Crédit : So Me

Track by Track : la nouvelle compilation Ed Banger disséquée par Pedro Winter

Ed Banger dévoile aujour­d’hui sa cen­tième sor­tie, qua­torze ans après le début de l’aven­ture. Cent sor­ties, cela se fête digne­ment. Pedro Win­ter — le boss d’Ed Banger — a donc décidé d’or­gan­is­er une grosse réu­nion de famille avec une com­pi­la­tion de 17 morceaux qui rend un bel hom­mage à une référence qui ani­me la sphère musi­cale depuis le début du mil­lé­naire et qui a su s’im­pos­er comme une véri­ta­ble mar­que à tra­vers le monde. Quelques titres avaient déjà été dévoilés, his­toire de faire mon­ter la pres­sion avant la sor­tie d’une com­pi­la­tion aujour­d’hui écoutable dans son inté­gral­ité. On a été voir Busy P aka Pedro Win­ter dans les locaux du label pour savoir un peu ce qu’il pen­sait de chaque titre, pen­dant que Break­bot, Gas­pard Augé (la moitié de Jus­tice), So Me ou encore Borus­sia ten­taient d’é­clater leurs scores au flip­per.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy :

Ed Red 100 (feat. Phra)” — Mr Oizo

Le tra­di­tion­nel appel de Mr Oizo. Il adore l’exercice, il cite tous les artistes du label et c’est bien qu’on ai trou­vé quelque chose de récur­rent. Et puis ça lui va super bien, il adore faire des morceaux courts, c’est un réel bon­heur. Pour celui-ci, il a demandé un peu d’aide à son pote ital­ien Phra qui était la moitié des Crook­ers.

Ça ressem­ble beau­coup à du Sir­ius­mo tu ne trou­ves pas ? 

Car­ré­ment, Sir­ius­mo l’a tou­jours dit, c’est un grand fan de Oizo, et c’est réciproque ! C’est un peu son enfant alle­mand. Ils ont bossé ensem­ble d’ailleurs sur le dernier album de Oizo, All Wet.

So Huge” — SebastiAn

Ça fait longtemps qu’on avait pas enten­du un morceau de Sebas­t­iAn…

Il prend son temps et il a rai­son. Il a bossé sur plein d’autres pro­jets entre temps, avec Frank Ocean par exem­ple. En ce moment il ter­mine le disque de Char­lotte Gains­bourg. Je n’ai jamais mis la pres­sion aux artistes quant à la cadence mais c’est cool de le réen­ten­dre et je sens une cer­taine exci­ta­tion, les gens sont vrai­ment fans de Sebas­t­iAn. Ça donne une petite indi­ca­tion sur la tour­nure de son album, c’est encore un peu tôt pour vous le dire mais il est en train de boss­er sur un nou­v­el album.

De quel vagin parle-t-il dans ce morceau ?

Je ne sais pas, il faudrait lui deman­der. En tout cas ce vagin est très Huge.

Genie (feat. Mayer Hawthorne)” — Busy P

C’est un morceau sur lequel je tra­vaille depuis pas mal de temps. J’étais en stu­dio avec Boston Bun et je lui fai­sais écouter ce que j’avais dans ma MPC 2000. En tombant sur ce titre il m’a con­seil­lé d’en faire quelque chose.

Et pourquoi May­er Hawthorne ?

C’est un mec que j’ai décou­vert en 2009 sur Stones Throw et il était à Paris à ce moment-là. On avait déjà tra­vail­lé avec lui, il avait chan­té avec Boston Bun ou Sebas­t­iAn. Pour ce morceau je lui ai demandé un truc un peu dif­férent et c’est ça son tal­ent et sa force : ne pas refaire tou­jours la même chose, pou­voir boss­er avec des artistes dif­férents. Je lui ai juste don­né le thème en dis­ant « j’aimerais faire un disque d’amour », et il a écrit les paroles à Los Ange­les. C’est mon pre­mier morceau avec cou­plet refrain, une vraie pre­mière chan­son. J’ai tou­jours fait des choses instru­men­tales, et je suis ravi que ce soit le pre­mier sin­gle de cette com­pi­la­tion.

Mystery” — Breakbot 

Pedro : J’adore ce nou­veau Break­bot, un vrai morceau d’amour. D’ailleurs la fille qui chante c’est sa fiancée, sa muse (rires). Elle est actrice et pas chanteuse à la base et je trou­ve que cela rajoute un truc un peu sexy au titre, plus spon­tané.

Break­bot : J’ai fait chanter cette très belle demoi­selle (il prend Capucine par la taille) et je trou­ve que pour une pre­mière col­lab­o­ra­tion elle s’est bien débrouil­lée !

