Credit Photo : Quentin Caffier

Arnaud Rebotini, parrain du BPM Contest 2019 : “C’est celui qui le désire le plus qui y arrive à la fin”

Que de bpm ! Après avoir reçu l’année dernière un César de la meilleure musique orig­i­nale pour le film 120 bat­te­ments par minute de Robin Campil­lo, Arnaud Rebo­ti­ni est cette année le par­rain d’honneur du BPM con­test. C’est que cet artiste de musique élec­tron­ique aujourd’hui incon­tourn­able con­naît bien ça, les bpm … Com­mençant sa car­rière en 1997 avec le groupe Black Strobe, il s’est illus­tré comme fig­ure de proue du mou­ve­ment elec­tro­clash, avant de se lancer en solo, fonder son pro­pre label, se frot­ter à des expéri­men­ta­tions autant visuelles que sonores, gag­n­er les prix qu’on lui con­naît et même être par­rain de l’édition 2019 du Dis­quaire Day.
A l’occasion de la finale du BPM Con­test qui aura lieu le 22 mars (avec Irène Drésel, Mila Diet­rich, IA, et Yuma Guma pour final­istes) il nous en dit plus sur son statut de par­rain, son rap­port à l’évolution de la scène élec­tron­ique, et donne des con­seils pour la jeune créa­tion.

Et voici la BO du film, pour agré­menter la lec­ture !

Et si vous êtes plutôt Spo­ti­fy …

Tu peux nous par­ler de ta par­tic­i­pa­tion en tant que par­rain au BPM ?
C’est arrivé un peu comme ça. Mon tourneur m’a pro­posé de par­rain­er le trem­plin et j’ai accep­té par sol­i­dar­ité de la scène. Je pense que c’est impor­tant de par­ticiper à ce genre de choses, d’utiliser sa notoriété pour pro­mou­voir ce genre d’événements, et aus­si faire prof­iter un peu de mon expéri­ence des machines et de la pro­duc­tion auprès de jeunes artistes. Con­crète­ment, ça s’est traduit par des dis­cus­sions informelles avec les par­tic­i­pants. J’en ai ren­con­tré cer­tains, on a dis­cuté de leurs façons de faire, ils m’ont posé des ques­tions. “Tu me con­seilles quel syn­thé pour faire‐ci, pour faire‐ça, quelle pos­ture, quoi, qui, com­ment…” ce genre de choses ! Ca me plaît bien de con­seiller et de partager mon expéri­ence avec des jeunes artistes. Je fais sou­vent des mas­ter­class dans les con­ser­va­toires ou des sémi­naires de MAO.

La scène élec­tron­ique con­tem­po­raine est‐elle aus­si créa­tive qu’à ton époque ?
Aujourd’hui, il y a un renou­velle­ment de la scène, notam­ment avec l’arrivée des filles. C’est vrai­ment une bonne chose. On n’est plus qu’entre mecs, et je trou­ve ça assez cool cette nou­velle diver­sité. En plus, ça donne une toute nou­velle vis­i­bil­ité à la musique élec­tron­ique. Même si, musi­cale­ment, c’est vrai qu’il n’y a pas de grande révo­lu­tion, comme on a pu en con­naître dans les années 90. En fait, je pense qu’il est dif­fi­cile d’avoir des change­ments impor­tants en musique tant qu’il n’y a pas de nou­velles tech­nolo­gies ou de boule­verse­ment soci­aux. Là, avec l’arrivée d’internet, on a tout virtuelle­ment dans son lap­top : on est en fait dans l’aboutissement d’une ten­dance « home stu­dio » qui remonte au début des années 80 avec la nais­sance de la house et de la tech­no. On est sur cette ten­dance, et on arrive au bout. La dernière nou­veauté, c’était la drum and bass, très promet­teuse au départ, mais qui n’a finale­ment pas vrai­ment décol­lé. Sinon, on peut aus­si voir qu’il y a un gros revival de la fibre analogique en ce moment. Des métis­sages, mais qui ne sont pas fon­da­men­tale­ment une grande nou­veauté. Tant qu’on a pas quelque chose de nou­veau, que je ne peux pas prédire, je pense qu’il sera très dif­fi­cile d’avoir une révo­lu­tion.

Dans le mag­a­zine Tsu­gi de mars, Lau­rent Gar­nier dis­ait qu’il se sen­tait par­ti­c­ulière­ment en phase avec cette scène. Et toi ?
Oui, c’est pareil pour moi. Musi­cale­ment, je ne me sens pas du tout en décalage avec la scène actuelle. Au fond, les influ­ences restent les mêmes. Il y a finale­ment peu d’évolutions, donc c’est assez naturel, je pense, pour des gens de la généra­tion de celle de Lau­rent ou de la mienne d’être en phase avec ce qui se passe actuelle­ment. Je joue un peu avec Cabaret Con­tem­po­rain qui sont plus jeunes que moi, et je partage aus­si sou­vent des soirées avec de jeunes musi­ciens.

