Comment 1D Touch invente le streaming équitable

Extrait du numéro 93 de Tsu­gi (juin 2016)

À côté des coloss­es Spo­ti­fy, Deez­er ou Apple Music, un petit acteur ambitieux tente de remet­tre l’artiste au coeur des préoc­cu­pa­tions de la planète stream­ing. 

Au cours d’un Skype avec Cédric Claquin, directeur général adjoint et cofon­da­teur d’1D Touch, on s’étonne que per­son­ne dans le milieu de la musique ou presque n’ait vent de l’existence de son pro­jet. “Je suis con­sul­tant en com­mu­ni­ca­tion à côté, et je sais que nous sommes très mau­vais en com­mu­ni­ca­tion, mais c’est délibéré : le con­cept devait d’abord faire ses preuves.” Une pru­dence qui s’explique par la longue expéri­ence de cet homme de 44 ans dans le milieu de la musique indépen­dante. À l’origine du label Aïlis­sam (Mas­sil­ia à l’envers, ndr) en 1997, il a cofondé en 2003 CD1D, plate­forme de dis­tri­b­u­tion musi­cale des petits indépen­dants. “En 2010, on a vu arriv­er les pre­miers relevés de nos revenus sur Deez­er, un mil­lion d’écoutes étaient alors rémunérées 700 euros. 0,0007 euros pour une écoute ! Il fal­lait créer une alter­na­tive.” 

En 2012 est lancée l’association 1D Lab, trans­for­mée en coopéra­tive en 2014 et créa­trice d’1D Touch, la plate­forme de stream­ing équitable, en 2013. “On n’entend pas rem­plac­er Spo­ti­fy ou Deez­er, on con­naît nos lim­ites, mais on veut que pour les petits labels et artistes, 1D Touch con­stitue un revenu com­plé­men­taire qui compte. Qui est prêt aujourd’hui à pay­er pour écouter des incon­nus en stream­ing ? Sûre­ment pas les util­isa­teurs, c’est pour ça qu’on a imag­iné un sys­tème B to B to C (Busi­ness to busi­ness to con­sumer, ndr).” Plutôt que de ven­dre son ser­vice aux con­som­ma­teurs, 1D Touch vend des abon­nements (2000 euros les 1000 abon­nements) à des col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales, SMAC (Scène de Musiques Actuelles) ou bib­lio­thèques, qui les offrent comme des plus pro­duits attrac­t­ifs à leurs usagers dans le cadre de leurs cartes de fidél­ité, souscrip­tions à l’année, etc. Ces clients — les bib­lio­thèques con­sti­tu­ant jusqu’ici 80 % des con­va­in­cus — peu­vent par ailleurs édi­to­ri­alis­er la plate­forme à l’envie. L’utilisateur qui se con­necte grâce à un abon­nement via sa bib­lio­thèque locale tombe en pre­mière page sur une “cap­sule”, des mis­es en avant pro­posées par la bib­lio­thèque en ques­tion, playlist d’artistes locaux, etc. Aujourd’hui, un util­isa­teur ne peut d’ailleurs pas utilis­er 1D Touch sans pass­er par une struc­ture locale, un “défaut” qui assure que chaque stream est payé et rémunéra­teur pour le musi­cien.

