©Ibra N Diaye Laposte

✅ Artiste Tsugi à suivre : Shonen Bat, dancefloor spatial

Il faut absol­u­ment écouter le pre­mier album du jeune artiste Shon­en Bat, Infi­nite Dis­or­der, voy­age spa­tial vers tous les meilleurs dance­floors de la galaxie.

Breaké, futur­iste, émo­tion­nel”. C’est en trois mots sa manière de se résumer et de nous con­quérir. Le Rémois, boss de l’un des plus intéres­sants labels de musique élec­tron­ique actuels La Forge, vient de pass­er la sec­onde avec la sor­tie ven­dre­di dernier de son pre­mier album réus­si, Infi­nite Dis­or­der, en forme de voy­age spa­tial vers tous les meilleurs dance­floors de la galax­ie. De quoi doré­na­vant l’ap­pel­er Monsieur.

Les excel­lentes com­pi­la­tions de son label ain­si que ses sig­na­tures nous avaient mis la puce à l’or­eille, puis son pod­cast de le plac­er tout en haut de la short­list ; aujour­d’hui, avec cet album, Shon­en Bat s’ou­vre les portes du club des artistes Tsu­gi qu’on ne va pas lâcher.

Nou­veau con­fine­ment, rires, larmes, excès en tout genre, désirs de révolution…”Infinite Dis­or­der”, c’est une allé­gorie de tout ce beau bordel.”

Art­work

Un album aus­si tôt dans une car­rière, qui plus est dans le milieu de la dance music, c’est plutôt rare. D’où t’est venue cette envie ?

Comme beau­coup de gens de ma généra­tion, j’ai gran­di avec le for­mat album, de Daft Punk à To Pimp A But­ter­fly de Kendrick Lamar, irriguant un cer­tain culte de ce for­mat. J’avais une voiture avec un autora­dio CD, pas de prise jack, ça m’a incité à en écouter pas mal, je pense aus­si au disque éponyme de Clark, artiste qui a grande­ment inspiré mes pro­jets. Donc oui, cette envie, je l’avais en moi depuis un moment déjà. Après plusieurs max­is, un deux titres que j’ai sor­ti sur mon Sound­Cloud et un autre, plus long, sor­ti chez les Anglais de Cor­rupt Data en 2019, j’ai souhaité naturelle­ment m’attaquer au grand for­mat. Et à ma grande joie, c’est via mon pro­pre label, La Forge, que j’ai pu avoir cette opportunité.

Où en étais-tu dans la vie au moment de sa production ?

C’était à la fin de l’été 2020, au début de mon emmé­nage­ment à Saint-Denis. Le choc du Covid, avec son lot d’angoisses et de crises d’inspiration, suc­cé­dait alors à la per­spec­tive d’une vie nou­velle, promet­teuse de lib­erté et incu­ba­trice d’une
réflex­ion plus sere­ine sur mes pro­jets. En d’autres ter­mes, je retrou­vais une grande con­fi­ance en moi, après une péri­ode où le doute était omniprésent. De plus, j’avais le petit pack con­fort qui va avec : nou­v­el appart, nou­velle cham­bre, nou­v­el espace pour pro­duire mes sons. Et puis, la coloc avec les potes. L’année qui a vu naître cet album a été par­ti­c­ulière­ment intense ; nou­veau con­fine­ment, rires, larmes, excès en tout genre, désirs de révolution…”Infinite Dis­or­der”, c’est une allé­gorie de tout ce beau bordel.

 

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Décris-nous un peu le proces­sus créatif util­isé sur ce disque et en quoi est-il dif­férent du reste de tes œuvres ?

Il faut savoir déjà que je tra­vaille exclu­sive­ment sur logi­ciels. Je fais tous mes sons sur Able­ton, avec des plu­g­ins qui n’ont qua­si­ment pas changé ces dernières années. J’utilise peu de VSTs dif­férents, mais j’en exploite au max­i­mum les ressources. Pas encore de machines pour l’instant, mais on y vien­dra, tôt où tard ! Je com­pose toutes les mélodies à l’aide du clavier et de la souris, j’ai un clavier midi mais il a du me servir que sur deux ou trois morceaux. J’essaie au max­i­mum de trans­former les sam­ples que j’exploite, par­fois je redé­coupe com­plète­ment le rythme d’une boucle de break pour qu’elle soit peu ou plus du tout recon­naiss­able. Le groove très par­ti­c­uli­er que tu entends sur “West­ern Nylon Fields”, par exem­ple, tu ne le trou­veras nulle part ailleurs. Sur “Arte­facts”, que je défini­rais comme le track le plus pop de l’album, j’ai chopé le sam­ple un peu au pif dans un gros dossier bien bor­délique d’a cap­pel­la pop/R&B chopé sur The Pirate Bay. J’ai tra­vail­lé directe­ment sur la voix en accéléré, sans con­naitre le morceau de base. J’ai décou­vert le sam­ple dans son habi­tat naturel un peu après, et ça m’a bien fait mar­rer ! C’est le morceau “Obses­sion” d’Army Of Lovers, un groupe de pop queer sué­dois kitsch à souhait des 90’s.

J’ai exploité une vaste palette de gen­res sur cet album, jun­gle, elec­tro, break­beat, ambi­ent… Je trou­ve que le proces­sus de créa­tion d’un album est bien plus fun et offre bien plus de lib­ertés que celui d’un EP, par exem­ple. Tu tra­vailles sur un morceau, si tu as une panne d’inspiration où un sen­ti­ment de las­si­tude, tu en boss­es un autre, quitte à revenir sur le précé­dent plus tard. Cer­tains tracks ont pris des semaines, d’autres quelques jours. Au fur et à mesure que tu assem­bles les pièces du puz­zle, la sat­is­fac­tion s’accroit. Bien sûr, il est impos­si­ble d’être sat­is­fait à 100% de ce qu’on fait, mais le sou­tien et les pré­cieux con­seils de mes proches m’ont bien aidé sur les finitions.

 

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Ils en dis­ent quoi tes par­ents de cet album ?

Mes par­ents m’ont tou­jours soutenu dans ce que je fais, et je ne les remercierai jamais assez. Mon père est musi­cien et pas­sion­né d’informatique. Je lui dois beau­coup, c’est lui qui m’a mis pour la pre­mière fois un logi­ciel de MAO entre les mains, je devais avoir 11 ou 12 ans. Je n’ai pas encore trou­vé le moment mais j’ai hâte de lui faire écouter l’album, à ma mère égale­ment. Et puis il y a ma grand-mère. Elle a longtemps demandé à enten­dre ma musique, j’ai déjà pu lui faire écouter quelques extraits. Elle a 91 ans et je ne suis pas peu fier d’avoir pu lui faire décou­vrir le break­beat à cet âge !

©Vince VDH

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