Rosalia à We Love Green 2019 Crédit photo : Claire Gaby

We Love Green 2019 : le sacre des reines

L’été parisien était dans les starting-blocks au Bois de Vin­cennes. Dans une boulim­ie de fleurs, une log­or­rhée de pail­lettes et de chemis­es dignes de Tom Sel­l­eck sous une chaleur écras­ante, les fes­ti­va­liers étaient de retour pour se mass­er devant la grande scène de la Prairie, le chapiteau de la Clair­ière, sous la serre aux boules dis­co de Lala­land ou devant la douce Canopée.

Lev­ons d’emblée les doutes : le suc­cès ful­gu­rant d’Aya Naka­mu­ra est indé­ni­able et légitime, au regard de son live canon devant une foule acquise à sa cause. D’abord gênée, impres­sion­née, elle enchaine les tubes et se mon­tre à la hau­teur de l’événement, voix puis­sante et droite. Coup de cha­peau aux vogueurs et à leur impres­sion­nante choré sur ‘Pook­ie’. Le men­ton est relevé, ‘couronne sur la te-tê’.

Aya a ouvert le bal des reines qui ryth­ment ce week-end enchanteur : on voy­age entre Detroit, Lon­dres et Berlin avec le set incen­di­aire de Peg­gy Gou… On goûte au charisme solaire, aux déhanchés intacts et au sourire con­tagieux de madame Calyp­so Rose… On admire la bru­tal­ité sal­va­trice de Lena Wil­likens, la classe toute en retenue de Kali Uchis et Erykah Badu, ou l’énergie impétueuse de la frenchie Lolo Zouaï qui déroule son album High Highs to Low Lows fraiche­ment sor­ti, déjà repris par l’assistance. La plus clin­quante des sur­pris­es vient de Ros­alía, grande prêtresse du fla­men­co 2.0, qui installe une ten­sion à couper le souf­fle et enflamme la Clair­ière, entre envolées vocales poignantes et dans­es endi­a­blées. Touchée par toute cette atten­tion, habitée, elle se reprend et mar­que fière­ment ses pos­tures, entourée d’un crew tout de blanc vêtu, qui danse jusqu’au bout des ongles. Gang. Sale. Bey­on­cé venue d’Espagne.

Der­rière ce défilé de queens, de grands gag­nants du week-end à ne pas surtout pas oubli­er : la classe sobre de Metron­o­my, Idles qui fait à nou­veau s’enlacer l’amour et la vio­lence, les kicks ultra lourds et les mélodies qui transper­cent de Sebas­t­iAn –mer­ci pour cette reprise de ‘Killing In The Name’-, The Mauskovic Band Dance et ses rythmes chaloupés. Pour sup­pléer cette armée de queens, on aura au moins deux rois : un Kevin Park­er aux doigts d’or et aux syn­thés célestes pour con­clure le week-end, mais aus­si Vald, qui fait se soulever la pous­sière de la Prairie en provo­quant des pogos dan­tesques. Enfin ! L’exclu de son feat. avec Vladimir Cauchemar lancée, il ter­mine avec un ‘on sort un album dans quelques mois. Voilà. Et mer­cé la zone’ avant de jeter ses dernières forces dans un ‘Désac­cordé’ des grands soirs. Ah ouais ouais ouais.

Avant de rejoin­dre nos pénates, on repense aux événe­ments du week-end, aux ate­liers danse, aux litres de bières con­som­més, au bon­heur des bru­misa­teurs sous une chaleur canic­u­laire, à la bien­veil­lance générale du pub­lic, aux min­utes passées au Coco Beach Hotel et chez Radio Nde­bele, à l’église vio­lette trans­for­mée en pho­toma­ton, à l’incroyable per­for­mance ‘The Bird Show, since 2048’… On revoit mon­ter sur scène le défenseur des droits de l’homme Kumi Naidoo, secré­taire général d’Amnesty Inter­na­tion­al et ex-directeur de Green­peace, et ses mots forts sur le pou­voir de la jeunesse, qui a majori­taire­ment saisi les enjeux envi­ron­nemen­taux et l’absolue néces­sité d’agir vite. Et en jetant un dernier regard sur le burg­er au magret de canard qu’on tient entre les doigts, on a un peu honte : le mes­sage est passé, mais il manque un peu de temps pour l’assimiler.

Meilleur moment : Tame Impala en clô­ture, super­pro­duc­tion sen­sorielle, mise au vert pour le rock psy­ché et des notes qui réson­neront longtemps. Des larmes ont coulé.
Pire moment : Boo­ba, arrivé avec retard de 45 min­utes pour enfin don­ner un live quasi-insipide pour les non-initiés.

 

Tame Impala à We Love Green 2019
Crédit pho­to : Romain Bassenne

Crédit pho­to : Romain Bassenne

Crédit : Julien Mignot

 

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