Crédit : Philippe Levy pour Tsugi

2017 : on refait le match avec Lomepal, Madben, Deena Abdelwahed et Marie Sabot de We Love Green

par Tsugi

C’est devenu une habi­tude. Chaque année, nous réu­nis­sons qua­tre acteurs de la scène musi­cale pour évo­quer les thèmes qui ont mar­qué ces derniers mois. Nous leur faisons tir­er au sort des sujets inscrits sur des petits papiers pliés en qua­tre et ils échangent autour d’un verre et de quelques douceurs. Cette année, dans le mag­nifique apparte­ment prêté par notre ami pho­tographe Philippe Levy étaient réu­nis Marie Sabot, direc­trice du fes­ti­val We Love Green, la Tunisi­enne Deena Abdel­wa­hed, l’une des plus tal­entueuses représen­tantes de la jeune scène élec­tron­ique du Maghreb, le rappeur Lomepal et pour finir Mad­ben, le DJ et pro­duc­teur tech­no qui n’en finit pas de mon­ter et dont attend le pre­mier album début avril. Let’s go.

Caprices de DJ, trop c’est trop ?

Lomepal : Je ne peux pas vous par­ler de mes caprices, en revanche je peux vous par­ler des nom­breuses fois où, alors que je n’étais pas encore très con­nu, on m’a traité comme de la merde avant un con­cert. Quel que soit leur niveau de notoriété, les artistes ont besoin de se con­cen­tr­er avant de mon­ter sur scène. Il nous faut sim­ple­ment un peu de soli­tude et de tran­quil­lité pour répéter. Cela paraît sim­ple à com­pren­dre, mais com­bi­en de fois on est par­qué comme du bétail dans des loges minus­cules avec tous les autres artistes et leur staff ? Il y a du bruit, du stress, com­ment se con­cen­tr­er dans ces con­di­tions ? J’ai plein de mau­vais­es expéri­ences en la matière, mais ce n’est pas pour autant que je fais des caprices aujourd’hui que je suis plus con­nu. Il faut un juste milieu.
Marie Sabot : On oublie sou­vent qu’il faut beau­coup de courage pour mon­ter sur scène. Il faut pro­téger les artistes pour qu’ils soient en état de don­ner cette étin­celle qu’on attend tous. Le pub­lic, mais aus­si les organ­isa­teurs, deman­dent beau­coup. Et l’entourage de l’artiste essaie de faire en sorte que rien ne vienne par­a­siter sa con­cen­tra­tion. En ce sens, les deman­des sont générale­ment légitimes. Cela dit, l’économie des événe­ments, et surtout des événe­ments élec­tron­iques, ne per­met pas tou­jours de répon­dre à la total­ité d’entre elles. De nom­breux pro­mo­teurs d’événements esti­ment aujourd’hui que les cachets ne peu­vent plus aug­menter sans met­tre en péril toute la chaîne. On est dans une bulle qui grossit de 10 à 20 % chaque année. Sans par­ler du nom­bre d’étoiles des hôtels ou des vols en jet privé. Les avions, ce n’est pas pour le con­fort, mais pour la rapid­ité. Du mer­cre­di au dimanche, cer­tains DJs jouent plusieurs fois dans la même nuit. Il y a finale­ment peu de “têtes d’affiche” dans la musique élec­tron­ique. Il faudrait que les fes­ti­vals don­nent leur chance à plus d’artistes pour que de nou­velles fig­ures pop­u­laires émer­gent. Un fes­ti­val avec moins de têtes d’affiche peut quand même être intéres­sant.
Mad­ben : Trop sou­vent les affich­es des fes­ti­vals sont les mêmes. Ce sont tou­jours les mêmes noms qui font ven­dre les bil­lets. Je suis frap­pé de voir cer­tains artistes mar­ketés comme des mar­ques de yaourt. Pas seule­ment dans l’univers EDM, mais aus­si dans celui de la musique dite “under­ground”. J’ai croisé des DJs dont les cachets sont quinze fois supérieurs aux miens et qui se com­por­tent comme de véri­ta­bles petites entre­pris­es, avec six per­son­nes qui tra­vail­lent à leur ser­vice à plein temps. Trop d’artistes con­stru­isent aujourd’hui leur cote grâce à leur image sur les réseaux soci­aux. Je vis de ma musique depuis qua­tre ans, mais cela fait quinze ans que j’en joue. J’ai vu les choses chang­er petit à petit et les deman­des de cer­tains devenir de plus en plus déli­rantes. Le pire est que ces deman­des ne vien­nent pas des artistes, mais sou­vent de leurs agents. J’ai joué avec des artistes qui n’étaient pas au courant de ce que leur agent avait demandé en leur nom.
Marie Sabot : Les agents font sou­vent de la surenchère pour démon­tr­er à leurs artistes que grâce à eux, ils obti­en­nent ce qu’il y a de meilleur. C’est une manière de les garder.
Lomepal : J’ai aus­si con­nu un artiste qui, pour tester les organ­isa­teurs, demandait pour sa loge un savon sans paraben d’une mar­que très rare. Quand il arrivait, c’était le pre­mier truc qu’il allait véri­fi­er.

