©Theo McInnes

Caribou : “Je suis le genre d’hommes à vivre dans sa tête, à inventer son monde”

par Tsugi

On avait con­nu Cari­bou en implaca­ble archi­tecte sonique. Il con­firme avec Sud­den­ly ce qu’il lais­sait entr’apercevoir sur Our Love il y a cinq ans : le Cana­di­en est aujourd’hui égale­ment un song­writer intimiste et rare, en cav­ale. Un peu hébété par la lumière du jour, il est sor­ti de sa cave-studio lon­doni­enne pour par­ler de maths, de silence, de pianos qui ont le mal de mer et d’ours.

Inter­view orig­inelle­ment pub­liée dans le Tsu­gi 128 (Cari­bou) de décembre/janvier 2020
Par JD Beau­val­let

Le Cana­di­en, con­nu sous le nom de Daniel Vic­tor Snaith pour l’état civ­il, a affec­tive­ment désor­mais besoin de regards extérieurs pour trou­ver un sens à un chantier de cinq ans, où il a fal­lu fil­tr­er, adapter un mil­li­er de bouts de chan­sons en un album. Et mir­a­cle : sous ses allures de best-of de toutes les facettes de Cari­bou – des plages ambi­ent à la tech­no de bom­barde­ment –, sous ses faux airs de DJ set ou de mix­tape, Sud­den­ly impres­sionne par la cohérence de ses humeurs et couleurs. Une unité qui tient beau­coup aux pianos tor­turés, au chant exalté du Cana­di­en, désor­mais omniprésent, mais surtout à une écri­t­ure très per­son­nelle de textes cathar­tiques peu fréquents dans les musiques élec­tron­iques. Ce proces­sus d’humanisation, d’ouverture au monde, Cari­bou l’avait entamé en 2014 avec son album Our Love. Il le pro­longe avec Sud­den­ly, disque radieux et sen­si­ble, où un coeur humain bat au coeur des machines, comme chez ses héros Daft Punk, Bri­an Eno ou Kraftwerk. Car même s’il con­tin­ue de tra­vailler inlass­able­ment dans sa cave du nord de Lon­dres, bunker sans joie, sans déco­ra­tion, sans fenêtre, Dan Snaith n’y passe plus sa vie. En haut, des enfants jouent, une famille l’attend. Le change­ment est rad­i­cal : Dan Snaith est sor­ti de sa cave, sor­ti de sa tête.

Tu te sou­viens de la pre­mière fois où tu as con­sciem­ment écouté de la musique ?

Oui, très bien, je me revois face à la radio famil­iale en train d’écouter religieuse­ment le Top 40. C’est la pre­mière fois où j’ai enten­du autre chose que les albums folk de mes par­ents. J’ai alors com­mencé à jouer sur une bat­terie bricolée. J’avais cinq ans. Depuis cet âge, je suis obsédé par le son, la musique. J’ai alors com­mencé à pren­dre des cours de piano avec ma grande soeur, une fille très hip, qui est mal­heureuse­ment par­tie à l’université au bout de quelques années. Là, ma mère a repris mon appren­tis­sage du piano, mais ce n’était plus pareil. C’était ma mère, c’était moins cool ! J’ai alors un peu délais­sé ma musique pour en écouter sans répit, sur mon Walk­man. Je me fai­sais des com­pi­la­tions en piratant la radio, en copi­ant de cas­sette à cas­sette… Mes par­ents sont très musi­caux, ce sont des expa­triés anglais en Ontario, mon père jouait du folk anglais au vio­lon et à la gui­tare clas­sique, nous avions même un orchestre famil­ial, où je jouais des mara­cas. Selon ma mère, le rythme a tou­jours été ma pas­sion.

Caribou

Crédit pho­to : Theo McInnes

Tu as totale­ment aban­don­né le piano alors ?

