©Daniel Topete

💿 Album du mois : le rock de Geese rappelle ce qui se fait de mieux depuis les Strokes

par Tsugi

C’est l’al­bum du mois du Tsu­gi 146 (dĂ©cem­bre 2021) : Pro­jec­tor de Geese, sor­ti sur Par­ti­san Records/Pias. 

Chronique issue du Tsu­gi 146 : Ascen­dant Vierge, gĂ©nĂ©ra­tion dĂ©sen­chan­tĂ©e, disponible main­tenant en kiosque et Ă  la com­mande en ligne.

C’était il y a vingt ans dĂ©jĂ . Avec leur pre­mier album, les Strokes ouvraient une nou­velle Ăšre pour le rock, en replaçant New York en cƓur crĂ©atif du genre. RĂ©ac­tu­al­isant Blondie ou Tele­vi­sion, ils ouvraient la voie Ă  plĂ©thore de groupes bri­tan­niques (Bloc Par­ty, Franz Fer­di­nand, Arc­tic Mon­keys), ain­si qu’à d’autres com­pĂšres de Brook­lyn comme Vam­pire Week­end ou, plus rĂ©cem­ment, Par­quet Courts. C’était il y a vingt ans, et aucun des mem­bres de Geese n’était nĂ©. Pour­tant, ils repren­nent ce flam­beau avec panache. Pour cela, ils prof­i­tent bien enten­du du revival post-punk qui sec­oue les Ăźles bri­tan­niques depuis quelques annĂ©es : leur album sort sur Par­ti­san, label d’Idles ou Fontaines D.C., avec un mix­age de Dan Carey, dĂ©jĂ  vu auprĂšs de Squid, black midi ou mĂȘme, juste­ment, Bloc Par­ty et Franz Fer­di­nand. N’allez pas croire pour­tant que ces cinq jeunes de Brook­lyn ne sont que de tal­entueux hĂ©ritiers.

Projector

Art­work

Car le groupe s’est avant tout fait seul : leur album Ă©tait dĂ©jĂ  enreg­istrĂ© avant de ren­con­tr­er Carey ou Par­ti­san. Et ce qu’ils pro­posent se dĂ©mar­que des dis­ques tour­men­tĂ©s et rageurs venus d’Europe. Leurs duos de gui­tares rap­pel­lent ce qu’il se fait de mieux dans la Big Apple depuis la bande de Tom Ver­laine. Mais surtout, leurs goĂ»ts vont bien au-delĂ  du sim­ple art pop façon CBGB. S’ils maĂźtrisent leurs clas­siques, de Pink Floyd Ă  Led Zep­pelin, mais aus­si Yes ou Radio­head, ils citent Ă©gale­ment King Giz­zard & The Lizard Wiz­ard ou encore Ani­mal Col­lec­tive dans leurs influ­ences. Il faut dire qu’à leur Ăąge, peu importe l’époque : ils ont tout dĂ©cou­vert d’un bloc, et puisent dans l’histoire du rock avec un ent­hou­si­asme juvĂ©nile et post­mod­erne. Ain­si, der­riĂšre ce punk-funk peut s’entendre une myr­i­ade d’autres gen­res, qui s’entremĂȘlent. Avec ces riffs anguleux de gui­tares claires, de nom­breux morceaux peu­vent rap­pel­er le math rock, notam­ment “Dis­co” et sa ryth­mique Ă  sept temps. Le groupe mul­ti­plie les sor­ties de route, explo­rant tour Ă  tour le psy­chĂ©, puis un rock presque pro­gres­sif. Autant de gen­res sou­vent antag­o­nistes, pour­tant rĂ©u­nis par cette Ă©nergie ado­les­cente impa­ra­ble. Pro­jec­tor pos­sĂšde ain­si plusieurs facettes, sans que l’une prenne vĂ©ri­ta­ble­ment le pas sur l’autre. Mais le plus fort est que le groupe rĂ©us­sit ce mĂ©lange sans tomber dans la pos­ture ni l’excĂšs. Tout reste trĂšs cohĂ©rent, intu­itif ; plus acces­si­ble que les touf­fus black midi, moins kalĂ©i­do­scopique qu’un Black Coun­try, New Road. En un mot : effi­cace. L’album est notam­ment sous-tendu par un sen­ti­ment d’urgence, tou­jours fon­da­men­tal dans ce reg­istre. Celui-ci ne vient pas unique­ment d’une angoisse ado­les­cente, mais aus­si de con­traintes pra­tiques : les cinq com­pĂšres Ă©taient encore au lycĂ©e pen­dant l’écriture du disque. Il fal­lait donc met­tre Ă  prof­it le peu de temps qu’ils avaient pour rĂ©pĂ©ter, et aller Ă  l’essentiel. On pour­rait presque avoir peur pour les Geese, main­tenant qu’ils ont du temps devant eux, et un label qui les sou­tient. Mais Pro­jec­tor prou­ve qu’ils ont assez de matu­ritĂ© pour faire les bons choix.

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