Streaming, l’avenir de la musique ?

Deena Abdel­wa­hed : Cette manière de con­som­mer de la musique est nou­velle pour moi. Je l’ai décou­verte en arrivant en Europe, car en Tunisie, Deez­er ou Spo­ti­fy n’existent pas. Là-bas, écouter de la musique, c’est encore le plus sou­vent la pirater. À terme, j’espère que le stream­ing m’aidera à vivre de ma musique, mais j’ai l’impression qu’en France, il y a aus­si plein de guichets, la Sacem, la Spe­di­dam… très bien organ­isés. C’est déjà pas mal. J’ai l’impression que le stream­ing est réservé aux gens qui n’écoutent pas beau­coup de musique, qui ne sont pas for­cé­ment des con­nais­seurs.
Lomepal : Ma vision est totale­ment dif­férente puisque 75 % de mes revenus vien­nent du stream­ing. C’est ce qui me fait vivre aujourd’hui. Des revenus d’autant plus impor­tants que je suis un artiste indépen­dant et qu’aucune mai­son de disque ne les ponc­tionne. Le stream­ing a sauvé la musique de la crise en s’adaptant aux nou­veaux usages, pas en imposant les anciens. En plus en tant qu’artiste, j’aime l’idée que chaque écoute rap­porte de l’argent, alors qu’un CD, une fois acheté, ne rap­porte plus rien, qu’importe le nom­bre de fois où il est écouté. Avec le stream­ing, on sait si les gens aiment et écoutent vrai­ment. Et s’ils écoutent sou­vent ta musique, c’est un peu comme s’ils t’achetaient plusieurs fois le CD.
Mad­ben : Cela dit tous les artistes ne sont pas égaux face au stream­ing. Les musi­ciens hip-hop ou EDM sont sur­représen­tés. Moi, ma musique est sou­vent faite pour être mixée, donc elle est très peu écoutée en stream­ing. Cela va chang­er avec la sor­tie de mon album en 2018. J’espère que je béné­ficierai du stream­ing à ce moment-là. Pour autant, à ma grande sur­prise, plusieurs mil­liers de per­son­nes se déclar­ent déjà fans de Mad­ben sur Spo­ti­fy. J’hallucine. De toute manière aujourd’hui, soyons hon­nêtes, les artistes vivent grâce à la scène, pas avec la vente de leur musique.
Lomepal : Pas moi. Je viens de faire quinze dates de con­certs que j’ai pro­duites moi-même, car je suis indépen­dant, elles étaient toutes com­plètes et, une fois payée l’équipe de six per­son­nes qui m’accompagne, ces dates m’ont coûté de l’argent. D’une cer­taine manière, ce sont des con­certs de pro­mo­tion qui me per­me­t­tent ensuite de gag­n­er de l’argent avec le stream­ing ou les cachets plus impor­tants qu’on me paye pour jouer dans des fes­ti­vals.
Mad­ben : C’est exacte­ment l’inverse de mon économie.
Deena Abdel­wa­hed : Pour ma part, au-delà des ques­tions économiques, j’ai encore peur du référence­ment et de la manière dont les algo­rithmes fonc­tion­nent. J’ai tou­jours l’impression que je vais être cat­a­logué “musique du monde” à cause de ma nation­al­ité. (rires) Je préfère les com­pi­la­tions à l’ancienne, je n’aime pas qu’une machine guide mes choix.