De six à treize ans, j’ai totale­ment décroché. Mais là, je suis tombé sur un prof qui ne me forçait pas à jouer du clas­sique, mais de la pop, voire du rock pro­gres­sif, comme Yes ou Pink Floyd… Car il avait une col­lec­tion de syn­thés ! Je me suis alors dit que j’avais trou­vé ma voie, mon son… J’ai demandé à mes par­ents, et j’ai tenu à ce qu’ils respectent le deal, de ne pas m’acheter le moin­dre cadeau de Noël ou d’anniversaire pen­dant cinq ans pour cou­vrir l’achat de mon pre­mier syn­thé. Il coû­tait $2 000… Ils ont vu à quel point ça comp­tait pour moi et ont accep­té. J’ai alors com­mencé à m’enregistrer obses­sive­ment, sur un petit mag­né­to­phone qua­tre pistes à cas­settes. J’habitais en rase cam­pagne, je n’avais rien d’autre à faire. Et puis un jour, je suis tombé sur le sin­gle “Pump Up The Vol­ume” de M|A|R|R|S. Je n’y com­pre­nais rien, mais j’ai immé­di­ate­ment su que c’était ce je voulais faire. Un copain qui reve­nait de Lon­dres m’a alors passé une cas­sette qui m’a lit­térale­ment explosé la tête : dessus, il y avait Aphex Twin et le pre­mier sin­gle des Chem­i­cal Broth­ers. Je n’avais aucun back­ground, aucune cul­ture de cette musique : ça a été une révéla­tion. Moi qui pen­sais qu’il fal­lait religieuse­ment étudi­er un instru­ment pour jouer de la musique, je décou­vrais des gens qui enreg­is­traient des albums en n’étant pas musi­ciens ! C’est là que je me suis ren­du compte de l’importance de la pro­duc­tion. Ils ne voulaient pas être Mozart, mais créer leur pro­pre bruit. Ce copain, Koushik (auteur d’un album sur Stones Throw, ndr), a été fon­da­men­tal dans ma vie, dans ma recherche de nou­veaux sons. Comme il n’existait qu’un dis­quaire ringard dans notre petite ville, j’ai com­mencé à acheter des dis­ques sur les bro­cantes, pour y dénich­er des idées, des arrange­ments…

Depuis, tu es en quête ?

Je mène une dou­ble vie à Lon­dres. J’ai une famille, deux enfants. Et en même temps, j’ai con­stru­it un stu­dio dans ma cave. Avant les enfants, j’y pas­sais ma vie. Aujourd’hui, je respecte qua­si­ment des horaires de bureau : 9 h/17 h ! Quand ma femme était en déplace­ment pro­fes­sion­nel, il m’arrivait de pass­er un mois sans par­ler à un autre être humain. J’enregistrais jour et nuit. Mais il m’a fal­lu appren­dre à devenir socia­ble, à m’occuper des enfants quand ils jouent sur le tram­po­line. Mon tra­vail en stu­dio néces­site beau­coup de temps, il m’a fal­lu plus de cinq ans pour ter­min­er Sud­den­ly. L’album est la somme de 900 bouts de chan­sons accu­mulées au fil des ans. Il m’a fal­lu créer des tableurs pour recenser tous ces sons. C’est mon côté matheux ! Je me suis totale­ment per­du dans cette masse. Je ne com­prends pas com­ment un artiste peut enreg­istr­er dix chan­sons et en faire un album, ça me dépasse totale­ment. Je peux devenir mani­aque, obses­sif en stu­dio. Il m’arrive de danser comme un crétin, tout seul, quand je trou­ve une idée. C’est pour ces moments d’abandon que je fais de la musique.

Chaque titre est une longue expéri­men­ta­tion. Il s’agit d’additionner, d’assembler, d’essayer… Puis de sous­traire, d’éliminer.”

As-tu peur que l’inspiration se tarisse un jour ?

Je n’écris jamais une chan­son, il n’y a pas de point de départ. Pour moi, chaque titre est une longue expéri­men­ta­tion. Il s’agit d’additionner, d’assembler, d’essayer… Puis de sous­traire, d’éliminer. Je suis con­stam­ment dans le flou, le noir, jusqu’au dernier moment, quand la chan­son soudain se révèle. L’expérience m’a don­né cette foi : si je tri­t­ure suff­isam­ment la matière, un album en découlera. Je n’ai jamais la moin­dre vision glob­ale : j’ai beau, à chaque album, établir une liste de mots-clés, je ne la respecte jamais. Je suis inca­pable de m’imposer des règles, des dogmes. Je ne sais pas pourquoi je m’accorde une telle con­fi­ance : un jour, je resterai peut-être blo­qué en plein enreg­istrement.

