Simo Cell / ©Brieuc Weulersse

Artiste Tsugi à suivre : Simo Cell, toujours loin devant

À l’occasion de son nou­v­el album Kill Me Or Nego­ti­ate qu’il sort aujour­d’hui en col­lab­o­ra­tion avec Abdul­lah Mini­awy sur le label lyon­nais BFDM (Broth­ers From Dif­fer­ent Moth­ers), Simo Cell gagne sa carte mem­bre du club très fer­mé des “artistes à suiv­re de Tsu­gi”.

A‑t-on encore besoin de vous présen­ter Simo Cell ? Le pro­duc­teur et DJ, égale­ment rési­dent de Rinse France et depuis peu boss de son pro­pre label TEMƎT, a su bril­lam­ment faire ses preuves dans la scène élec­tron­ique française depuis son pre­mier EP Cel­lar Door / Piste Jaune en 2015. Affil­ié aux scènes nan­taise (d’où il vient, là où il est actuelle­ment), lyon­naise (avec le label BFDM) et parisi­enne (qu’il représente à l’in­ter­na­tion­al), Simo Cell était aus­si le pre­mier Français à sign­er sur le label bris­tolien Liv­i­ty Sound, et à vrai dire, on a un peu l’im­pres­sion qu’il est partout où il faut être.

En col­lab­o­ra­tion avec l’É­gyp­tien Abdul­lah Mini­awy — chanteur, com­pos­i­teur, trompet­tiste mais aus­si poète — Simo Cell sort aujour­d’hui l’al­bum Kill Me Or Nego­ti­ate, fruit de presque trois années de tra­vail. Six tracks dans lesquels les deux artistes ont mélangé leur deux univers bien dif­férents pour fournir un album dense, quelque part entre bass music et “hip-hop hyper­mod­erne” (selon eux-mêmes). Mais qui mieux que Simo Cell et Abdul­lah Mini­awy pour par­ler de cet album ? Tsu­gi est allé leur pos­er des ques­tions.

Abdul­lah Mini­awy et Simo Cell / ©DR

Com­ment se sont croisés vos chemins ?  

Simo Cell : Par un doux soir d’hiv­er 2018, j’ai reçu un mail d’Ab­dul­lah Mini­awy. Il me remer­ci­ait d’avoir jouer un de ses morceaux sur l’an­tenne de NTS, et me pro­po­sait d’aller boire un verre dans un tro­quet parisien. Quelques jours plus tard, nous nous retrou­vions à dis­cuter autour d’une bière et de petites pommes de terre sur la ter­rasse des Trois Mar­mites à Ménil­montant. Qua­tre heures passèrent, la may­on­naise pre­nait ! Par­tis sur cette belle lancée, nous décid­ions d’aller faire un peu de son dans mon stu­dio à Pan­tin. Armé de son micro et de sa trompette, je l’accompagnais avec une 808 et quelques syn­thés pen­dant qu’il chan­tait. J’avoue que je n’é­tais pas hyper sere­in lorsque je l’ai vu arriv­er avec sa trompette, je me demandais vrai­ment com­ment on allait pou­voir mélanger ses sonorités organiques (et nou­velles pour moi dans mon tra­vail) avec mon univers. Et pour­tant, ce fut une évi­dence ! Les morceaux “Caged in Aly’s Body” et “Weed In the Freez­er” (tous deux tirés de l’al­bum) sont nés lors de cette pre­mière jam d’hiv­er 2018.

 

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Abdul­lah Mini­awy : Je venais tout juste de m’in­staller à Paris, et mon pre­mier spec­ta­cle avec mon trio de jazz Le Cri du Caire, déjà rejoint par Erik Truf­faz, com­mençait à tourn­er partout en France, spé­ciale­ment sur les scènes nationales et les grands fes­ti­vals comme Avi­gnon. À l’époque, j’avais 23 ou 24 ans et je me ques­tion­nais beau­coup. Sur la manière de me con­necter à un pub­lic plus jeune, je voulais racon­ter une nou­velle his­toire qui flirte avec les sons plus actuels. J’é­tais très heureux de jouer dans ces salles mais j’u­til­i­sais aus­si mon temps libre pour pro­duire chez moi, je fai­sais des jams en cri­ant pour libér­er toute mon énergie, je nav­iguais quo­ti­di­en­nement d’un genre à l’autre. J’ai du pro­duire plus de 600 pro­jets et idées en deux ans. J’es­sayais aus­si d’ou­bli­er le Print­emps arabe, d’ac­cepter que nous ne sommes pas des héros mais juste des humains. J’ai lais­sé là-bas un pub­lic qui était en colère con­tre moi, qui me reprochait de m’être échap­pé, d’avoir oublié mes amis en prison, d’être égoïste… Ren­con­tr­er Simon à ce moment là a été le sym­bole d’une grande tran­si­tion pour moi. Car dans cette ville qu’est Paris, je n’ai pas beau­coup de vrais amis, tout le monde est tou­jours occupé… Avec Simon, il y a eu une con­nex­ion. Nous avons com­mencé à con­stru­ire quelque chose ensem­ble, en enreg­is­trant et en expéri­men­tant, en traçant des ponts à tra­vers les gen­res du hip hop aux jams ses­sions de jazz jusqu’à la musique ambiant. Pour enfin obtenir ce résul­tat qu’est Kill Me Or Nego­ti­ate !

