Claude VonStroke : vers l’underground fun

Le meilleur DJ améri­cain de 2016… Ça en jette ! Mais si Claude Von­Stroke n’a pas volé son titre, il y a de quoi s’in­ter­roger : en 2015, c’é­tait Steve Aoki qui raflait la pre­mière place. Alors, Steve Aoki / Claude Von­Stroke, même com­bat ? Non, car Bar­clay Cren­shaw de son vrai nom n’a jamais tourné le dos à sa famille de cœur, l’indé. L’au­teur du tube “Who’s Afraid Of Detroit” a lancé en 2005 Dirty­bird, son pro­pre label, où l’un­der­ground d’au­jour­d’hui se décou­vre de sor­ties en sor­ties – avec à la clé de belles car­rières pour cer­tains de ses poulains. Et s’il est atten­du à Paris ce soir, ce n’est pas pour jouer devant un parterre de kids assoif­fés d’EDM, mais à Nuits Fauves, sous les pylônes du Wan­der­lust et à fleur de Seine, dans une ambiance plus under­ground que Tomorrowland-esque. Et toc.

Tu as été élu “le meilleur DJ améri­cain de 2016” par Pio­neer DJ et DJ Times. Ça fait quoi ?

Claude Von­Stroke : J’é­tais très sur­pris, c’é­tait vrai­ment bizarre, parce que tous les gag­nants précé­dents sont des DJs et pro­duc­teurs très com­mer­ci­aux. L’an­née dernière, c’é­tait Steve Aoki par exem­ple. Mais c’est plutôt cool : ça veut dire que mes fans sont allés vot­er. J’ai remar­qué que le monde de la musique élec­tron­ique aux Etats-Unis était en train de chang­er depuis deux ou trois ans. L’un­der­ground devient de plus en plus pop­u­laire. Je pense que c’est parce que le grand pub­lic con­naît déjà l’EDM depuis quelques temps, et que main­tenant les gens cherchent autre chose. Mon label est en plein milieu de tout ça : nous ne sommes pas les plus under­ground, mais nous sommes une bonne passerelle pour per­me­t­tre aux gens qui le veu­lent de décou­vrir autre chose que l’EDM. C’est intéres­sant d’oc­cu­per cette place, tout en restant farouche­ment indépen­dant, et avec le sourire. On s’a­muse bien !

Com­ment faites-vous pour ne pas tomber “dans le côté obscur” et sign­er des hits com­mer­ci­aux pour gag­n­er plus de sous ?

C’est parce qu’on ne s’at­tache qu’à la musique, et unique­ment à la musique qu’on a envie de pro­mou­voir.

Plusieurs noms passés par le label (Catz ‘N Dogz, Eats Every­thing, Julio Bash­more…) sont ensuite devenus très con­nus. C’est le con­cept de Dirty­bird que de faire percer des pro­duc­teurs incon­nus ?

Ce n’est pas le but en soi, mais on aime bien faire des décou­vertes. Je dois sign­er dans les sept artistes com­plète­ment incon­nus par an. Dans le lot, cer­tains per­cent, d’autres non. Cette année, j’ai fait une super décou­verte, il s’ap­pelle Bruno Furlan, il vient du Brésil et fait des sons très funky.

On a pu lire sur le net que Dirty­bird rever­sait de l’ar­gent sur cha­cune de ses sor­ties à une école de musique de Detroit. C’est tou­jours le cas ?

Oui, on con­tin­ue à don­ner à cette école. Mon père tra­vail­lait pour eux, leur pro­gramme est très bien, ils appren­nent la pro­duc­tion, l’édi­tion, la mode… Des choses qu’ils ne pour­raient pas appren­dre au lycée. Je trou­ve que c’est impor­tant pour la ville de Detroit, où j’ai gran­di.

Mais tu as démé­nagé à San Fran­cis­co…

En fait, je vis à Los Ange­les main­tenant. C’est tou­jours écrit San Fran­cis­co dans mes bios et com­mu­niqués de presse, mais c’est parce qu’on a jamais pen­sé à le chang­er (rires). Je retourne à Detroit de temps en temps car mes par­ents vivent là-bas, mais une des prin­ci­pales raisons de mon départ… C’est qu’il fait très très froid à Detroit ! Je préfère la plage (rires).

Tu te moques un peu de nous, sur tes pho­tos tu fais la gri­mace, et même musi­cale­ment il y a un côté très fun dans tes clips (quitte à car­i­ca­tur­er les clips-avec-des-filles-sexy de cer­tains de tes homo­logues pour “Make A Cake”) et tes morceaux… Jamais sérieux ?

Eh bien je pense que la musique doit être fun ! Les gens doivent s’a­muser à une fête, être heureux. Par­fois les gens oublient ça, mais pour moi c’est le plus impor­tant. Je peux aller écouter de la tech­no dark dans un entre­pôt à Berlin, mais ce n’est pas vrai­ment ce que je veux faire tous les soirs. Je com­prends pourquoi ça existe, mais ce n’est pas mon mes­sage.

Tu te ver­rais faire une Elrow ?

Oui, c’est super drôle ce qu’ils font, je ne sais pas pourquoi ils ne me bookent pas, je serais par­fait pour ces soirées (rires).

En jan­vi­er est sor­ti un pre­mier EP de Get Real, ta col­lab­o­ra­tion avec Green Vel­vet. Ce sera un one-shot ou vous comptez sor­tir d’autres max­is ?

On com­mence tout juste à en par­ler avec Green Vel­vet, et on va bien­tôt annon­cer une nou­velle tournée. Je sors aus­si bien­tôt un nou­veau disque sous mon vrai nom (Bar­clay Cren­shaw, ndr.), ce sera un album hip-hop. Et ensuite je referai des morceaux Claude Von­Stroke.

Quand est sor­ti en 2013 Urban Ani­mal, ton troisième album, tu as dit qu’il s’agis­sait du dernier album que tu allais faire avec le pseu­do Claude Von­Stroke…

J’ai peut-être men­ti (rires). Je ne suis pas sûr de ce que je vais faire, mais je pré­pare plein de nou­veaux morceaux. Quoiqu’il en soit je pense que le for­mat album t’aide quand tu démar­res, car les gens ne te con­sid­èrent pas de la même façon que “ce mec qui sort des morceaux sur inter­net”. Mais pas une fois que tu es établi : un album a de toute façon une durée de vie de deux mois à peu près, après tout le monde l’ou­blie. Alors je me dis que c’est tout de même mieux de sor­tir des morceaux tout au long de l’an­née, en one-shot ou sous forme de maxi. Mais bon, on sait jamais, on ver­ra !

Et cet album de hip-hop que tu as fait sous ton vrai nom, quand est-ce qu’il sort ?

A la mi-janvier. Ce n’est pas non plus un album de hip-hop clas­sique, il y a plein de choses dedans, de l’ex­péri­men­tal, du hip-hop tra­di­tion­nel, de la drum’n’bass par ci par là… J’ai voulu faire des chan­sons assez ver­sa­tiles, avec de belles mélodies, presque chill out. Le pre­mier sin­gle ne devrait pas tarder à sor­tir.

Claude Von­Stroke com­mence ce soir à Paris une tournée en Europe, qui passera égale­ment à l’Ay­ers Boat lyon­nais demain.

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