Qu’est-ce qui rend cohérents de tels albums ?

Ce qui lie les titres de mes deux derniers albums, c’est à quel point ils racon­tent et doc­u­mentent ma vie au quo­ti­di­en. Les paroles m’aident à affron­ter les dif­fi­cultés, les morts, le vieil­lisse­ment de mes par­ents… C’est une vraie cathar­sis. Sud­den­ly est mon pre­mier album où chaque chan­son racon­te une his­toire vécue, sans abstrac­tion. J’ai com­mencé à me servir ain­si des mots à des fins per­son­nelles dès Swim (2010), mais ça s’est pré­cisé avec Our Love en 2014. Ça vient avec l’âge, les épreuves : j’étais insou­ciant à 20 ans, les paroles étaient déco­ra­tives, psy­chédéliques. Je reste dans cet esprit quand j’enregistre sous le nom de Daph­ni, un pro­jet fun et dansant, détaché de toute réal­ité. Mais quand je rede­viens Cari­bou, j’ai un devoir d’utiliser ma musique comme un album pho­to. Avec Our Love, j’étais dans la grat­i­tude, l’empathie. Je venais de con­naître un suc­cès éton­nant avec Swim, un album pour­tant com­pliqué. Je pen­sais que j’étais des­tiné à rester un mar­gin­al avec ma musique, que comme avec mes héros, à la Can ou Wire, elle ne serait jamais recon­nue de mon vivant. Et là, soudain, j’étais pop­u­laire, sans le moin­dre com­pro­mis. Je voulais fêter le côté fédéra­teur et col­lec­tif de la musique avec un album qui racon­tait aus­si la joie d’être père. Ces chan­sons font aujourd’hui par­tie de la vie des gens, c’est par­fois même la bande-son de leur ren­con­tre ! Je ne pou­vais pas ignor­er tout cet amour.

C’est pour cette rai­son que tu as pub­lié, à cette époque, une playlist des 1 000 titres qui t’ont con­stru­it ?

C’était dans le même élan. Ce qui me rav­it, c’est que cette playlist a désor­mais sa pro­pre vie… Je me demandais alors ce que je pou­vais partager avec les fans et je me suis dit que la quête d’une vie était sans doute la meilleure réponse. Je déteste le sno­bisme qui con­siste à ne pas partager ses coups de cœur, comme ces DJs idiots qui cachent le label du disque qu’ils sont en train de pass­er… Pour beau­coup de fans, cette playlist compte plus que mes pro­pres albums. Je viens juste de jouer avec Kraftwerk, un de mes groupes préférés. En les voy­ant sur scène, je me suis ren­du compte à quel point leurs idées révo­lu­tion­naires il y a plus de 40 ans font aujourd’hui par­tie du lan­gage courant de la musique, de la pop au R&B… Idem pour Daft Punk, qui de manière iden­tique est par­venu à con­cili­er fragilité humaine et robo­t­ique. Les deux groupes restent un ter­reau fer­tile pour venir se nour­rir.

Com­ment juges-tu ton nou­v­el album ?

Sud­den­ly, musi­cale­ment, est très var­ié. C’est peut-être l’heure d’un bilan pour moi… Il y a un côté mix­tape, où les morceaux ne seraient pas liés entre eux par leur genre, mais par leur humeur. Par exem­ple, per­son­ne n’attendait de moi un morceau hip-hop comme “Home”. J’aime me sur­pren­dre moi-même, pren­dre à angle droit un virage à gauche. J’ai pour­tant été sur­pris par sa cohérence quand je l’ai écouté pour la pre­mière fois. C’était comme si j’écoutais l’album d’un autre musi­cien. Il a ensuite passé ce test impi­toy­able : l’écoute des deux per­son­nes dont l’avis compte le plus pour moi, ma femme et Four Tet. Car quand je suis en stu­dio, per­son­ne n’écoute quoi que ce soit. C’est pour ça que je serais inca­pable de partager mon espace avec un pro­duc­teur, ça m’inhiberait. C’est comme ça depuis que j’ai treize ans. C’est privé. J’ai com­mencé à chanter dès le sec­ond album de Man­i­to­ba (son pre­mier pseu­do, ndr) en 2003. Jamais je n’aurais osé le faire s’il y avait eu qui que ce soit dans mon stu­dio. Je suis beau­coup trop timide pour ça. Je n’aime pas m’entendre chanter, alors que ma voix est très en avant sur Sud­den­ly !