Avec Simon, il y a eu une con­nex­ion. Nous avons com­mencé à con­stru­ire quelque chose ensem­ble, en enreg­is­trant et en expéri­men­tant, en traçant des ponts à tra­vers les gen­res”

Art­work de Kill Me Or Nego­ci­ate

Com­ment s’est passé le proces­sus créatif de l’al­bum ? Que vouliez vous faire ? 

SC : La nou­veauté dans ce pro­jet résidait dans le fait de tra­vailler avec un vocal­iste ! L’écri­t­ure de ce disque a été très chal­lengeante, très longue. L’ap­proche jam d’Ab­dul­lah (qui vient de son back­ground jazz) était com­plète­ment nou­velle pour moi. Abdul­lah venait sou­vent au stu­dio, et on enreg­is­trait ensem­ble des ses­sions de 30 ou 40 min­utes que je retra­vail­lais ensuite, c’é­tait de l’im­pro­vi­sa­tion com­plète. D’autres fois, je tra­vail­lais quelques loops en amont que je lui pro­po­sais. Une fois, il est arrivé au stu­dio, a choisi un de mes beats qui lui plai­sait, puis a directe­ment posé sa voix dessus. En dix min­utes, il avait trou­vé le thème prin­ci­pal du morceau (“Music Gene”), c’é­tait bluffant. Il y avait comme une con­nex­ion mag­ique en stu­dio entre nous.
Au total, nous avons mis près de deux ans à ter­min­er ces morceaux. J’ai passé énor­mé­ment de temps sur l’arrange­ment. La plu­part du temps, il fal­lait les tra­vailler comme un puz­zle : recon­stru­ire les morceaux, patch­er des bouts de voix extraits de longues ses­sions d’im­pro enreg­istrées. Le tra­vail de mix­age de l’al­bum m’a égale­ment poussé dans mes retranche­ments. Je voulais un son dif­férent de mes dis­ques précé­dents, très com­pressé avec une esthé­tique plus pop comme dans le rap mod­erne. L’idée était de laiss­er beau­coup de place à la voix, et d’obtenir un son un peu crunchy et sat­uré mais très pré­cis et con­trôlé : du crade pro­pre en somme ! Je crois que la dessus j’ai réus­si à attein­dre le son que je voulais. Au final, je suis vrai­ment sor­ti de ma zone de con­fort et j’en suis très heureux. Le tra­vail effec­tué sur ce disque m’a ouvert de nom­breuses portes créa­tives que je con­tin­ue d’ex­plor­er dans mes pro­jets solos.

L’idée était de laiss­er beau­coup de place à la voix, et d’obtenir un son un peu crunchy et sat­uré mais très pré­cis et con­trôlé : du crade pro­pre en somme !”

AM : Je suis tou­jours en quête de rareté ! Et je prends soin de bien étudi­er les pos­si­bil­ités de col­lab­o­ra­tion. J’ai décidé de relever ce chal­lenge avec Simon pour trou­ver un nou­veau son inspiré d’au­jour­d’hui. Je ne me posi­tionne pas comme un vrai poète sur ce disque. Je suis juste un musi­cien qui mêle plusieurs his­toires ensem­bles et cela m’ap­porte déjà beau­coup de joie !
Tech­nique­ment, Simon me dessi­nait une ou plusieurs ryth­miques de base que nous bouclions. J’ap­por­tais plusieurs vari­a­tions à cela pour qu’il con­stru­ise à sa manière et organ­ise le voy­age de chaque chan­son. Par­fois, je tra­vail­lais avec un beat, d’autres fois j’en­reg­is­trais mes lignes avec des plu­g­ins de track­ing et Simon com­plé­tait bril­lam­ment le tra­vail. C’é­tait très facile car nous étions tous les deux rac­cords pour entremêler nos deux philoso­phies. C’est dif­férent du reste de mes œuvres car je con­sid­ère notre musique comme un pas en avant. Quelque chose qui ne me paraît pas facile à class­er. Ce n’est pas une voix sur un beat tech­no, c’est autre chose.

Une fois, Abdul­lah est arrivé au stu­dio, a choisi un de mes beats puis a directe­ment posé sa voix dessus. En dix min­utes, il avait trou­vé le thème prin­ci­pal du morceau. C’é­tait bluffant.”

Si vous deviez décrire l’al­bum en quelques mots à vos par­ents ? 

SC : Mes par­ents sont très ouverts alors je leur dirais que c’est un disque de PROTO TRAP HYBRID ORGANIQUE com­posé avec un poète, chanteur et trompet­tiste égyp­tien.

AM : Papa et Mama, c’est un mix entre Sheikh Taha Al-Fashni et Sheikh lap­top.

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