✅ Artiste Tsugi à suivre : Joseph Schiano di Lombo, musique de niche

À l’oc­ca­sion de la sor­tie de son pre­mier album Musique de niche aujour­d’hui sur Crac­ki Records, on a décerné à Joseph Schi­ano di Lom­bo une carte mem­bre de notre club ultra-sélect’ d’artistes à suivre.

On l’avait déjà croisé en fea­tur­ing sur “No Love” de Saint DX, puis on avait enten­du avec ravisse­ment ses repris­es façon Satie et De Bussy de Mylène Farmer au piano. Joseph Schi­ano di Lom­bo est un artiste aux tal­ents mul­ti­ples : for­mé au dessin à l’École Nationale Supérieure des Arts Déco­rat­ifs, il se des­ti­nait au départ à une car­rière de pianiste en con­ser­va­toire, à laque­lle il a dû met­tre fin après trop de ten­dinites. Si son site et ses réseaux témoignent des nom­breux pro­jets artis­tiques qu’il a pu entre­pren­dre, il sem­ble en ce moment met­tre l’ac­cent sur la musique.

 

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Joseph a tro­qué son piano pour les syn­thé­tiseurs avec ce pre­mier album inti­t­ulé Musique de niche, qui sort aujour­d’hui. Avec cet album à la gloire des chiens, il inau­gure la série Ele­phant Dreams de Crac­ki Records, ori­en­tée vers la musique pour s’é­vad­er et rêver. Cette ode au meilleur ami de l’homme tra­verse en huit titres les dif­férents moments de la vie d’un chien, notam­ment “Caress­es (Always Too Short)” qui s’ac­com­pa­gne d’un clip, illus­tra­tion de la mignon­ner­ie de nos amis à qua­tre pattes. Nim­bé dans l’é­cho et le delay, ce disque ambi­ent à mi-chemin entre la musique des vieux télé­films et la new age japon­aise déten­dra toute la famille (y com­pris le chien).

Musique de niche se veut donc une sorte de Plan­ta­sia pour les dobermanns.”

Raconte-nous l’histoire der­rière ton dernier album, Musique de niche…

L’his­toire du disque ne se situe pas der­rière, mais plutôt dedans. Ce disque racon­te ! Les huit morceaux qui com­posent l’al­bum éclairent quelques moments de la vie d’un chien. Le cycle s’ou­vre sur le pre­mier rêve d’un chiot qui n’a pas encore ouvert ses yeux sur le monde (“When Pup­pies Dream”), tôt rejoint par les chaleureuses papouilles, tou­jours trop cour­tes (“Caress­es (Always Too Short)”). Après les intens­es moments de joie, les moments de peine : ceux, par exem­ple, où la porte se ferme sur l’ami·e, lais­sant le chien seul dans la mai­son (“When Friend Leaves Home”). Dans la mai­son vide, vien­nent alors les enfilades de siestes, babines col­lées con­tre le car­relage (“The Fourth Nap”). Face B, déjà au milieu du chemin, on com­mence par une balade en forêt, dans les odeurs d’hu­mus et de résines (“Inter­lude in the Old Misty For­est”), avant de rejoin­dre le chien-policier au flair infail­li­ble (“Drugs Track­er”). Puisqu’il en faut tou­jours une, suit une mau­vaise pub­lic­ité pour de mau­vais­es cro­quettes (“Bad Advert for Bad Cro­quettes”). Et, enfin, le chien ferme les yeux et nous dit “adieu” dans un nuage de poils, de bave et de lumière (“The Goldend”).

Que voulais-tu accom­plir avec cette œuvre ?

