Ā© Jules Faure

šŸ—žļø AprĆØs cinq ans dā€™absence Fishbach nous raconte son retour avec un nouvel album

Cinq ans ont passeĢ depuis lā€™apparition fulĀ­guĀ­rante de FishĀ­bach marqueĢe sous le sceau des anneĢes 1980. Le retour de la jeune femme, apercĢ§ue dans la seĢrie VerĀ­non SubĀ­uĀ­tex, eĢclate dā€™une nouĀ­velle couleur, plus futurĀ­iste et luxĀ­uĀ­riĀ­ante. Rencontre.

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Dā€™une Ć©lecĀ­tion prĆ©siĀ­denĀ­tielle Ć  une autre. En 2017, nous entrons en Macronie lorsque FloĀ­ra FisĀ­chbach deĢboule avec AĢ€ ta merĀ­ci. EĢvoquant autant DesireĀ­less que Depeche Mode ou SpanĀ­dau BalĀ­let, ce preĀ­mier album charisĀ­maĀ­tique repousse autant quā€™il seĢduit. CerĀ­taineĀ­ment cliĀ­vant. Ce qui nā€™est pas pour nous deĢplaire. Cinq ans plus tard, alors que lā€™on sā€™appreĢ‚te aĢ€ glissĀ­er un nouĀ­veau bulĀ­letin dans lā€™urne, cette femme sauvage aĢ€ lā€™apparente froideur revient devant les eĢlecteurs de la chanĀ­son. Ni tout aĢ€ fait ni le meĢ‚me, ni tout aĢ€ fait un autre, Avec les yeux sā€™affiche beauĀ­coup plus comĀ­plexe, tant en musique que dans les textes, que le simĀ­ple deĢcalque des anneĢes 1980 dans lequel ses deĢtracteurs veuĀ­lent aĢ€ tout prix lā€™enfermer. Bien suĢ‚r, cette ā€œfameuseā€ deĢcennie brille sur ā€œMasque dā€™orā€ ou ā€œTu es en vieā€, mais FishĀ­bach, deĢsormais jeune trenteĀ­naire, deĢmontre surtout une capaciteĢ aĢ€ sā€™affranchir des eĢtiquettes pour deĢvelopper sa proĀ­pre idenĀ­titeĢ. ChanĀ­son maxĀ­iĀ­malĀ­iste, sideĢrante, meĢlancolique, ouĢ€ elle pousse non sans humour les modĀ­uĀ­laĀ­tions de sa voix dans ses derniers retrancheĀ­ments. AĢ€ fleur de peau, la chanteuse surfe sur les notes syntheĢtiques en dessiĀ­nant des ā€œArabesquesā€ meĢlodiques qui posĀ­tuĀ­lent sans probleĢ€me au somĀ­met des Top 50 dā€™hier, dā€™aujourdā€™hui et surtout de demain.

Quand je tā€™ai intervieweĢe pour ton preĀ­mier album, tu mā€™avais dit ā€œil faut faire attenĀ­tion aĢ€ la fulĀ­guĀ­rance, elle peut eĢ‚tre treĢ€s rapiĀ­de dans la monteĢe comme dans la descenteā€. Ce risque existe-t-il encore ?

Je nā€™en sais rien. Jā€™ai deĢjaĢ€ la chance de sorĀ­tir un deuxieĢ€me album parce que jā€™aurais pu mā€™arreĢ‚ter apreĢ€s le preĀ­mier. Mais comĀ­ment va-t-il eĢ‚tre recĢ§u ? (Elle reĢfleĢchit) ForceĢment, cela ne sera pas la meĢ‚me chose. Tant mieux, sinon ce serait de la rouĀ­tine, et on ne fait pas ce meĢtier pour cĢ§a. La fulĀ­guĀ­rance, cā€™est norĀ­mal pour un preĀ­mier album. Cā€™est une deĢcouverte, donc cā€™est exciĀ­tant ausĀ­si bien pour les gens qui le recĢ§oivent que pour les gens qui le donĀ­nent. Quand jā€™eĢtais plus jeune, jā€™aspirais ausĀ­si aĢ€ des choses plus fulĀ­guĀ­rantes. Je ne pense pas que je sois assagie, mais je muĢ‚ris donc je me fais moins peur.

As-tu ressenĀ­ti une forme de pression ?

Oui, mais surtout celle que je me colle : ā€œQuā€™est-ce que je veux dire ? Quā€™est-ce que je veux faire ? Est-ce que je suis dans le controĢ‚le ou est-ce que je conĀ­tinĀ­ue dā€™agir de manieĢ€re instincĀ­tive ?ā€ Inutile de te dire que jā€™ai choisi la secĀ­onde option. Sinon, je suis assez sereĀ­ine. Comme je suis de nature pesĀ­simiste, je serais presque plus rassureĢe si cā€™eĢtait plutoĢ‚t un four quā€™un succeĢ€s. (rires)

Que serait un four pour toi ?

