Tour-Maubourg / © Thomas Brandy

Album du mois : Tour-Maubourg, l’espoir de la house française ne déçoit pas

C’est l’al­bum du mois du Tsu­gi 136 : Par­adis arti­fi­ciels de Tour-Maubourg, sor­ti chez Pont Neuf Records le 4 décembre. 

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L’histoire de la musique regorge de dis­ques incom­pris, parce qu’arrivés trop tôt ou trop tard, en décalage avec les attentes de leurs con­tem­po­rains. On les réé­val­ue par­fois ensuite, et on leur colle l’étiquette de disque oublié, mau­dit ou injuste­ment més­es­timé. La belle affaire. Un des­tin auquel devrait échap­per le pre­mier album de Tour-Maubourg, lequel sem­ble tout à fait en phase avec son époque, à l’heure où le jazz revient à la mode, où les années 90 sont encore d’actualité et où les sonorités downtempo/trip-hop/ abstract repointent le bout de leur nez, favorisées par un con­texte glob­al qui pousse l’humanité à se lover sur son canapé et à regarder dans le rétro plutôt que vers un futur incer­tain. Clin d’œil du cal­en­dri­er, il sort au moment même où St Ger­main s’apprête à fêter le vingtième anniver­saire de son emblé­ma­tique Tourist, artiste qu’on ne pour­ra s’empêcher d’associer à Tour-Maubourg, et pas seule­ment pour une accoin­tance com­mune avec la géo­gra­phie parisienne.

Tour-Maubourg

Art­work de
Par­adis Artificiels

Nul besoin de cul­pa­bilis­er, l’intéressé, Pierre d’Estienne d’Orves de son vrai nom, assume l’influence, de même que celle de Shazz, autre pro­duc­teur français des années 90 à avoir su mari­er avec réus­site sam­ples jazz et beats élec­tron­iques. On pour­rait égale­ment citer Nico­las Jaar ou Pépé Bradock et son clas­sique « Deep Burnt », auquel font écho les vio­lons de « L’invitation au voy­age », mais résumer ces Par­adis arti­fi­ciels à des madeleines tièdes et moelleuses trem­pées dans une infu­sion de nos­tal­gie deep-jazz relèverait toute­fois d’une descrip­tion hâtive. Ou alors faudrait-il insis­ter sur la fraîcheur des madeleines et la légèreté de l’infusion. Car para­doxale­ment, et mal­gré l’atmosphère suran­née et vaporeuse qui enveloppe le disque, il s’en dégage quelque chose de frais et spon­tané, loin, très loin, de ressem­bler à toutes les bour­sou­flures jazzy qui avaient éclos au début des années 2000 dans le sil­lon des qua­tre mil­lions d’albums ven­dus par St Germain.

Cat­a­pulté espoir de la house française depuis la sor­tie de son pre­mier maxi il y a trois ans (Déc­la­ra­tion préal­able à l’embauche), le pro­duc­teur parisien est par­venu à con­cré­tis­er les promess­es que la presse spé­cial­isée avait placé en lui en faisant ce qui était sans doute la meilleure chose à faire : ne pas s’en tenir à la house et élargir ses hori­zons. Le fait d’avoir tro­qué Able­ton Live et sa MPC pour du matériel de stu­dio a dû égale­ment jouer. Le résul­tat : un album équili­bré et limpi­de, qui glisse sans à‑coups d’une ryth­mique syn­copée à un beat binaire, d’une volute cuiv­rée à une boucle acid, d’un accord de piano mélan­col­ique à une nappe baléarique. On serait bien inca­pable de ressor­tir un morceau du lot, et à quoi bon ? En un peu moins de quar­ante min­utes dans sa ver­sion numérique – il y a un titre bonus sur le vinyle –, il s’écoute d’une traite, et c’est peut-être même dom­mage qu’il soit si court.

 

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Tour-Maubourg

Tour-Maubourg / © Thomas Brandy

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