Crédit : Philippe Levy pour Tsu­gi

Limitation sonore dans les clubs et festivals : la fin de la fête ?

Mad­ben : Ce n’est qu’un pro­jet de loi pour l’instant, mais qui sem­ble très con­fus. Tech­nique­ment, tout ça est très com­pliqué, les mesures de déci­bels changent selon l’endroit où on les fait dans la salle. Il y a les niveaux A et B, les niveaux en crêtes, les niveaux moyens…
Marie Sabot : À ce stade le pro­jet de loi est telle­ment con­fus qu’il n’est pas réelle­ment applic­a­ble.
Mad­ben : Cela dit, on se préoc­cupe tous de la qual­ité du son et de la pro­tec­tion de nos oreilles. Je viens d’ailleurs de me faire une paire de bou­chons moulés dans mes oreilles pour qu’ils s’adaptent par­faite­ment à mon con­duit audi­tif.
Deena Abdel­wa­hed : C’est vrai ?! Moi je n’y arrive pas. J’ai l’impression qu’aujourd’hui il faut se pro­téger partout et tout le temps, je n’y arrive pas.
Mad­ben : Je les mets rarement quand je joue, mais dès que j’ai ter­miné, je les porte et avec plaisir quand il y a beau­coup de son. Et cela m’évite le fameux acouphène du lende­main.
Deena Abdel­wa­hed : Moi, je croy­ais que l’acouphène c’était à cause de l’alcool. (rires)
Lomepal : On vit une époque où la pro­tec­tion est dev­enue obses­sion­nelle. Écouter de la musique forte ce n‘est pas bon pour la san­té, mais cela fait par­tie du sport. Être en transe devant les enceintes c’est un plaisir qu’il ne faut pas oubli­er.
Mad­ben : Et le son fort c’est ce qui fait ven­dre des bil­lets.
Deena Abdel­wa­hed : Cha­cun devrait être respon­s­able de sa vie, pareil pour l’alcool ou la drogue.
Marie Sabot : Quand on s’occupe d’un fes­ti­val en zone urbaine, vous n’imaginez pas le nom­bre de mesures que nous devons faire pour démon­tr­er que le son ne va pas déranger le moin­dre riverain. Le “vivre ensem­ble” a pris des pro­por­tions déli­rantes, per­son­ne ne doit plus déranger per­son­ne. Demain en France, on en vien­dra peut-être à ce qui se passe en Angleterre où les fes­ti­vals s’arrêtent tous à 22 h 30.

Crédit : Philippe Levy pour Tsu­gi

Rap et chanson française, le grand amour ?

Lomepal : J’ai com­mencé à faire du rap en ayant une vision qua­si­ment sportive. Je voulais être le plus fort, faire les plus gross­es rimes, les place­ments les plus sur­prenants. Il n’y avait pas grand-chose d’artistique là-dedans, c’était unique­ment de la com­péti­tion. Et puis, quand j’ai eu le sen­ti­ment d’être recon­nu et de maîtris­er cet aspect du “rap game”, j’ai com­mencé à avoir des préoc­cu­pa­tions plus artis­tiques. Je me suis dirigé vers quelque chose de plus mélodieux. Cet aspect a finale­ment pris le dessus dans mes morceaux. Aujourd’hui, la dimen­sion musi­cale est presque plus impor­tante pour moi que le fond. On a sou­vent dit que le rap était devenu la nou­velle var­iété française, c’était surtout vrai en ter­mes de suc­cès, musi­cale­ment cela n’avait pas for­cé­ment grand-chose à voir. Mais aujourd’hui appa­raît une nou­velle généra­tion, dont je fais par­tie, qui est autant influ­encé par le rap que la chan­son. Ma musique est un hybride entre ces deux univers. C’est une ten­dance très forte cette année, même Boo­ba fait de la chan­son française. “92i Vey­ron”, sur son dernier album, c’est du Renaud avec l’autotune.
Marie Sabot : Même s’il reste des chanteurs avec une écri­t­ure très clas­sique comme Julien Doré, on a l’impression d’assister cette année à la prise de pou­voir d’une nou­velle généra­tion avec sa pro­pre his­toire, ses références…
Lomepal : PNL, le groupe qui n’a mis per­son­ne d’accord, puis tout le monde, a accéléré la tran­si­tion. En les écoutant atten­tive­ment, de plus en plus de gens ont com­pris que mal­gré le vocab­u­laire très pau­vre, la dimen­sion très “street” qui a pu en rebuter cer­tains, on retrou­ve dans PNL les mêmes émo­tions que dans la chan­son française.
Marie Sabot : Mais dans le fond, c’est quoi la chan­son française ?
Lomepal : C’est notre langue avant tout. C’est ce qu’on chante tous ensem­ble, comme autre­fois “La groupie du pianiste” de Michel Berg­er. Longtemps, le rap ne fai­sait pas par­tie de cette caté­gorie, aujourd’hui cela change. Et puis doré­na­vant le rap français assume le côté kitsch de la var­iété française, je trou­ve ça très bien.

