3 ans plus tard, le festival Yeah! revivait au rythme de la chaleur et du bon son

Trois ans après sa dernière édi­tion tenue, le fes­ti­val de Nico­la Gali­na, Lau­rent Gar­nier et Arthur Durigon réin­vestis­sait la pais­i­ble cité de Lour­marin. Avec une pro­gram­ma­tion à la hau­teur des tem­péra­tures affichées par le ther­mo­stat durant ce week-end de fête, de rires et surtout d’amour et de musique. On était à cette neu­vième édi­tion du Fes­ti­val Yeah!, on vous racon­te tout en atten­dant l’his­torique dix­ième à venir. 

La joie de retrou­ver, enfin, le Fes­ti­val Yeah! dans le Lubéron et son château du 15e siè­cle per­ché sur les hau­teurs du vil­lage de Lour­marin, n’avait d’é­gal que la frus­tra­tion engen­drée par ces deux années anx­iogènes, liées à cette satanée pandémie. Tout est oublié ou presque : le soleil brille, les masques sont rangés, les vis­ages illu­mi­nent, les bisous pleu­vent comme des offran­des et la musique devient la reine du week-end quand la poésie a fait vibr­er les coeurs et par­fois même pleur­er. “On est super con­tent d’être de retour, on avait peur d’avoir per­du des gens (de l’or­gan­i­sa­tion) en cours de route mais finale­ment non, on est repar­ti sur les mêmes bases, se réjouit le co-organisateur Nico­las Gali­na, la voix cassée et déjà sur les rotules après seule­ment une journée de fes­ti­val. C’est une machine qu’il a fal­lu remet­tre en marche, et j’avoue que ça a été com­pliqué, cer­tains de nos automa­tismes étaient rouillés.”

Gaspar Claus

Gas­par Claus au vio­lon­celle accom­pa­g­né de Basile3

Ven­dre­di, pour le pre­mier jour de cette 9e édi­tion, on a été accueil­li au pied du château par des odeurs aguichantes de poulpe gril­lé, d’omelette à la truffe et bien évidem­ment de lavande. Sur la mer­veilleuse Scène Vieille Ferme en con­tre­bas de la cour du château, Gas­par Claus a eu l’hon­neur de lancer les hos­til­ités sous les yeux d’un Lau­rent Gar­nier cap­tivé. Bien aidé par son acolyte Basile3 der­rière ses machines et sa tablette à effets, Gas­par Claus a pro­posé avec son vio­lon­celle — et après avoir englouti deux Pastis — une extra­or­di­naire tra­ver­sée aqua­tique élec­tron­ique, invi­ta­tion au voy­age qui se révéla aus­si aéri­enne que lunaire. “C’é­tait dingue et hyper agréable de jouer la pre­mière note de ce Yeah 2022 après trois ans d’ab­sence, nous a con­fié le radieux Gas­par. Je viens chaque année et ça m’a man­qué. Quand je joue, je ferme les yeux, je ne sais pas où je vais, où je pars.” Nous nous sommes lais­sés faire sans fard et sommes par­tis loin, très loin, et ce mal­gré deux Améri­cains beuglards en fond de court. Ce pre­mier set restera comme l’ex­tase du jour.

 

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La drôle poésie des enfants est venue enchanter le same­di après-midi. Devant l’é­cole du vil­lage, les kids étaient les rois d’un jeu savam­ment appelé “le game of trône (caca is com­ing), ou com­ment punir les organ­isa­teurs du Yeah !” Chaque enfant avait pour mis­sion de dépos­er une crotte en plas­tique dans un toi­lette, avant qu’un seau d’eau froide ne tombe sur la tête des trois lous­tics à la pro­gram­ma­tion du festi, les incon­tourn­ables Nico­las Gali­na, Arthur Durigon et Lau­rent Gar­nier. Le tra­di­tion­nel tournoi de pétanque est un autre moment fort de l’après-midi, agré­men­té de pastis et de DJ sets. Au Yeah!, c’est tout le vil­lage qui est con­cerné, le sens du partage est érigé en éten­dard, il n’y a pas d’échap­pa­toire et c’est ça qui est bien. On sait pourquoi on vient.