Que je me retourne sur ce que jā€™ai fait, et que je pense que ce nā€™est finaleĀ­ment pas terĀ­riĀ­ble. Mais jā€™ai pris le temps et je nā€™ai aucun regret. Jā€™aurais bien voulu sorĀ­tir des choses plus toĢ‚t, mais sur de plus petits forĀ­mats. Jā€™aime bien eĢcouter des EPs quaĀ­tre titres. Pour moi un album huit morceaux, cā€™est parĀ­fait, bon laĢ€ jā€™en ai mis onze. (rires) Ma vie de FishĀ­bach a eĢteĢ treĢ€s intense. AĢ€ un moment donneĢ, on se demande qui on est, qui on est devenu. Il a falĀ­lu que je prenne un peu de recul, je me suis occupeĢ de ma vie perĀ­sonĀ­nelle. Ce nā€™eĢtait pas du luxe.

Comme un besoin de te retrouĀ­ver avec toi-meĢ‚me ?

Oui, mais cā€™est comĀ­mun aĢ€ beauĀ­coup dā€™artistes. Il y a eu en plus cette crise. Au moment ouĢ€ jā€™eĢtais preĢ‚te aĢ€ mā€™y remetĀ­tre, aĢ€ voyĀ­ager, il y a eu une introĀ­specĀ­tion imposeĢe. Pause. Pas trop le choix. Le preĀ­mier morceau que jā€™ai eĢcrit, cā€™est ā€œMasque dā€™orā€ en 2018. Puis jā€™ai comĀ­poseĢ treĢ€s lenteĀ­ment jusquā€™en deĢcembre 2020, ouĢ€ jā€™ai eĢcrit ā€œDans un fou rireā€. Ce nā€™est pas deux ans de traĀ­vail tous les jours. Je ne suis pas une workaĀ­holic meĢ‚me si jā€™adore ce meĢtier : tous mes amis sont artistes et lā€™on en parĀ­le en perĀ­maĀ­nence. Mais jā€™aime bien ausĀ­si prenĀ­dre le temps, lire un bouquin, me promenĀ­er en foreĢ‚t. Je crois que cā€™est treĢ€s imporĀ­tant. Je pourĀ­rais gagĀ­nĀ­er plus, touchĀ­er plus de monde, mais je suis bien avec ma petite vie calme. Jā€™aspire aĢ€ quelque chose dā€™assez ordiĀ­naire en fait. Lā€™ordinaire cā€™est merveilleux.

OuĢ€ voulais-tu nous teĢleĢporter avec ce secĀ­ond album ?

Pour le preĀ­mier disque, comme son nom lā€™indique, jā€™eĢtais aĢ€ la merĀ­ci de lā€™autre, de lā€™auditoire, aĢ€ la merĀ­ci dā€™un amour assez soufĀ­freĀ­teux. Avec les yeux, cā€™est plutoĢ‚t lā€™aventure. On est un peu reĢconcilieĢe avec soi-meĢ‚me, avec le monde. On est moins amoureuse, cā€™est plus un disĀ­cours inteĢrieur. Jā€™ai envie que les gens dansent avec eux-meĢ‚mes avec ce disque.

Tes textes, meĢ‚me ceux que tu nā€™as pas eĢcrits, sont touĀ­jours sujets aĢ€ de mulĀ­tiĀ­ples interpreĢtationsā€¦

La douĀ­ble lecĀ­ture, cā€™est imporĀ­tant parce que les morceaux vont vieilĀ­lir. Cā€™est un meĢtier quand meĢ‚me treĢ€s schizophreĢ€ne, chanteur. Tous les jours on dit la meĢ‚me chose et dans un monde ouĢ€ on doit cacher ses senĀ­tiĀ­ments, eĢ‚tre dans le controĢ‚le de soi, on nous pousse aĢ€ exacĀ­erĀ­ber justeĀ­ment nos senĀ­tiĀ­ments. Et penĀ­dant des anneĢes, il va falĀ­loir chanter les meĢ‚mes chanĀ­sons. Sā€™il y a un morceau que je nā€™aime plus, mais que les gens adorent, je suis obligeĢe de le jouer sur sceĢ€ne. Et pour lā€™aimer sans cesse, il faut lui laissĀ­er de lā€™espace dans son interpreĢtation. Jā€™adore quand on me demande : ā€œMais quā€™est- ce que tu as voulu dire dans cette chanĀ­son ?ā€ Je leur reĢponds souĀ­vent : ā€œEt toi tu pensĀ­es quoi ?ā€ Alors les gens me raconĀ­tent des trucs beauĀ­coup plus inteĢressants que ce que jā€™ai voulu dire aĢ€ la base. Mais je ressens la meĢ‚me chose : comĀ­biĀ­en de morceaux de MyleĢ€ne Farmer ai-je eĢcouteĢs penĀ­dant des anneĢes, avant de me dire un jour que je nā€™avais pas comĀ­pris ce quā€™elle avait voulu dire ? Je trouĀ­ve cela geĢnial.

