Crédit : Nicolas Grosmond

Brice Coudert directeur artistique du Weather Festival : “L’envie de véhiculer des messages à travers notre programmation”

J‑5 avant le Weath­er Fes­ti­val. Qu’im­porte le temps qu’il fera, l’évène­ment pren­dra place à la Seine Musi­cale ce same­di 27 avril dès 20 heures et jusqu’à 10 heures du matin. Après deux ans sans lui, on ne tient plus en place. D’au­tant plus depuis qu’on a dis­cuté des évo­lu­tions de la scène tech­no et des meilleures horaires pour enflam­mer le dance­floor avec Brice Coud­ert, directeur artis­tique du fes­ti­val, de Con­crete et du label Con­crete Music (oui, c’est un homme occupé).

Pour ce retour du Weath­er, vous avez prévu une pro­gram­ma­tion avec beau­coup de noms très poin­tus, ce que l’on n’a pas vrai­ment l’habi­tude de voir. Quelle était la volon­té der­rière ce line-up ?

La volon­té était de faire quelque chose de vrai­ment dans l’ère du temps. La musique élec­tron­ique est dev­enue telle­ment pop­u­laire ces dernières années et les fes­ti­vals telle­ment nom­breux qu’on ne voy­ait pas l’in­térêt de faire jouer des artistes que les gens ont déjà eu l’oc­ca­sion de voir partout. Con­traire­ment au début de la décen­nie, une grosse par­tie du pub­lic est beau­coup plus infor­mée, exigeante, et en demande de nou­veautés. On le voit à Con­crete, mais égale­ment dans les nom­breuses fêtes en Ware­house qui attirent beau­coup de monde avec des pro­gram­ma­tions très under­ground et plus portées sur la musique que sur la pop­u­lar­ité des artistes.

Une autre par­tic­u­lar­ité de cette pro­gram­ma­tion, sur 21 artistes, 10 sont des femmes. En out­re, les pays représen­tés sont très var­iés par­mi les pro­duc­teurs : Corée, Por­tu­gal, Maroc… C’é­tait impor­tant pour toi cette diver­sité là ?

Out­re le coté pure­ment artis­tique, on avait envie de véhiculer des mes­sages à tra­vers notre pro­gram­ma­tion. Même si le vivi­er d’artistes mas­culins issu des grandes villes comme Berlin ou Lon­dres est énorme, on voulait que notre line up fasse pass­er un autre mes­sage, et mon­tre qu’il était pos­si­ble de pro­pos­er une pro­gram­ma­tion var­iée en terme de genre et de prove­nance des artistes, sans force­ment baiss­er en qual­ité. Il y a aujour­d’hui des artistes incroy­ables partout dans le monde et de tous gen­res. On voulait le mon­tr­er.
 Notre cul­ture est cen­sée rassem­bler les gens de tout hori­zons. Les line ups doivent don­ner l’ex­em­ple.

C’est un com­bat que tu as tou­jours défendu, d’é­du­quer les gens et de leur ouvrir l’e­sprit.…

J’ai tou­jours une idée der­rière la tête quand je fais une pro­gram­ma­tion. Edu­quer est un grand mot, mais dis­ons que j’es­saie de faire pass­er des mes­sages avec mes line ups. Le mes­sage pour le 27 avril est résumé dans le man­i­feste qu’on a pub­lié au lance­ment de l’event. On aimerait que le pub­lic change ses habi­tudes dans sa manière d’en­vis­ager les fes­ti­vals et ne tombe pas bête­ment dans l’ap­pât des line ups à gros head­lin­ers qui offrent à peu près tous la même chose un peu partout en Europe. Le fes­ti­val Dek­man­tel à Ams­ter­dam l’a bien com­pris d’ailleurs et a égale­ment réduit dras­tique­ment le nom­bre de gros noms sur son affiche. Il reste mal­gré cela un des évène­ment les plus cou­rus en Hol­lande. Ça marche à Ams­ter­dam, il n’y a aucune rai­son que ca ne marche pas à Paris!

Et con­cer­nant le lieu, la Seine Musi­cale, cet espèce de vais­seau spa­tial posé sur le fleuve en dehors de Paris depuis 2017, comme s’est-il imposé ?

Un sim­ple coup de foudre lors de notre pre­mière vis­ite. Non seule­ment la qual­ité du lieu en terme de tech­nique et d’ac­cueil du pub­lic nous a séduits, mais surtout, on s’est directe­ment pro­jeté et on a imag­iné tout ce qu’on allait être capa­ble de faire pour le trans­former en un lieu prop­ice à une grosse rave de 14h comme on a l’habi­tude de les organ­is­er.

C’est un phénomène assez élo­quent en ce moment : la tech­no investit des lieux où on ne la ver­rait pas d’habi­tude. On pense notam­ment à l’Ex­po Elec­tro à la Phil­har­monie de Paris…

On avait déjà organ­isé des fêtes Hors Série dans la gare St Lazare ou au vélo­drome de St Quentin en Yve­lines. We love exploitait pas mal de lieux de ce type dans les années 2000. Ce n’est pas force­ment si nou­veau que ca, mais l’ex­po à la Phil­har­monie mon­tre quand même que notre cul­ture a finale­ment été accep­tée et plus ou moins com­prise.
 Par con­tre, inve­stir ce genre de lieu n’est pas force­ment une fin en soi pour nous. Si on va à la Seine musi­cale, c’est vrai­ment parce que le lieu nous a inspiré de belles choses. Exploité de la façon dont on va le faire, elle cor­re­spon­dra com­plète­ment à notre ADN.
 Mais il est vrai qu’après avoir pra­tiqué les hangars du Bour­get ou du Paris Event Cen­ter, se retrou­ver dans un lieu aus­si con­fort­able tech­nique­ment et en terme d’ac­cueil du pub­lic, c’est plutôt agréable.