Où vont les festivals français ?

Marie Sabot : Fimalac est sans doute l’une des pre­mières gross­es sociétés à avoir lancé ces dernières années une stratégie de rachat de fes­ti­vals, de salles, de pro­duc­teurs de con­cert… Le phénomène s’est depuis accéléré avec des acteurs français, mais aus­si inter­na­tionaux comme Live Nation (pro­mo­teur entre autres du Lol­la­palooza, ndlr), Matthieu Pigasse (qui a racheté Rock en Seine, ndlr), AEG (organ­isa­teur de Coachel­la en Cal­i­fornie qui arrive en France, ndlr). La musique live intéresse de plus en plus de gros groupes qui cherchent sou­vent à inté­gr­er toute la chaîne du spec­ta­cle vivant (salle, fes­ti­val, pro­mo­teurs, book­er, man­age­ment, bil­let­ter­ies…) et sont prêts à dépenser beau­coup d’argent pour cela, au moins le temps de s’imposer. Au risque de désta­bilis­er l’économie tra­di­tion­nelle du secteur. Le paysage du live en France peut com­plète­ment chang­er dans les cinq ans à venir. On ne sait pas ce qui va se pass­er, mais en atten­dant, claire­ment le marché est fou. Le prix des artistes est en train de péter les plombs. Les choses sont par­ti­c­ulière­ment sen­si­bles à Paris, entre Lol­la­palooza, Rock en Seine, Sol­i­days ou We Love Green. Live Nation a mis du temps pour décrocher l’autorisation d’organiser Lol­la­palooza en France en 2017. De nom­breux organ­isa­teurs, dont nous, se sont publique­ment demandé s’il y avait de la place pour autant de fes­ti­vals à Paris. Le prix du bil­let est aus­si un enjeu, Lol­la­palooza coûte 80 euros tan­dis que Rock en Seine est vers 40/50 euros, mais avec 800 000 euros de sub­ven­tion. Nous tra­ver­sons une étrange péri­ode où chaque fes­ti­val doit repenser son pro­jet. Pour être par exem­ple capa­bles de faire des offres finan­cières com­péti­tives, les fes­ti­vals indépen­dants comme We Love Green s’associent avec d’autres à l’étranger comme Field Day. Mais c’est aus­si aux artistes de faire le choix d’un fes­ti­val plutôt qu’un autre, et nous espérons qu’ils le fer­ont pour de bonnes raisons, c’est-à-dire pas unique­ment en fonc­tion du mon­tant du cachet qu’on leur offre.
Lomepal : OK, mais pour nous artistes, les fes­ti­vals arrivent en bout de chaîne, quand, après avoir écrit l’album, l’avoir enreg­istré, l’avoir sor­ti, il faut le défendre sur scène. Un moment où égoïste­ment nous avons sim­ple­ment envie de jouer dans les meilleurs fes­ti­vals, à la meilleure place et pour le meilleur cachet. J’avoue que je n’ai pas trop con­science de ce qui se trame en sous-main, mais j’espère que mon tourneur, Tal­ent Bou­tique, fait atten­tion à tout ça pour moi.
Marie Sabot : Je com­prends les artistes qui ont déjà beau­coup d’autres choix à faire. Mais quand on arrive à leur par­ler directe­ment, ils nous com­pren­nent sou­vent très bien. C’est ce qui s’est passé avec Björk cette année. Nous avons eu l’opportunité de lui expli­quer le pro­jet We Love Green et elle a fait le choix de jouer chez nous.
Deena Abdel­wa­hed : Je fais tou­jours atten­tion à l’endroit où je joue. J’aime savoir où je tombe et qui va venir m’écouter. Mon énergie vient du pub­lic et j’ai besoin d’entrer en com­mu­nion avec lui. Si je ne le sens pas, je ne jouerai pas bien.

