Bottes de pluie et summer of love : Astropolis, deuxième jour

Mais com­ment faire ? Com­ment négoci­er la nuit quasi-blanche qui nous attend alors qu’on compte notre temps de som­meil en min­utes ? Com­ment trou­ver le sen­tier étroit qui mène au hap­py end ? On n’a pas de solu­tion con­crète mais il existe a deux ou trois astuces médic­i­nales issues de temps immé­mo­ri­aux pour réus­sir un same­di d’As­trop­o­lis à la cool même dans les pires con­di­tions physiques. 

On ne vous a jamais dit que l’huile essen­tielle de men­the poivrée avait une action béné­fique sur le mal de tête et pos­sé­dait des ver­tus antibac­téri­ennes ? Il se dit même que dépos­er deux gouttes der­rière la langue peut aider à appréhen­der un set de tech­no indus­trielle en plein après-midi dans la pelouse sans avoir l’im­pres­sion de se dis­soudre dans le néant. Caler l’én­ervée AZF en head­line de Beau Rivage, la fameuse scène gra­tu­ite du same­di après-midi sur­plom­bant le port de com­merce de Brest ain­si que sa sen­suelle rade en arrière-plan, il fal­lait oser. Surtout après Maud Gef­fray, surtout après des années d’après-midis plutôt chill-house, et, boudiou, surtout après la veille ! Heureuse­ment qu’on aime la TB-303 et qu’on a le pal­pi­tant solide, et c’est vis­i­ble­ment le cas des cen­taines de per­son­nes agglu­tinées sur les pelous­es adja­centes, qui font péter le comp­teur d’af­flu­ence de l’his­toire de Beau Rivage. Et puis après une bonne heure à ce régime, la con­clu­sion s’im­pose d’elle-même : en fin de compte, c’est par­fait pour manger des bâton­nets de carotte avec du ktip­i­ti, cette musique.

[scald=82:sdl_editor_representation]
Beau Rivage © Ninon Rys

On ne devrait pas don­ner l’in­fo, mais mine de rien, les fes­ti­va­liers d’As­trop­o­lis sont prévoy­ants. Et achè­tent en avance leur tick­et pour pren­dre la navette jusqu’au Manoir de Ker­oual, ce que, évidem­ment, nous avons omis de faire. Ce qui nous a per­mis de griller l’énorme file d’at­tente côté « bil­lets déjà achetés ». Autre astuce, peut-être ne pas com­mencer par Plaid si le but est de redé­mar­rer la chaudière audi­tive, même si cette intro­duc­tion au tun­nel de mer­veilles audi­tives de la soirée est plutôt cool pour ceux qui ne paient pas leur dette de la veille. Sobre, hum­ble et assez intime, le duo ne révo­lu­tionne rien (passé l’âge) mais se per­fec­tionne vis­i­ble­ment avec le temps. La vraie entame vien­dra avec notre pre­mière pinte d’amour de la soirée, tirée per­son­nelle­ment par Ker­ri Chan­dler à cha­cun de ses clients du soir. Et pas qu’avec de la deep house, loin de là ! À ce stade, tous les niveaux sont au vert, il va donc bien fal­loir se met­tre un min­i­mum en péril.

[scald=83:sdl_editor_representation]
Plaid © Ninon Rys

Après un petit coucou aux potes Blutch et Cut­head sur la sous-estimée scène trem­plin (on sait que ça sonne ringard, mais sérieux, cherchez un fes­ti­val bank­able en ce moment qui se prend la tête à organ­is­er une scène entière pour faire jouer ceux qui le méri­tent), on sort le calepin pour s’ap­prêter à not­er les con­seils en bûcheron­nage de Venet­ian Snares. Foutu pour le tuto, le Cana­di­en réus­sis­sant la prouesse de pon­dre une presta­tion mod­u­laire sans aucune caisse claire (“snare” en anglais, donc), sur-technique, sur-barré, sur-tout. En fait, impos­si­ble de savoir com­ment on a tenu une heure sans se manger les doigts de pieds, et en même temps, ça ressem­blerait presque au meilleur moment de la soirée. Per­tur­bant. Tech­no ensuite avec Len Faki, et une invitée sur­prise que per­son­ne n’avait listé en all access : la pluie, qui ne s’ar­rêtera de tomber qu’une fois le son coupé (for­cé­ment). Le pub­lic choisit donc naturelle­ment les scènes à chapiteau qui devi­en­nent com­pliquées à pra­ti­quer, avec l’ef­fet sec­ondaire béné­fique de faire bouger les club­bers vers la scène chill, autre secret bien gardé de la carte aux trésors.

[scald=84:sdl_editor_representation]
Maceo Plex © Ninon Rys

Si Emmanuel Top, trop longtemps absent du game, tenait un poten­tiel moment mag­ique qu’il peine à trans­former, c’est – encore, bah oui – Manu le Malin qui, en bon Stark qu’il est, assure un set hard­core rad­i­cal et pas ringard pour deux sous (pour ceux qui doutent : c’est pos­si­ble). De la boue, des gadins et des masques hydratants impro­visés, pour les mil­liers de lous­tics qui arpen­tent les sen­tiers de Ker­oual, ça a l’air de se pass­er cor­rect. La Cour, rede­v­enue prat­i­ca­ble à cette heure désor­mais mati­nale, revêt la robe du dimanche qui lui va si bien chaque année, celle de par­faite orches­tra­trice des ultimes moments du fes­ti­val. À Ago­ria (rien à redire) et Maceo Plex (pfff), on préfér­era rester dans ce havre de paix à scotch­er sur les lasers pen­dant le live de Trun­k­line (le pro­jet de Mad­ben et Yann Lean, suiv­ez un peu bor­del) et le DJ-set de Saint Andrew (Weather­all), qui fait admirable­ment son boulot. L’amour cir­cule tou­jours, même à 8h du matin sous la flotte.

[scald=85:sdl_editor_representation]
© Ninon Rys

En fait, l’ul­time con­seil qu’on puisse don­ner pour attein­dre la ligne d’ar­rivée en un seul morceau, c’est de croire que ça va mieux se pass­er si on aban­donne en cours de route. Car Astrop­o­lis se met à poil lorsqu’il fait jour. Et si ce matin, le ciel était humide et ven­teux, on n’a pas pu lui en vouloir bien longtemps : impos­si­ble de se rap­pel­er de la dernière année un peu ghet­to niveau météo, même en brain­stor­mant sur le sujet avec les organ­isa­teurs. Preuve que, même si per­son­ne n’est à l’abri d’un rhume à Brest, ce fes­ti­val est né sous une bonne étoile.

Meilleur moment : celui du pre­mier con­tact (et des mille autres qui suiv­ront) avec tes potes recroisés par hasard devant l’As­trofloor ou la Mekanik, dev­enues des maisons de vacances depuis le temps. “Putain, encore debout !”.

Pire moment : celui du pre­mier con­tact entre l’eau et tes chaussettes.

(Vis­ité 71 fois)