Ques­tion intim­i­dante ! Je n’ai pas vrai­ment fondé de pro­gramme, au départ, du moins je l’ai cru. Je voulais sim­ple­ment con­stituer un petit ensem­ble cohérent de pièces musi­cales dédiées aux chiens. Main­tenant que j’y pense, ma manière d’abor­der ce thème me fait penser à celle qu’avaient les com­pos­i­teurs de la péri­ode roman­tique de com­pos­er leurs cycles, sym­phonies, par­fois sonates. Dans les neufs pièces qui com­posent ses Scènes de la forêt (op. 82), par exem­ple, Schu­mann nous invite à voy­ager des lieux mau­dits (“Ver­rufene Stelle”) aux paysages souri­ants (“Fre­undliche Land­schaft”), en croisant sur le pas­sage des fleurs soli­taires (“Ein­same Blu­men”), un chas­seur aux aguets (“Jäger auf der Lauer”), et un oiseau qui prophé­tise (“Vogel als Prophet”). Mon album canin a été com­posé sur ce mod­èle, je m’en rends compte main­tenant. Une référence que j’avais depuis le début, et qui est aus­si d’une cer­taine façon héri­tière de ce qu’on appelle la “musique à pro­gramme”, c’est-à-dire la musique qui suit une nar­ra­tion ou s’en­toure d’un univers thé­ma­tique : cette œuvre exem­plaire, ce guide, c’é­tait Moth­er Earth­’s Plan­ta­sia, l’œu­vre que Mort Gar­son a com­posée pour les plantes. Musique de niche se veut donc une sorte de Plan­ta­sia pour les dober­manns… si l’on veut ; mais il ne suf­fit pas de le vouloir.

Est-ce le virus et, derrière-lui, ce vaste gloubi-boulga qu’on a appelé la “nature”, qui m’ont don­né envie de me rap­procher des chiens ?”

Quel était le con­texte de pro­duc­tion de cette œuvre ?

Musique de niche a été com­posé dans une niche, juste­ment, mais une niche un peu étrange : celle du con­fine­ment. La plu­part des morceaux ont été com­posés cette année, dans ce con­texte un peu curieux. De là vient le fait que j’ai util­isé très peu de matériel : tout a été fait avec mon clavier-maître et des instru­ments virtuels. Est-ce le virus et, derrière-lui, ce vaste gloubi-boulga qu’on a appelé la “nature”, qui m’ont don­né envie de me rap­procher des chiens ? Je n’ai pas vrai­ment réfléchi à tout ça, mais il valait mieux plonger dans un univers joyeux et accueil­lant, dans ce som­bre amas de mau­vais­es nou­velles. J’ai pen­sé : inutile d’en remet­tre une couche avec des choses humaines, trop humaines. Mais écrire de la musique pour le virus, tiens, quand j’y pense, aurait pu être drôle. Dans le passé, on a bien char­mé des mon­stres à coups de lyre, non ?

Décris-nous un peu le proces­sus créatif de ce disque…

Je n’ai pas fait atten­tion au proces­sus. Main­tenant que les choses sont faites, je dirais qu’elles se sont ajoutées les unes aux autres, sans pro­gramme trop rigide­ment établi. Les pistes ont été emprun­tées, par­fois à l’aveu­gle ; cer­taines ont tenu le coup, d’autres n’ont pas trou­vé leur chemin jusqu’au disque. Si j’avais une idée pré­cise de ce que je voulais, avec ce titre ini­tiale­ment prévu de Musique pour Gold­en Retriev­er (que j’ai vite trou­vé trop étriqué), je me suis vrai­ment lais­sé aller pour la réal­i­sa­tion des morceaux. Aller chercher du cérébral là-dedans reviendrait à chercher un poil de teck­el dans une botte de foin. Quand je regarde chaque morceau, com­ment il a été fait, dans quel con­texte, je con­state que tout le disque est le fruit d’une improvisation.

Si tu devais le décrire en quelques mots à tes par­ents, que dirais-tu ?

Je leur dirais sim­ple­ment que tout ceci vient de Maori, le labrador avec lequel nous avons vécu. Et que tout ceci lui est dédié. Et ils com­pren­dront, parce qu’elle méri­tait au moins ça.

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