MusiĀ­caleĀ­ment, Avec les yeux est plus luxĀ­uĀ­riĀ­ant, avec une ambiance plus futurĀ­iste je trouĀ­ve. Quel roĢ‚le a joueĢ Michael DeclerĀ­ck (proĀ­ducĀ­teur pour GasĀ­pard AugeĢ ou Her, ndr) ?

Il a renĀ­du le truc plus patate. AĢ€ la base, je proĀ­duis mes arrangeĀ­ments, car jā€™envisage les chanĀ­sons dans leur inteĢgraliteĢ. Mais on a rejoueĢ des syntheĢs, on a enregĀ­istreĢ avec de vrais musiĀ­ciens parce que je suis une pieĢ€tre guiĀ­tariste. Pareil pour les voix. On a surtout passeĢ beauĀ­coup de temps ensemĀ­ble aĢ€ eĢ‚tre amis, aĢ€ rire, aĢ€ eĢcouter de la musique. Ensuite, le traĀ­vail en lui-meĢ‚me est alleĢ assez vite. On bosĀ­sait sur du sound-design, des couleurs de caisse claires. Je lā€™embeĢ‚tais laĢ€-dessus, je suis un peu chiĀ­ante, car une caisse claire, soit cĢ§a date une eĢpoque soit cĢ§a lā€™antidate. Ce disque, cā€™est un peu Matrix meĢdieĢval. (rires)

Les anneĢes 1980 sont quand meĢ‚me touĀ­jours preĢsentes. Dans ā€œTu es en vieā€, il y a un coĢ‚teĢ rock proĀ­gresĀ­sif aĢ€ la JourĀ­ney ou Foreignerā€¦

CĢ§a me fait super plaisir que tu me disĀ­es cĢ§a. EffecĀ­tiveĀ­ment jā€™ai vraiĀ­ment beauĀ­coup eĢcouteĢ ce genre de musique dernieĢ€rement. Parce que mainĀ­tenant, jā€™ai une bagĀ­nole et jā€™adore conĀ­duire. Je suis une fille de routiĀ­er et ma meĢ€re aurait voulu devenir pilote de ralĀ­lye. Moi ausĀ­si, jā€™aurais pu faire cĢ§a si jā€™avais passeĢ le perĀ­mis plus toĢ‚t. La musique que lā€™on passe en voiture nā€™est pas la meĢ‚me que celle que lā€™on eĢcoute en marchant ou dans son salon. Cā€™est treĢ€s clicheĢ, mais jā€™ai eĢcouteĢ des ā€œroad songsā€ : BonĀ­nie Tyler, des trucs treĢ€s ā€œguiĀ­tar heroā€, treĢ€s glam. Je me suis fait plaisir sur ce morceau que jā€™adore.

Lā€™eĢtiquette Fishbach/anneĢes 1980 est quelque chose qui tā€™agace ?

