Angèle publie le clip fou de “Tout oublier” avec Roméo Elvis, dans la foulée de son album “Brol”

Avec Angèle, on n’est jamais à l’abri d’une bonne sur­prise. Pub­li­er son pre­mier album, ce n’était pas suff­isant pour la prodi­ge belge qui, en à peine un an, s’est invitée sur toutes les lèvres et a con­quis pas mal de coeurs. Elle dévoile déjà le clip de “Tout oubli­er” -réal­isé par Brice VDH & Léo Walk‐ où elle partage l’affiche avec son rappeur de frère, Roméo Elvis. Com­bi­naisons de ski, spleen, plage, danse du boule et pop sucrée. Angèle et Roméo sont en par­fait décalage avec le monde extérieur : eux sont con­fort­able­ment blot­tis dans leur déprime, quand les autres prof­i­tent du soleil et de l’insouciance esti­vale. Sur une douce mélodie chaloupée, les paroles racon­tent la déprime qui suit une rup­ture. Angèle nous par­le du besoin d’avancer, mais aus­si des con­seils dénués de sens et sou­vent vains prodigués par nos proches : “oublie que t’as per­du tout ce que t’avais, c’est sim­ple, sois juste heureux. Si tu le voulais, tu le serais”. Comme un rire gogue­nard lancé au dik­tat du bon­heur, qu’il vienne de la famille, des amis ou d’inconnus sur Inter­net. Ce choix de clip est par­faite­ment logique pour accom­pa­g­n­er la sor­tie de l’album, puisqu’on y retrou­ve ses thèmes prin­ci­paux : beau­coup d’humour pour cacher la mélan­col­ie, une his­toire de love, l’influence du regard des autres et aus­si des réseaux soci­aux, le thème récur­rent de ce disque, Brol (“bor­del” en argot belge), sor­tant ce ven­dre­di 5 octo­bre.

C’est assez évi­dent sur “Vic­time des réseaux”, suite imag­inée du titre “Vic­time de la mode” de MC Solaar, qu’Angèle reprend sou­vent en con­cert. Mais plus sub­tile­ment, elle évoque très sou­vent les effets per­vers d’Instagram, ain­si que ses côtés béné­fiques, notam­ment pour ouvrir les con­sciences. Par exem­ple dans “Bal­ance ton quoi”, référence évi­dente à #Bal­ance­Ton­Porc et #metoo. De quoi par­ler du sex­isme ordi­naire, auquel elle est par­fois con­fron­tée : dans une inter­view présente dans le dernier numéro de Tsu­giAngèle racon­te com­ment les gens s’étonnent qu’elle puisse elle‐même écrire ses textes… Mieux vaut ne pas répon­dre : “je serai polie pour la télé”, concède‐t‐elle. Parce qu’à l’exception du din­gle “La Loi de Mur­phy” -qu’elle a coécrit avec Veence Hanao‐, la jeune belge a signé toutes les textes du disque. Ils sont sou­vent légers avec quelques faib­less­es qu’elle a volon­taire­ment lais­sées pour un côté naturel -ou peut‐être par “Flemme”-, par­fois moros­es mais tou­jours effi­caces. Serait‐ce grâce à des paroles sim­ples ou à ses mélodies? Quoi qu’il en soit, chaque chan­son s’incruste dans votre cerveau instan­ta­né­ment, pour ne plus jamais le quit­ter… Ca en devient presque rageant. Claviers étouf­fés, bass­es élec­tron­iques, influ­ences club… Les pro­duc­tions sont pétil­lantes et on se laisse vite bercer. Et puis, çà et là, Angèle se laisse aller à des ful­gu­rances bien plus calmes, comme sur le mer­veilleux “Nom­breux” : un piano‐voix poignant folle­ment roman­tique, soutenu par des choeurs chaleureux.

Sans pass­er par la case EP (même si on avait déjà décou­vert qua­tre morceaux — “La Loi de Mur­phy”, “Je veux tes yeux”, “La Thune” et “Jalousie” — au fil des mois), Angèle a fait de ce pre­mier album une vraie réus­site, très encour­ageante pour la suite. Sa pop généra­tionnelle devrait con­tin­uer à ren­con­tr­er un suc­cès ful­gu­rant et on ne va pas boud­er notre plaisir. Car sous les apparences de pop ronde et sucrée, elle cache une matu­rité rare pour une artiste de 22 ans. Avec Brol, Angèle arrache défini­tive­ment son éti­quette de “fille et petite soeur de” -fille du chanteur Mar­ka et de la comé­di­enne Lau­rence Bibot, soeur de Roméo Elvis‐ et peut pour­suiv­re une route qu’elle com­mence à peine à trac­er, le coeur un peu plus léger.

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