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19 septembre 2013

And the (new) beat goes on

par rédaction Tsugi

A la fin des années 80, on déboulait de France, d’Allemagne, des Pays-Bas jusqu’en Belgique pour participer à la grande fête new beat, mouvement éclair qui brassait smileys, les shorts cyclistes, les insignes Volkswagen, l’eurodance et la cold wave. Le documentaire The Sound Of Belgium en retrace l’épopée.  

née en 1987, atteignant son apogée en 1988, morte et enterrée en 1989, la new beat aura été un phénomène éclair de la club culture, longtemps oublié, voire méprisé. Et comme tout recoin de la pop culture se doit désormais d’être étudié, c’est au tour de la new beat (cursus d’électronique comparée, option dancefloor-Europe) de faire aujourd’hui l’objet d’un documentaire intelligent, qui retrace sa trajectoire météorique, sur fond de culture de la fête dans le plat pays. Réalisé sur six ans par Jozef Devillé et partiellement financé sur le Web, The Sound Of Belgium convoque de manière classique archives, acteurs de la scène, DJ’s, producteurs… Tous reviennent sur cette fête immense que fut la new beat, avant de sombrer dans le grand n’importe quoi. L’intelligence du film est de ne pas se contenter d’un focus étroit sur la new beat, mais d’aller chercher cette particularité de l’esprit et des dancefloors belges, un sens et un désir de la fête. En remontant aux origines, des bals ’aprèsguerre avec leurs fabuleux orchestres mécaniques – une des véritables découvertes du film – et leurs hectolitres de bière aux après-midi amphétaminés du club Popcorn, où l’on ralentissait déjà les 45-tours de northern soul (l’imparable “Comin’ Home Baby” de Mel Tormé passé de 45 à 33 tours). 

 

LES OREILLES DE L’EUROPE

Mais c’est à Anvers, en 1987, que la Belgique trouve un son propre et attire toutes les oreilles de l’Europe. Tandis que les brumes du nuage de Tchernobyl se dissipent gaiement au-dessus du pays, épargnant judicieusement la France, le dancefloor de l’Ancienne Belgique fait le plein. On vient de tout le pays pour s’éclater sur le mélange de new wave, balearic, eurodance, cold wave que les DJ’s résidents mixent dans un cocktail inédit. Ils ralentissent leurs disques pour obtenir un tempo lent et hypnotique – entre 90 et 110 BPM – et faire ressortir les basses. Au Pairs, Max Berlin, Allez Allez se télescopent dans les enceintes. Ce qu’on appelle désormais le son AB se répand dans les clubs. Et pour faire face à la relative pénurie de disques, les producteurs locaux décident de produire leurs propres tracks, prolongeant la tradition disco du pays. La Belgique tient enfin un style propre, plus la peine d’attendre ce qui vient d’Angleterre ou des États-Unis: le son du moment est produit sur place. Les oreilles de l’Europe se tournent vers la Belgique. New wave… euro beat… Il faut un nom à chaque mouvement, à chaque tendance: ce sera donc la new beat. Et comme pour toute scène, il faut aussi un club emblématique, où le mouvement va réellement exploser. Ce sera le Boccaccio, à côté de Gand – discothèque géante toute en miroirs et lasers – qui devient le temple de la musique électronique belge, un son qui n’existe alors nulle part ailleurs: ambiances industrielles, tempos lancinants, atmosphère sombre, inconfortable. Entrer au Boccaccio est une expérience qui ne s’oublie pas: “C’était comme pénétrer un enfer sombre. Ou un film au ralenti”, entendon dans The Sound Of Belgium.

De France, d’Allemagne, des Pays-Bas, on s’entasse dans des voitures et on fait la queue toute la nuit dans l’espoir de pénétrer le sanctuaire de la new beat. Trois mille kids se pressent dans le club, qui ne désemplit pas du week-end, emportés par le même tempo ralenti, toute la nuit, jusqu’à l’hallucination. Le son est sombre, la fête est joyeuse.

 

MUSIQUE AU KILOMÈTRE

En 1988, la Belgique est submergée par la folie new beat. Looks improbables, chemises à pois, docs coquées, shorts cyclistes, crucifix, insignes VW, chapeaux melons… Boy London, Marithé et François Girbaud, Gauthier. Le smiley du Summer of Love anglais vient se coller sur les disques et les chemises. Les photos funéraires sur porcelaine disparaissent des cimetières pour ressurgir sur les chemises des danseurs. Les tracks sortent des basements, sont testés sur les dancefloors puis partent directement au mastering/pressage. Les morceaux sont plus ou moins bons, mais l’énergie et l’enthousiasme emportent tout sur leur passage.

Les disques se vendent par palettes entières, semaine après semaine. Les smileys sont cuisinés à toutes les sauces, la musique est débitée au kilomètre. Les danseurs font la queue pour acheter les disques entendus dans les clubs. Tout le monde se frotte les mains. Un peu trop même. Tous les gredins du music business se ruent sur l’aubaine.

Le coup de grâce arrive avec “The Sound of C.”, de Confetti’s, track commandé par un patron de club, torché en quelques heures, avec un groupe monté de toutes pièces. Carton  historique. La boîte de Pandore est ouverte, et les titres idiots s’enchaînent dans un phénomène d’autocombustion accéléré. La new beat devient un monstre incontrôlable: hymnes pour stades de foot, new beat de Noël… N’importe quoi, n’importe comment. Même Plastic Bertrand s’y met. La musique devient une vulgaire eurodance de fête foraine, et forcément, la bulle spéculative finit par exploser. Être associé à la new beat devient honteux. Malgré son naufrage, elle a inoculé le virus électronique à la Belgique, libéré et décomplexé producteurs et danseurs. Techno et house prennent logiquement la succession et ont leur lot de démêlés avec les autorités. The Sound Of Belgium, à défaut de véritablement réhabiliter la new beat, devrait bientôt insuffler à nouveau un peu de belgitude hors des frontières, “agréable à crever”.

Olivier Forest

The Sound Of Belgium de Jozef Devillé, diffusé le 29 septembre sur Arte.

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