Crédit : Philippe Levy pour Tsu­gi

Balance ton porc dans la musique aussi

Mad­ben : Il y a mal­heureuse­ment des per­son­nal­ités de ce genre dans tous les univers. Il n’y a aucune rai­son pour que le milieu de la musique soit épargné.
Lomepal : J’espère sim­ple­ment que le fait que nous soyons un univers moins hiérar­chisé et que beau­coup de gens de la musique tra­vail­lent comme indépen­dants nous pro­tège un peu.
Marie Sabot : Depuis mes débuts dans la musique dans les années 90, j’ai l’impression d’avoir eu autour de moi des femmes très fortes, très pas­sion­nées, dont la force de la pas­sion a fait qu’elles n’ont pas eu à batailler tant que ça pour se faire respecter.
Deena Abdel­wa­hed : En Tunisie, le sex­isme ordi­naire est bien plus impor­tant qu’ici. Quand je vivais là-bas, je pen­sais que c’était pareil dans tous les pays, mais je ne peux vous assur­er que cela n’a rien à voir ici. En Tunisie, il est presque impos­si­ble pour une femme comme moi de se faire recon­naître en tant qu’artiste. Le sex­isme en Tunisie est un prob­lème social énorme.
Marie Sabot : Oui, mais il reste encore du tra­vail à faire ici aus­si. Il est de la respon­s­abil­ité des directeurs artis­tique de mai­son de dis­ques de met­tre sur le devant de la scène une généra­tion d’artistes femmes. Cela devrait même être une préoc­cu­pa­tion de tous les acteurs du milieu. J’y pense tout le temps quand je fais la pro­gram­ma­tion de We Love Green ou de n’importe quelle soirée.
Tsu­gi : Dans le hip-hop, on a l’impression qu’il y a beau­coup de filles dans le pub­lic, mais peu sur scène…
Marie Sabot : Elles arrivent. (rires)
Lomepal : Je n’ai mal­heureuse­ment pas la réponse, même si j’ai déjà eu cette dis­cus­sion plusieurs fois. Claire­ment, moins de femmes que d’hommes arrivent à assumer de mon­ter sur scène pour faire du rap.
Marie Sabot : On par­lait juste­ment tout à l’heure de la con­fi­ance en soi qu’il faut pour réus­sir à mon­ter sur scène.
Lomepal : À une époque, il y avait plus de femmes dans le rap en France, mais elle était sou­vent dans quelque chose de très mas­culin, dans le look et l’attitude, comme Keny Arkana ou Diams.
Deena Abdel­wa­hed : Se con­sid­ér­er comme artiste pour une femme c’est moins sim­ple que pour un homme. Les hommes sont bien plus à l’aise et déga­gent quelque chose de très macho dont on sent par­fois exclues.
Mad­ben : Je suis le pre­mier à regret­ter qu’il y ait aus­si peu de femmes dans le rap ou la musique élec­tron­ique, mais je ne cherche pas à l’expliquer.
Lomepal : Je suis du même avis. Je trou­verais dom­mage qu’on donne plus d’expositions à tel ou tel, non en fonc­tion de son tal­ent, mais parce qu’il est un homme ou une femme. L’important c’est la musique. Ce serait très macho de favoris­er une fille unique­ment parce que c’est une fille.

Crédit : Philippe Levy pour Tsu­gi

Lomepal et Deena Abdel­wa­hed joueront au fes­ti­val We Love Green, de retour les 2 et 3 juin prochains dans le Bois de Vin­cennes. Lomepal sera par ailleurs à la Cigale ce 22 mars. 

Pro­pos recueil­lis par Patrice Bar­dot et Alex­is Bernier.

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