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9 juillet 2020

À écouter : cet EP techno de DJ Varsovie, entre camping et ténèbres

par Léonie Ruellan

Le prince du camping DJ Varsovie revient avec un nouvel EP, Her Clone, dévoilé hier.

Probablement l’un des DJs le plus farfelu de la scène techno française (à l’instar de Salut c’est cool ou Jacques), l’ancien « mannequin pour les vieilles » et boss du label Intervision reste fidèle à ce pour quoi il est doué : une techno underground, sombre, aux inspirations gothiques, contre-balancée par des mélodies empruntées au synthwave. Ou, plus simplement dit, « de la musique de bal à travers des enceintes cassées », comme il le décrit lui-même.

Deuxième EP de 2020 — après Alien Love Songs sorti en avril dernier — Her Clone vient compléter la discographie de DJ Varsovie qui compte à présent cinq maxis. Servi avec le clip « A Slow Dance With Love & Death » dans lequel il joue un Edward Cullen torturé en chemise à fleur dans un ballroom vide (aussi disponible en version non censurée pour les plus curieux), l’EP se compose de quatre morceaux qui mêlent coldwave, techno et EBM. Il a beau essayé de faire peur avec du sang sur le visage et un regard noir, on reconnaît dans cet EP l’auto-proclamé prince du camping dévoué à sa devise : 50% camping, 50% ténèbres. Rencontre avec un grand poète.

Connaissant ton talent pour les histoires, confie-nous celle que tu cherches à raconter avec ce nouvel EP…

L’histoire est toujours la même, elle n’a pas changé depuis mes 18 ans… Quand je me suis fais plaquer, jeter comme un vieux chiffon, comme ces mouchoirs remplis de merde que l’on trouve sur les terrains vagues ou à l’orée des bois mal fréquentés. Le disque est un témoignage de mes errances dans les plus infâmes clubs de tango, les pires discothèques, les campings au bord de la faillite, à la recherche du même spectre, d’un visage familier, de ma jeunesse, d’un clone qui se serait caché pendant dix ans et qui aurait décidé de ressurgir à mon concert, comme appelé par mes lamentations incantatoires, alarme silencieuse du bruit des larmes sur le sol, échos secrets du déchirement du monde.

 

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Parle-nous aussi de ton clip : quelles inspirations l’ont nourri ?

Ma passion pour la moto en a été une des premières, j’ai toujours rêvé rejoindre le club des Hells Angels de Normandie dans un terrible road trip à travers la France, allé draguer dans les Buffalo Grill et puis… les interminables parties de flipper à la fin de l’été, quand le soleil se couche sur la Camargue, vivre dans un western à taille humaine, retrouver la trace du paradis perdu sur les nationales crevassées, le vent sur le visage, comme quand nous étions enfant sur la plage, cette sensation d’éternité face à l’évidence de la Terre. Le clip retrace ce parcours jusqu’au point de non-retour, à la recherche du spectre blessé de ma jeunesse, dans les plus monstrueux dancings d’Europe, les bars qui sentent le foutre et la mort, à travers les cristaux troubles du sentiment. C’est une quête perdue d’avance, une mission suicide pour repêcher sous la lave, le premier amour.

« Le clip retrace ce parcours jusqu’au point de non-retour, à la recherche du spectre blessé de ma jeunesse, dans les plus monstrueux dancings d’Europe, les bars qui sentent le foutre et la mort, à travers les cristaux troubles du sentiment. »

Y a-t-il des collaborations sur cet EP qu’on doit connaître ?

Oui, une collaboratrice secrète, il y a un an et demi je suis tombé amoureux de la caissière du Franprix de Hyère-les-Palmiers mais je n’ai jamais osé le lui dire alors j’ai fait cet infect disque de complaintes, c’est ce que font les boloss de mon genre, les lâches, ceux qui tremblent et se frottent le sexe le soir sur un clic-clac en pleurant.

