamin du line-up et pro­duc­teur electro-pop aux airs de Cash­mere Cat, a 21 ans. Bernard Fèvre en a 72. Air Jor­dan immac­ulées aux pieds, il ravive devant un parterre con­quis (et friand de choré­gra­phies à la Sat­ur­day Night Fever) son pro­jet Black Dev­il Dis­co Club. Un alias qui revient de loin : sa car­rière dans les années 70 était passée rel­a­tive­ment inaperçue, et le pro­duc­teur s’est finale­ment tourné vers les musiques de pubs ou l’écriture d’arrangements pour d’autres. Un album sor­ti en 1978 avait même été oublié par Bernard Fèvre lui-même. Jusqu’à ce qu’un de ses morceaux soit sam­plé par les Chem­i­cal Broth­ers sur “Got Glint” et qu’un cer­tain Aphex Twin tombe finale­ment sur l’album oublié. Il l’adore, et le réédite sur son label Rephlex en 2004. Bernard Fèvre se remet à com­pos­er de cette dis­co ruis­se­lante et dark, est invité en fes­ti­vals. Black Dev­il Dis­co Club renaît de ses cen­dres, et vu la qual­ité et l’énergie de son live à Panora­mas, il n’est pas prêt de pren­dre sa retraite. Bernard prési­dent !

Deux généra­tions, une même envie de faire danser… Ou de prof­iter des con­certs : Svinkels, le groupe culte du rap alter­natif français, qui se reforme après 10 ans d’absence, a bien fail­li ne jamais arriv­er sur le plateau de Tsu­gi Radio. Gérard Baste, Nikus Pokus, Mr Xavier et Pone ont finale­ment réus­si à venir papot­er avec nous pour l’une de nos émis­sions en direct, mais dif­fi­cile de décrocher, et on les com­prend, du show que Roméo Elvis était en train de livr­er dans le chapiteau voisin. Deux écoles, deux épo­ques, et un même car­ton plein pour ces con­certs hip-hop. Mais au loin réson­nent déjà les pre­miers coups de boutoir élec­tron­iques, amor­cés dès le début de soirée par le gabber-pop-méta de Bagarre. Et si Rone excelle tou­jours dans ses moments les plus oniriques, per­son­ne ne s’étonnera ce soir de l’entendre tous niveaux dans le rouge sur la fin exta­tique de son con­cert. Le reste de la soirée suiv­ra : c’est bien sim­ple, à Pano, ça tape. La rag­gatek de Van­dal, le hard­core de Dr Pea­cock, la tech­no par­ti­c­ulière­ment énervée ce soir-là d’Amelie Lens, pour un clos­ing du ven­dre­di en beauté, Bjar­ki qui achèvera tout le monde en toute fin de fes­ti­val… Sur chaque scène, ça y va de sa plus grosse claque. Anetha aus­si, pro­duc­trice tech­no française (cocori­co) qui n’a pas retenu les chevaux lors de son pas­sage sur la scène Sesame, pour l’occasion ornée du dis­posi­tif Physis par The Abso­lut Com­pa­ny Cre­ation, une impres­sion­nante struc­ture lumineuse entourant le DJ et évolu­ant, entre néons et map­ping, en rythme avec la musique. Mais ça vous pou­vez le véri­fi­er vous-même, la vidéo du set d’Anetha étant disponible sur notre page Face­book.

Amelie Lens

Dans ce même écrin tout en lumière, se pro­dui­sait le lende­main un per­son­nage à la musique un poil som­bre : Manu le Malin était venu don­ner un cours de hard­core dark et pro­fond, par­fois entouré de néon arc-en-ciel – le con­traste comme maître mot de ce fes­ti­val, tou­jours. Jouant avec la frus­tra­tion et les nerfs de la foule, pour finale­ment lâch­er les chiens dans un grand gron­de­ment de bass­es, il incar­ne sa musique, tape du poing sur un mur invis­i­ble, harangue par­fois la foule dans une allure mar­tiale… Tan­dis que la tech­no d’Irène Drésel s’est elle drapée de fleurs, de longues robes blanch­es et vaporeuses, de quoi offrir au genre par­fois agres­sif et cartha­tique (cf. Manu le Malin) une alter­na­tive sen­suelle et organique. Jusqu’à installer un véri­ta­ble petit jardin sur scène, inviter un per­cus­sion­niste et une joueuse de flûte à bec (!), pour un live orig­i­nal et shamanique… Encore plus orig­i­nal quand un tour­nesol sautil­lant a débar­qué sur scène, bal­ançant des ros­es dans le pub­lic et finis­sant par slam­mer. La plante en pot ? Antoine de Caunes, qui pas­sait par-là pour tourn­er quelques séquences de La Gaule d’Antoine, son émis­sion Canal en forme de tour de France. Il ira ensuite s’incruster au milieu de la fan­fare Meute, qui en tant qu’Allemands n’avaient aucune idée de qui se cachait der­rière les pétales. Tour­nesol absurde et tech­no, vieux chênes et jeunes pouss­es, scène cachée à petite jauge et immense hangar : c’est tout ça Panora­mas. C’est pour ça que tout le monde revient chaque année depuis 21 édi­tions. Et peu importe si on a eu peur de ne pas avoir de train pour retourn­er à Paris.

Meilleur moment : Meute, on a beau avoir vu 50 fois, c’est tou­jours impec­ca­ble.

Pire moment : louper la soirée du dimanche, avec entre autres un B2B improb­a­ble et inédit entre Rodolphe Burg­er et Arnaud Rebo­ti­ni. Mais il fal­lait bien ren­tr­er !

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