Los Bitchos

Los Bitchos sur scène

Au château, les fes­tiv­ités repren­nent à l’heure de l’apéro avec Hyper­ac­tive Leslie sur l’envoûtante Scène Vieille Ferme. Même magie que la veille. En solo, le bat­teur et per­cus­sion­niste Antonin Ley­marie pro­pose un set de 45 min­utes en mode semi-improvisation. Là aus­si on voy­age, entre ambiant, jazz, rock et elec­tro. On est pris, embal­lé, c’est ryth­mé et per­cu­tant. Le meilleur moment de la soirée, alors que devant la grande scène s’a­masse un pub­lic con­quis devant les badass de Los Bitchos, lesquelles font mon­ter la tem­péra­ture avec un set instru­men­tal et fiévreux avant que Dom­brance, un habitué des lieux, ne clô­ture à mer­veille ce same­di soir avec son élec­tro ravageuse.

Dimanche, dernière ligne droite de ce marathon où on ne sait plus où don­ner de la tête. Après le déje­uner, et au moment où Nadal envoie de la mitraille à Roland-Garros, le tennis-club de Lour­marin est un pas­sage obligé. Trois ans après le chavire­ment vécu avec Camion Bazar, Furie bal­ance de la galette disco-funk mais la sauce prend moins facile­ment. La faute notam­ment au cagnard qui force le pub­lic en bobs, cha­peaux et cas­quettes à se réfugi­er sous la pinède à la recherche de la moin­dre fraîcheur.

Mais l’événement du jour c’est le con­cert ‑immanquable- de Mendel­son, à la fruitière numérique, seule­ment à trois min­utes à pied du ten­nis club. Sur place, une bourse aux vinyles et surtout un mini club : dans “le hangar yeah” — la plus petite boîte de nuit de jour — ça envoie du lourd. Aucune men­tion du DJ dans le pro­gramme mais les enchaîne­ments sont telle­ment pro­pres et le son “so punchy” dans une veine house-techno, que ça trahit vite qui est le maître de céré­monie… c’est gag­né, le boss Lau­rent Gar­nier him­self !!!! Hys­térie totale sur quelques mètres car­rés. Bouillant.

A 16h, le front en sueur, on quitte “Lolo” pour l’Auditorium cli­ma­tisé. Notre corps nous dit mer­ci. Mal­gré une porte d’en­trée qui ne cesse de s’ouvrir et de se refer­mer pen­dant le speech d’intro, ce qui a le don d’a­gac­er gen­ti­ment l’im­mense et ironique chanteur-guitariste Pas­cal Bouaz­iz, Mendel­son a livré un con­cert stratosphérique en guise d’adieu. Dernier album et dernier live après 25 ans de car­rière aus­si atyp­ique qu’ex­em­plaire, qui s’achève en cinq titres et 1h15. “Algérie” est un som­met exal­tant de 25 min­utes. Poésie des mots et des maux, c’est beau et puis­sant comme ses longs solos de gui­tares sat­urées et incan­des­cents. Le choc.

La Jungle

La Jun­gle sur scène

La soirée et le fes­ti­val s’achèvent en beauté sur la grande scène du château avec une pro­gram­ma­tion vrai­ment à la hau­teur. Instal­lé au milieu de la cour, le furieux duo La Jun­gle embrase tout sur son pas­sage avec son rock un son noisy et une bat­terie fréné­tique. C’est frais, bar­ré et ça pogote au sun­set. Que demande le peu­ple ? Lucie Antunes ne démérite pas et elle aus­si met tout le monde d’ac­cord avec un son coton­neux, planant et per­cu­tant, tout en crescen­do. Une claque, avant le set enflam­mé d’Opti­mo, les fran­gins de de Glas­gow aux pépites house qui ont joué les pro­lon­ga­tions. Prof­i­tant des derniers instants, le pub­lic se déhanche sous un petit quarti­er de lune et mille étoiles bril­lantes. Vive­ment l’an prochain et la très atten­due 10e édition !

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