Pas du tout. Les eĢtiquettes, on ne peut pas batailler conĀ­tre. De toute manieĢ€re, cā€™est vrai, je conĀ­somme beauĀ­coup de musiques des anneĢes 1980. Jā€™adore cĢ§a. On entend souĀ­vent les gens dire : ā€œQuand est-ce que cĢ§a va se terĀ­minĀ­er ce revival anneĢes 1980 ?ā€ Mais cela fait au moins vingt ans que cela dure ! Les anneĢes 1980, ce nā€™est pas forceĢment un style. Il y a un son, une audace dans la proĀ­ducĀ­tion. Les mecs ont deĢcouvert les syntheĢs, les effets, ils sā€™eĢclatent. Notre eĢpoque est trop seĢrieuse. Les anneĢes 1990 cā€™eĢtait cool ausĀ­si, parce que cā€™est une deĢcennie ouĢ€ telleĀ­ment de styles sont apparus. Cā€™eĢtait treĢ€s audaĀ­cieux, mais ausĀ­si treĢ€s segĀ­menteĢ : il y avait la techĀ­no, le grunge, le hip-hop, lā€™eurodance. Il nā€™y avait pas de passerelles. Aujourdā€™hui, il y a lā€™hyper pop, avec des artistes qui puisent dans tous les styles en meĢ‚me temps. Cela donne des choses aberĀ­rantes, satureĢes, mais jā€™adore, comme ascenĀ­dant vierge. Je suis fan de Mathilde FerĀ­nanĀ­dez, je me sens treĢ€s proche dā€™elle artisĀ­tiqueĀ­ment, alors que lā€™on fait des choses treĢ€s diffeĢrentes. Je suis heureuse que des artistes comme elle exisĀ­tent. Je pourĀ­rais citer ausĀ­si Hubert Lenoir, Kirin J CalĀ­lĀ­iĀ­nan ou CarĀ­oĀ­line Polachek. Ils font tous de lā€™hyper pop. Cā€™est treĢ€s inspiĀ­rant. Par exemĀ­ple, je me sens plus proche musiĀ­caleĀ­ment de Kirin que de JuliĀ­ette Armanet. Je ne me consideĢ€re pas comme ā€œvarieĢteĢ francĢ§aiseā€. Jā€™eĢcris des chanĀ­sons en francĢ§ais parce que jā€™adore cĢ§a et cā€™est ma langue, mais je pourĀ­rais le faire ausĀ­si en anglais. Cā€™est plus la musique qui mā€™inteĢresse et surtout jā€™adore les plaisirs coupables, la musique des vieilles feĢ‚tes foraines. Je nā€™en ai pas honte. Dā€™ailleurs, souĀ­vent quand je cherche des paroles de morceaux que jā€™aime bien, je les trouĀ­ve sur le site Bide & Musique. (rires)

Que tā€™a apporteĢ ton expeĢrience dā€™actrice dans VerĀ­non SubĀ­uĀ­tex ?

En 2018, jā€™ai terĀ­mineĢ ma tourneĢe et enchaiĢ‚neĢ direct avec la seĢrie. Du coup, je nā€™ai pas eu le spleen de passĀ­er dā€™une sorte de rouleau comĀ­presseur aĢ€ une peĢriode de totale inacĀ­tiviteĢ. Cela mā€™a perĀ­mis ausĀ­si de ne pas eĢ‚tre moi. Et cĢ§a fait du bien, car cā€™est un meĢtier treĢ€s eĢgocentreĢ chanteuse. DernieĢ€rement, jā€™ai eu dā€™autres expeĢriences dā€™actrice et jā€™ai trouĀ­veĢ cela super. Mais je nā€™eĢchangerais pas cela conĀ­tre chanteuse. Ce qui est geĢnial dans la musique, cā€™est que meĢ‚me si perĀ­sonĀ­ne ne nous eĢcoute, on peut conĀ­tinĀ­uer aĢ€ en faire, alors que la comeĢdie, si perĀ­sonĀ­ne ne veut nous faire jouerā€¦

Pourquoi es-tu revĀ­enue habiter dans les Ardennes ?

Jā€™y suis retourneĢe en 2018 apreĢ€s VerĀ­non SubĀ­uĀ­tex. Jā€™avais un appart aĢ€ Paris et jā€™avais un voisin vraiĀ­ment horĀ­riĀ­ble qui me pourĀ­risĀ­sait la vie. PourĀ­tant, je ne suis pas chiĀ­ante, les gens qui font du bruit, je mā€™en fous. Mais jā€™eĢtais obligeĢe de deĢmeĢnager et je me suis demandeĢ : ā€œPourquoi je reste aĢ€ Paris, quā€™est-ce que jā€™en ai aĢ€ foutre en fait ?ā€ Ces dernieĢ€res anneĢes, jā€™ai malĀ­heureuseĀ­ment eu beauĀ­coup de deĢceĢ€s dans ma famille, donc il falĀ­lait que je profĀ­ite des perĀ­sonĀ­nes que jā€™aime. Cā€™eĢtait le moment de revenir un peu sur mes terĀ­res. Avec ce meĢtier, jā€™ai le luxe de pouĀ­voir habiter nā€™importe ouĢ€. Je suis neĢe aĢ€ la camĀ­pagne et jā€™aime bien cĢ§a. Paris cā€™est super, jā€™adore les clubs, les restauĀ­rants, mais cā€™est intense et il y a une sorte de monĀ­danĀ­iteĢ qui ne me plaiĀ­sait pas. Ce que jā€™aime cā€™est jouer, comĀ­posĀ­er de la musique et je voulais eĢ‚tre dans lā€™introspection, la nature. Comme je lā€™ai dit, jā€™aspire aĢ€ une vie ordiĀ­naire. Peutā€‘eĢ‚tre que je ne resterai pas touĀ­jours laĢ€-bas, mais jā€™eĢprouve un grand eĢquilibre dans ma maiĀ­son en bois dans la foreĢ‚t, avec mon chien et des potes qui vienĀ­nent faire un barĀ­beĀ­cue et boire un verre de vin.

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