Capucine : J’avais la crève, il y avait des mou­choirs partout, c’était immonde. J’avais un inhala­teur entre les pris­es… (rires col­lec­tifs)

Fame” — Cassius 

Faire ce morceau pour la com­pi­la­tion leur a don­né envie de con­tin­uer, d’en faire d’autres encore, ça me fait vrai­ment plaisir. C’était un proces­sus com­plète­ment dif­férent de l’album Ibi­for­nia, un gros pro­jet qu’ils ont enreg­istré entre Los Ange­les et Paris. Là c’est quelque chose qu’ils ont fait dans leur stu­dio parisien du 18ème. On dirait une sorte de morceau des Rolling Stones des années 80, ou bien encore des Talk­ing Heads, du funk blanc quoi.

About It (feat. Steed)” — Boston Bun

C’est ton nou­veau chou­chou Boston non ?

On tourne beau­coup ensem­ble oui. C’est le DJ du label avec qui je me sens le plus proche artis­tique­ment et musi­cale­ment. Je suis beau­coup plus repar­ti dans de la musique club, house, donc ça colle avec son univers et ses pro­duc­tions.  Je trou­ve ce morceau super classe, très deep house. Je suis ravi qu’on pro­pose sur Ed Banger un titre qui pour­rait très bien sor­tir sur le label Jaz­zano­va ou je ne sais quel autre label house.

She Knew” — Fulgeance

Il y a côté hip-hop dans ce morceau qui change de ce que vous faites d’habitude…

C’est vrai, on a jamais été très loin dans cette cul­ture du sam­pling et du beat­mak­ing même s’il y avait Meh­di qui don­nait ce côté hip-hop à l’époque. Ful­geance c’est un mec de Caen qu’on suit depuis pas mal de temps, il a sor­ti un seul maxi sur le label, ce n’est pas vrai­ment un artiste Ed Banger mais plutôt un invité, un copain. J’ai tou­jours adoré ce qu’il fai­sait, sa pro­duc­tion, des beats super com­pressés et une vibe hip-hop. Ça fait du bien d’entendre ça au milieu de la com­pi­la­tion, ça per­met d’aérer un peu. On a pen­sé la track­list comme ça. D’ailleurs si mes sou­venirs sont bons, on enchaîne sur Pone.

Ricky The Can” — Pone

Il y a une cor­re­spon­dance assez logique avec Pone qui vient de sor­tir son album solo très som­bre. Là il nous a fait un truc plus funky. Il m’avait prévenu qu’il ferait un truc spé­cial pour Ed Banger, c’est bien que le label lui donne ce genre d’inspirations.

Glue (feat. Santana)” — Feadz


Feadz prou­ve qu’il a le tal­ent pour faire chanter. Avec Uffie à l’époque, aujourd’hui avec San­tana. Je trou­ve son morceau super avant-gardiste. Est-ce un indice de la pop à venir comme il l’avait fait avec Uffie qui antic­i­pait la vague Katy Per­ry, Kesha et com­pag­nie ? On ver­ra. Feadz est un artiste intran­sigeant, il est tou­jours dans l’expérimentation et c’est impor­tant d’avoir quelqu’un comme ça, une tête chercheuse qui s’engouffre dans plein de familles musi­cales dif­férentes. Il est même assez dur comme per­son­ne avec qui tra­vailler. On n’est pas tout le temps d’accord mais c’est ça aus­si la force d’une famille : savoir se dire non, con­fron­ter des points de vue.

Corridors” — Krazy Baldhead

J’ai trou­vé que c’était le morceau le plus mature de la com­pi­la­tion, on sent l’expérience !

On a beau­coup de bons retours juste­ment sur ce morceau-là ! Ça fai­sait longtemps qu’il n’avait pas sor­ti de disque sur le label en rai­son de quelques désac­cords artis­tiques. Quand je l’ai appelé en lui pro­posant de me faire écouter des choses pour cette com­pi­la­tion, j’ai eu un coup de coeur pour “Cor­ri­dors “. Un titre très mod­erne, assez dark mais cela fait du bien au label et à la com­pi­la­tion.

All Dry” — Mr Oizo

Une sorte de gab­ber belge au ralen­ti, je con­seille aux gens de l’écouter en 45 tours (rires).