Ta voix, qui se débat avec ses lim­ites, est pour­tant très expres­sive. Elle évoque celle de Bri­an Eno.

C’est un mod­èle. En évo­quant le chant, il a dit : “Pour cer­taines per­son­nes, la voix est une brosse à pein­ture. Pour d’autres, elle est un cray­on à papi­er.” La mienne est un cray­on à papi­er. Elle m’oblige à me débat­tre avec mes lim­ites. Je ne suis pas Aretha Franklin, alors la décou­verte du chant de Bri­an Eno ou Arthur Rus­sell a été très encour­ageante. Je ne suis pas un grand chanteur, juste un être humain qui chante. Ma voix est pour­tant très frus­trante, car dans ma tête, j’entends des mélodies qu’elle ne peut pas attein­dre. Ma gamme est trop lim­itée. Quand je com­pose, le chant est sys­té­ma­tique­ment en yaourt. Puis j’écris les paroles, puis je les enreg­istre. C’est le moment que j’appréhende le plus dans toute la genèse d’un album. Alors que ça devient un plaisir une fois l’effroi dis­sipé !

Je suis le genre d’hommes à vivre dans sa tête, à inven­ter son monde. Mon stu­dio, c’est un peu ça, un refuge.”

Qu’est-ce qui a inau­guré le chantier de Sud­den­ly ?

Ça remonte à l’enregistrement de Our Love, j’avais com­mencé alors à emma­gasin­er des idées pour la suite. Nor­male­ment, je vide le disque dur après chaque album. Mais là, je sen­tais qu’il y avait des choses à dévelop­per. Comme le son du piano, qui sem­ble jouer sa pro­pre gamme… J’ai util­isé le logi­ciel Omni­sphere, qui sam­ple toutes sortes d’instruments, dont des pianos à queue. J’ai ensuite joué ces sam­ples sur mon clavier, sans répit, à tel point que le morceau “Sunny’s Time” s’est longue­ment appelé “Chopin”! Ensuite, j’ai trit­uré toutes ces par­ties de piano clas­sique avec la molette de pitch bend de mon clavier, jusqu’à ce qu’elles son­nent toutes désac­cordées. Je voulais que les pianos réson­nent comme s’ils avaient le mal de mer. Comme à chaque fois, je cher­chais un son à la fois fam­i­li­er et étrange. J’ai déjà enten­du du piano à queue, mer­ci. Com­ment le ren­dre plus mys­térieux, dérangeant ? En le faisant jouer faux.

Tu n’as jamais rejeté la musique ?

Il y a un moment où j’ai dû faire un choix entre ma musique et mes études pour obtenir un doc­tor­at en math­é­ma­tiques. J’ai choisi les maths, mais je suis vite revenu à la musique, sans jamais enseign­er, ce qui était pour­tant ma voie royale. J’aurais accep­té cette vie, mais la musique avait plus à m’offrir. Je mesure chaque jour ma chance, alors que mes enfants trou­vent ça tout à fait nor­mal de me voir sur la grande scène d’un fes­ti­val, devant 15 000 per­son­nes. Pour moi, ça reste un rêve éveil­lé.

Te considères-tu comme doué ?