Artwork

Tu as eu envie de faire quoi en créant le track éponyme « Her Clone », moins techno que les autres titres ?

Le disque entier est une compile de musique de bal entendue à travers le prisme d’un mauvais appareil auditif, comme un vieillard argentin venu une dernière fois à la milonga pour voir le monde en vie avant que lui la quitte, et qui entendrait, allongé dans sa demi-mort, les valses d’Astor Piazzolla comme la rumeur d’une jeunesse lointaine, comme on entend la retransmission d’un match sur une mauvaise radio, les particules d’un autre temps, l’appel de la vie.

Parlons confinement et coronavirus pour faire original : on peut interpréter « Another World » comme un track nostalgique du dit « monde d’avant » ?

« Another World » est sûrement une de mes chansons les plus cochonnes, elle met en scène les rêveries d’un alien, ses songes d’une autre galaxie où il pourrait rencontrer l’amour de sa vie, ses aspirations au voyage intergalactique, un alien gothique et amoureux de l’inconnu. Le seul parallèle que je peux faire avec le confinement est que j’ai eu moi aussi recours, à l’instar de cet alien, au soulagement personnel si vous voyez ce que je veux dire… Je vais m’arrêter ici car cette histoire ne regarde que moi et le dossier « Yoga » où je cache mes pornos.

Parmi les quatre morceaux qui composent l’EP, lequel a la carrure pour être un tube de l’été ? D’ailleurs, c’est quoi, tes tubes de l’été à toi ?

Je pense qu’ils sont tous à leur façon des tubes de l’été… Enfin, des fins d’étés, des fins d’étés sombres et lugubres, fins d’étés sordides, quand l’accident arrive sur l’autoroute du soleil. Je pense que le morceau parfait pour faire un tonneau c’est « Another World », il a un côté un peu Fast & Furious, le morceau pour boire seul sur la plage c’est « Under The Lights », et pour danser le slow avec quelqu’un qui pleure ou l’ombre de son ex c’est « Her Clone ». Pour finir, « Feel Young Again », c’est plus pour se griffer le torse sur Skype devant une cam girl, on est presque déjà en automne avec ce morceau, c’est la chanson la plus mélancolique du disque.

Sinon, en ce moment je n’écoute plus grand chose car je deviens sourd (cette infâme maladie me donne l’impression de tailler une pipe au diable), mais si je peux vous faire une petite sélection, je dirais :
– Blink 182 – « Down »
– Corbyn – « Dragged »
– Georges Brassens – « Le 22 septembre »
– Nerd – « Hypnotize You »
– Ennio Morricone – « Le Vent Le Cri »

« En ce moment je n’écoute plus grand chose car je deviens sourd (cette infâme maladie me donne l’impression de tailler une pipe au diable). »

Deuxième EP de l’année, c’est généreux… C’est quoi la suite ?

Alors, plusieurs terribles projets devront voir le jour dès septembre, projets qui devraient ravir les danseurs de mambo de tous les pays, les « psychos du dancing », comme on les appelle à Toulon. À la rentrée, le clip de mon funeste slow « Elle Venait De Saint-Nazaire » sortira sur la compilation Nadsat produite par Because. S’en suivra To Live & Die In Sydney, en collaboration avec Tony Turbo, une compilation d’ADM (Australian Dance Music). Pour la petite histoire, nous avions été invités en 2019 au Toxic Invasion Festival Australia, cette expérience nous ayant beaucoup marqué, nous avons par la suite décidé de produire un disque hommage à cet ancien bagne, roche devenu fleur qu’est l’Australie.

Plusieurs autres disques sont en préparation dont Death Angel, l’apparition de l’ange de la mort dans un club de Torcy, une compile dancefloor avec des remixes de Paul Seul, Imperial Black Unit, End Of Mortal Life, Lag & Influx. Je garde le reste sous silence pour l’instant, au cas où Alfredo Panini, mon infâme rival, déciderait de me voler mes idées.

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