Com­ment un jeune artiste élec­tron­ique peut‐il percer en 2019, selon toi ?
Aujourd’hui, c’est très dif­fi­cile de surfer sur des courants de manière pérenne. Alors je pense que seules les vraies per­son­nal­ités vont se dégager. Il faut arriv­er avec une per­son­nal­ité forte, quelle qu’elle soit, autant dans sa musique que dans son image, qui per­me­t­tra de sor­tir du lot, par rap­port à toute cette masse de gens qui peu­vent pro­duire dans leur cham­bre. Avoir un peu de car­ac­tère, donc. Ensuite, j’aurais ten­dance à dire qu’il ne faut pas hésiter à se réduire le champs des pos­si­bles. Eviter de tout faire avec son lap­top, éviter d’avoir tous les sons de la terre jamais créés à portée de main et plutôt se créer un petit set‐up pour se don­ner une per­son­nal­ité en ter­mes de son, de pro­duc­tion et de com­po­si­tion.

Tu pens­es que la con­trainte peut aider à se forg­er une iden­tité ?
C’est dans la con­trainte qu’on trou­ve la créa­tiv­ité. La lib­erté absolue, c’est quelque chose d’extrêmement anx­iogène. Avoir des bar­rières et quelques repères, c’est impor­tant. L’Humain a été conçu pour gér­er le manque et main­tenant il faut qu’on gère l’abondance. Je pense que c’est aus­si en faisant des choix par­fois rad­i­caux qu’on peut trou­ver une créa­tiv­ité plus facile­ment et éviter de se per­dre dans les pos­si­bil­ités infinies qu’offrent aujourd’hui inter­net et les ordi­na­teurs. La pro­fu­sion des sons et du matériel c’est une dif­fi­culté en moins, mais ce n’est pas ça qui va te propulser vers une propo­si­tion artis­tique géniale. En fait, tout ça, c’est une his­toire de désir, et non de d’accessibilité à du matériel. En fin de compte, c’est celui qui le désire le plus qui y arrive à la fin. Et ça, c’était la même chose à mon époque ! C’est intem­porel. Si tu as cette énergie, la volon­té et l’envie — une per­son­nal­ité — je pense que ça ne devrait pas être dif­fi­cile de sur­nag­er cette quan­tité de propo­si­tions ama­teures.

Les trem­plins comme le BPM peuvent‐ils aider à percer ?
Evidem­ment, tout est bon pour avoir de la vis­i­bil­ité ! Le BPM per­met en plus de don­ner une cer­taine crédi­bil­ité au gag­nant. Dans toute l’histoire du rock et de la pop il y a des tonnes d’exemples de gens qui ont par­ticipé à des trem­plins et qui sont devenus des groupes impor­tants. Ca me sem­ble être une bonne voie !

Quels sont tes prochains pro­jets per­son­nels ?
Je suis en train de mon­ter une petite tournée autour de la BO de 120 bat­te­ments par minute. Je la ferai avec mon nou­veau groupe, le Don Van Club, com­posé de huit musi­ciens : un vio­lon, un vio­lon­celle, une flûte, une clar­inette, un marimba/vibraphone, un clavier, une harpe, et moi‐même au syn­thé. Je tra­vaille à de nou­veaux arrange­ments, et cette tournée don­nera suite à un nou­v­el album. Et je sors aus­si le 13 avril un autre album : sept titres, unique­ment élec­tron­iques cette fois, que j’ai faits pour Fix Me, le spec­ta­cle de danse con­tem­po­raine d’Alban Richard.

J’ai remar­qué qu’il y avait plus d’instruments acous­tiques dans tes pro­duc­tions récentes !
J’ai des péri­odes comme ça ! Avec Black Strobe, par exem­ple, je cher­chais à frot­ter l’electro à quelque chose de plus rock. Main­tenant, je suis dans une péri­ode où j’ai envie de m’ouvrir des per­spec­tives, faire ce que j’ai pu faire pen­dant plusieurs années en live avec des syn­thés mais en util­isant d’autres instru­ments. Pour arriv­er à quelque chose d’un peu plus posé, et aus­si de plus mature, sûre­ment.

Tu as un nom­bre de bpm préféré ?
En fait, mes bpm préférés, c’est pas 120. C’est 123 ! En réal­ité, le morceau “120 bat­te­ments par min­utes” est lui‐même à 123 bpm (rires). J’aime bien 123 ! J’ai fait plusieurs morceaux comme ça. Déjà, ça fait “1, 2, 3” et puis c’est un tem­po ni trop lent ni trop rapi­de. Plus house que tech­no d’ailleurs. Même si en live, je suis sou­vent un peu au dessus !

 

La finale du BPM Con­test se tien­dra le 22 mars au Bad­aboum à Paris.

Arnaud Rebo­ti­ni sera quant à lui en con­cert le 16 mars à Ata­bal à Biar­ritz, le 17 mars à l’Auditorium-Orchestre Nation­al de Lyon.

Le spec­ta­cle Fix Me d’Alban Richard avec Arnaud Rebo­ti­ni se déroulera le 26 mars à l’Opéra de Rouen et le 6 avril au Théâtre Louis Aragon à Tremblay‐En‐France en ban­lieue parisi­enne.

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