À l’école, j’étais bon dans des domaines aus­si dif­férents que le sport et la lit­téra­ture. J’adore appren­dre, mon rêve est, quand arrivera la retraite, de revenir à l’université pour étudi­er les sci­ences poli­tiques, l’anthropologie, des langues… J’étais dans des groupes de sur­doués à l’école. Par exem­ple, au lieu de suiv­re les cours nor­maux de lit­téra­ture, on m’installait seul à ma bib­lio­thèque pour écrire un roman. Les profs fai­saient sys­té­ma­tique­ment des efforts pour me ren­dre la vie plus riche et agréable. Dès que je mon­trais le moin­dre intérêt pour un sujet, on me pous­sait dans cette direc­tion. Mon champ d’opportunités a été sans bar­rières. J’ai tou­jours reçu le vote de con­fi­ance. Pour moi, rien n’a jamais été impos­si­ble. Ça se reflète dans ma musique, elle est illim­itée.

Com­ment concilies-tu la vie de famille et les tournées ?

Ma femme est très indépen­dante et entre 2007 et 2010, j’étais sur la route plus de 200 jours par an. Mais il y a eu, après
la nais­sance de ma fille, la longue tournée de trop. En mon absence, elle fai­sait des crises d’anxiété, puis a rejeté sa mère à mon retour… Il m’a fal­lu tir­er un trait sur les longues tournées.

Ta musique est sou­vent une invi­ta­tion aux rêver­ies. Te sert-elle à t’évader ?

Ça a tou­jours été ma moti­va­tion. Pour­tant, j’ai vécu une enfance très heureuse, je n’avais rien de dra­ma­tique à fuir. Mais je suis le genre d’hommes à vivre dans sa tête, à inven­ter son monde. Mon stu­dio, c’est un peu ça, un refuge. Je ne l’ai jamais décoré ou amé­nagé parce que je n’y suis que physique­ment : mon cerveau est ailleurs.

Je suis moins un min­i­mal­iste qu’un max­i­mal­iste.”

Tu as enreg­istré sous plusieurs pseu­do­nymes – Daph­ni, Cari­bou, Man­i­to­ba. T’y perds-tu par­fois ? Qu’est devenu Daniel Vic­tor Snaith ?

Le moin­dre mag­a­zine gra­tu­it, quand il annonce mes con­certs, se sent obligé à chaque fois de soulign­er la laideur de mon vrai nom. J’ai lu des trucs comme “seule sa mère peut trou­ver ce nom adorable” ! Aujourd’hui, je me sens autant Cari­bou que Daniel Snaith. D’ailleurs, dans les fes­ti­vals, on m’interpelle “Daph­ni, Daph­ni !” Man­i­to­ba et Cari­bou, je les ai choi­sis pour leur côté vie sauvage au Cana­da. Musi­cale­ment, c’est l’espace où je peux respir­er en toute lib­erté, sans fron­tières, après avoir joué de la musique fonc­tion­nelle, urbaine sous le nom de Daph­ni. Géo­graphique­ment, je con­nais bien ces régions reculées du Cana­da, c’est là où j’ai gran­di. Avant de pou­voir con­duire, à 17 ans, je n’avais aucun copain, nous viv­ions à des kilo­mètres les uns des autres. Je pas­sais ma vie entre le piano et la forêt. J’ai très tôt dû appren­dre à ne compter que sur moi pour m’amuser. La péri­ode la plus heureuse de ma vie, chaque année, reste pour­tant aujourd’hui encore nos vacances d’été au Cana­da, dans le chalet d’un copain au bord d’un lac per­du du Musko­ka. Il n’y a ni télé­phone ni Inter­net, on se croirait en Norvège. Les seuls voisins sont les ours, les élans et les cas­tors.

Apprécies-tu le silence ?

J’ai vécu des moments de silences ver­tig­ineux, notam­ment en Chine ou en Inde, dans le désert du Rajasthan, loin du monde et de la frénésie… D’ailleurs, mon cousin est boud­dhiste et il ren­tre juste d’une retraite de huit jours dans le silence com­plet : j’en serais inca­pable. Pour­tant, j’adore le silence dans la musique des autres, c’est si puis­sant. Il faudrait que j’y vienne un jour. Mais pour l’instant, je suis moins un min­i­mal­iste qu’un max­i­mal­iste.

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