Muffin” — Borussia

Borus­sia c’est l’avant-dernière sig­na­ture du label. Il a déjà réus­si à impos­er son son, c’est un super bon pro­duc­teur, et musi­cale­ment il apporte au label un côté club duquel on s’était un peu éloigné. Jus­tice écrit plutôt des chan­sons, Break­bot aus­si, et Borus­sia a vrai­ment cette cul­ture club qui fait plaisir. C’est un mec super jovial, généreux, c’est un bon­heur de l’avoir et je pense que c’est le morceau le plus club de la com­pi­la­tion avec celui de Riton et celui de Boston Bun.

Randy (Boys Noize remix)” — Justice 

Tu n’as pas peur d’être un peu déçu quand tu vois ce genre de col­lab­o­ra­tion ? L’attente est énorme !

Pedro : Oui mais je pense que le morceau est à la hau­teur des ambi­tions. Ils se con­nais­sent bien avec Alex (Alexan­der Rid­ha aka Boys Noize, ndlr.), c’est lui qui nous a demandé s’il pou­vait faire un remix car il ado­rait “Randy”. On a besoin avec l’image qu’on véhicule d’avoir un titre fort qu’on puisse jouer comme ça devant 10 000 per­son­nes. Il n’y a pas mieux que Boys Noize pour faire un tube de stade et Jus­tice avec Boys Noize ça donne un raz-de-marée !

Gas­pard Augé, moitié de Jus­tice : On n’a pas pu don­ner de nou­veau morceau, on était en train de boss­er sur le live. Du coup on s’est demandé qui fai­sait de la bonne tech­no en 2017 et il se trou­ve que c’est encore et tou­jours notre ami Boys Noize ! C’est tou­jours com­pliqué de remix­er une chan­son mais Boys Noize est vrai­ment très fort. Il fait par­tie des deux per­son­nes qui m’impressionnent le plus en terme de tex­tures et de sons avec Gesaf­fel­stein. Les mecs sont vrai­ment des espèces de lab­o­ran­tins du son.

Temporary Secretary” — Riton

C’est une reprise d’un vieux morceau de Paul McCart­ney datant de 1978, “Tem­po­rary Sec­re­tary”. L’original était déjà sym­pa à jouer en club et Riton en tant que bon Anglais avait vrai­ment envie de faire une cov­er. On a eu l’autorisation de Paul McCart­ney, c’est le deux­ième gros morceau club de la com­pi­la­tion.

Opium” — Para One

Un morceau vrai­ment classe…

C’est le terme pour définir “Opi­um”. On en par­le comme ça entre nous. Para est un pro­duc­teur que j’adore depuis tou­jours. Même s’il a rejoint Ed Banger ce n’est pas vrai­ment un artiste de la mai­son à 100%, dis­ons que c’est un cousin. Et pour des morceaux comme ça il est plus que bien­venu. “Opi­um” c’est de la tech­no pure et classe qui colle bien à l’époque et à la com­pi­la­tion.

What Dat Azz Do” — 10LEC6

Les petits nou­veaux ! Feadz doit être con­tent, c’est le genre de morceau qu’il va ador­er jouer en DJ set.

Car­ré­ment, c’est la dernière sig­na­ture du label qui a un peu sur­pris tout le monde, on va con­tin­uer à les présen­ter. “What Dat Azz Do” c’est une reprise d’un morceau de DJ Funk qu’ils ont fait à leur façon, on a tou­jours aimé la house de Chica­go bien pumpin’ ghet­to. Ça rajoute un peu de piquant à la com­pi­la­tion.

Conclusion” — So Me

Pedro : So Me est autant graphiste que musi­cien et l’idée de faire de la musique lui trotte dans la tête depuis quelques temps. Il est en train de boss­er sur un pro­jet et là il nous a offert cette belle mélodie qu’on a appelé “Con­clu­sion”. On par­le sou­vent d’Ed Banger pour la musique et pour l’image et là on prend le truc un peu à contre-pied, on intè­gre l’image dans la musique. Notre leit­mo­tiv c’est “Tra­vail Famille Par­ty”, on a un esprit famil­ial fort.

So Me : Ça fai­sait longtemps qu’on avait pas trou­vé le temps avec Pedro de faire un truc de A à Z comme à l’époque. Cette com­pi­la­tion c’est vrai­ment un pro­jet glob­al de la musique en pas­sant par l’image et on est vrai­ment con­tent !

Ça te fait quoi d’être le dernier morceau de la cen­tième sor­tie Ed Banger ?

So Me : C’est le moins élec­tron­ique de la com­pi­la­tion, il ne l’est même pas du tout d’ailleurs, c’était mar­rant de faire le grand écart. Je pense que les gens qui écouteront la com­pi­la­tion savent aus­si appréci­er ce genre de musique. C’est une manière de mon­tr­er qu’Ed Banger est mul­ti­fac­ette.

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