Revenons main­tenant sur la pause du Weath­er, qui fait son retour après deux ans d’ab­sence. A quoi ce temps vous a‑t-il servi ? Que s’est-il passé ?

Il s’est passé plein de choses. Après la dernière édi­tion du Weath­er, on voulait absol­u­ment trou­ver un nou­veau lieu. Un lieu qui soit con­fort­able, un lieu qui soit rentable. C’est le prob­lème majeur des lieux à Paris, ils sont sou­vent très chers et très dif­fi­cile à exploiter. On ne voulait pas se met­tre la pres­sion, donc on s’est sim­ple­ment dit que l’on reviendrait une fois que l’on aurait trou­vé un lieu adéquat. Entre temps on a per­du un de nos col­lègues, Renaud Gay et ça a été un gros coup dur pour toute l’équipe. On a donc préféré faire une petite pause et bien réfléchir. Ça nous a per­mis de regarder ce qui se fai­sait ailleurs et voir com­ment évolu­ait la scène à Paris. Si on était revenu directe­ment, on aurait sans doute con­tin­ué sur notre lancée avec de très gros évène­ments. Avec cette pause de deux ans, on a pu voir ce que fai­saient les fes­ti­vals à côté comme Pea­cock ou Mar­vel­lous qui s’en­gageaient dans ce sché­ma d’ac­cu­mu­la­tion de gros noms sur l’af­fiche. Evidem­ment je ne cri­tique pas, nous-même l’avons fait aus­si, mais on s’est demandé s’il était vrai­ment judi­cieux de revenir sous cette forme. A titre per­son­nel, ce qui me plaît vrai­ment ce sont les évène­ments plus mesurés en jauge, avec des pro­gram­ma­tions plus pointues. C’est vers ce mod­èle qu’on a décidé de se diriger.

Cette soif de nou­veauté du pub­lic parisien, tu la ressens à Con­crete ?

Oui com­plète­ment. Aujour­d’hui on peut aus­si bien faire une grosse nuit avec un new­com­er intéres­sant qu’avec un grand nom. Le pub­lic cherche l’ex­péri­ence et la claque musi­cale. Mal­gré tout le savoir faire des gros noms, le pub­lic sait qu’un jeune artiste émer­gent peut faire tout aus­si bien car  il est plus frais musi­cale­ment, et sou­vent plus investi car il a plus de choses à prou­ver.

Et au niveau des horaires, est-ce que la fréquen­ta­tion de ce pub­lic a évolué, notam­ment depuis que vous avez obtenu la licence 24 heures en 2017 ? Est-ce que ça invite le pub­lic à s’ou­vrir à des horaires moins fréquentes ?

On a lancé Con­crete avec des for­mats all­day­long en ouvrant les portes à sept heures du matin, puis quand on a com­mencé les nuits on ouvrait les portes à 20 heures. Puis nous avons obtenu la licence 24 heures qui nous a per­mis d’organiser les samed­i­manche et de pro­pos­er des for­mats de qua­si­ment 28 heures non stop.

 Pour Weath­er, on s’est posé la ques­tion de revenir à des horaires plus habituels pour un fes­ti­val. Rares sont ceux qui restent ouverts toute la nuit alors que nous on pousse en général jusqu’a tard le matin. On s’est vite dit que ces for­mats marathon pous­sant la fête jusqu’a 10h du matin fai­sait vrai­ment par­tie de notre ADN. Je pense que c’est ce qui fait la dif­férence : le pub­lic aime vrai­ment ça. Quand tu paies le prix d’un bil­let de fes­ti­val, tu aimes bien pou­voir rester longtemps. Et puis la par­tie mati­nale, à par­tir du moment où le jour se lève, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Enfin moi c’est mon moment préféré.

Tu prends de court ma dernière ques­tion ! Entre 20h et 10h, et pour faire un clin d’oeil aux trois sous-labels de Con­crete, 3AM, 4AM et 7AM, c’est donc le lever du soleil que tu préfères ?

Ouais le lever de jour, le début du matin c’est vrai­ment mon moment favori. D’au­tant plus avec un évène­ment comme le Weath­er, parce que c’est le moment où j’ar­rête de tra­vailler, là où je vais pou­voir pren­dre mon pre­mier shot. C’est un moment que j’adore. Et puis dans une fête, c’est le moment où l’én­ergie est la meilleure. Les gens qui sont tou­jours là à sept heures du matin, ce sont les gens qui veu­lent vrai­ment rester. Ceux qui sont venus un peu par hasard pour voir à quoi ça ressem­blait sont déjà repar­tis. Il y a plus de place sur les dance­floors. C’est aus­si le moment où les gens se lâchent vrai­ment. Et nous aus­si!

Le Weath­er, c’est ce same­di 27 avril à la Seine Musi­cale. Retrou­vez plus d’in­for­ma­tions sur la page Face­book de l’évène­ment

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