En 2012 est lancée l’association 1D Lab, trans­for­mée en coopéra­tive en 2014 et créa­trice d’1D Touch, la plate­forme de stream­ing équitable, en 2013. “On n’entend pas rem­plac­er Spo­ti­fy ou Deez­er, on con­naît nos lim­ites, mais on veut que pour les petits labels et artistes, 1D Touch con­stitue un revenu com­plé­men­taire qui compte. Qui est prêt aujourd’hui à pay­er pour écouter des incon­nus en stream­ing ? Sûre­ment pas les util­isa­teurs, c’est pour ça qu’on a imag­iné un sys­tème B to B to C (Busi­ness to busi­ness to con­sumer, ndr).” Plutôt que de ven­dre son ser­vice aux con­som­ma­teurs, 1D Touch vend des abon­nements (2.000 euros les 1.000 abon­nements) à des col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales, SMAC (Scène de Musiques Actuelles) ou bib­lio­thèques, qui les offrent comme des plus pro­duits attrac­t­ifs à leurs usagers dans le cadre de leurs cartes de fidél­ité, souscrip­tions à l’année, etc. Ces clients — les bib­lio­thèques con­sti­tu­ant jusqu’ici 80 % des con­va­in­cus — peu­vent par ailleurs édi­to­ri­alis­er la plate­forme à l’envie. L’utilisateur qui se con­necte grâce à un abon­nement via sa bib­lio­thèque locale tombe en pre­mière page sur une “cap­sule”, des mis­es en avant pro­posées par la bib­lio­thèque en ques­tion, playlist d’artistes locaux, etc. Aujourd’hui, un util­isa­teur ne peut d’ailleurs pas utilis­er 1D Touch sans pass­er par une struc­ture locale, un “défaut” qui assure que chaque stream est payé et rémunéra­teur pour le musi­cien.

VOEU DE TRANSPARENCE 

Devant la dif­fi­culté tech­nique de négoci­er en direct avec les petits labels leur cat­a­logue, 1D Touch a pioché chez les dis­trib­u­teurs dig­i­taux. “On a négo­cié avec les prin­ci­paux, Believe, auprès duquel on fait une sélec­tion et Idol, dont on doit pren­dre tout le cat­a­logue.” Pour un artiste, être dif­fusé sur 1D Touch néces­site donc, à regret de ses fon­da­teurs, d’avoir un dis­trib­u­teur dig­i­tal, ou de rejoin­dre le cat­a­logue de CD1D. Aujourd’hui la plate­forme compte 860.000 titres, 75.000 artistes, 105.000 albums et 12.200 labels. Fin 2014, après 18 mois de ser­vice de la V1, 1D touch a fait un pre­mier verse­ment de 50.000 euros aux labels et artistes, avec un taux de 29 cen­times par stream. Depuis, la V2 est apparue et 1D Touch a encore ver­sé 40.000 euros, à un taux moyen deux fois plus bas de 14 cen­times, mais tou­jours très supérieur à ses con­cur­rents, les verse­ments sur­venant désor­mais tous les trimestres. “Ces sommes peu­vent paraître ridicules, mais des labels comme Chi­nese Man Records ont reçu 5.000 euros. Pour des petites struc­tures, ça compte.” 1D Touch fait voeu de trans­parence. “Dès qu’on vend un abon­nement, on retire la TVA et l’argent à vers­er à la SACEM. Sur le reste, on prend 20% pour la coopéra­tive, 15% sup­plé­men­taires qu’on réin­jecte dans la recherche et développe­ment. Ensuite 10% servi­ront à par­tir de 2017 à un fond de développe­ment sol­idaire pour des artistes qui veu­lent men­er à bien un pro­jet, clip, etc. Pour l’instant ils sont rever­sés dans le pro­jet. Les derniers 55% sont rever­sés aux dis­trib­u­teurs et artistes avec quelques sub­til­ités. On estime que quelqu’un qui fait de l’opéra expéri­men­tal sera for­cé­ment moins écouté que quelqu’un qui fait de la pop, alors 15% de ces 55% sont rever­sés de manière à favoris­er les moins écoutés. Et le reste est rever­sé en fonc­tion du nom­bre d’écoutes, avec une dernière nuance. Les morceaux de moins de trois ans sont rémunérés sur une base de 100, tan­dis que les plus anciens sont rémunérés sur une base de 80 ou 90, le reste revenant aux nou­veautés.” 

A LA RECHERCHE DE RELAIS DE CROISSANCE 

Aujourd’hui 1D Touch compte 25 col­lab­o­ra­teurs, dont cer­tains comme les dirigeants ne sont pas payés, d’autres étant salariés, autoen­tre­pre­neurs, etc. Les 50.000 util­isa­teurs inscrits passent une moyenne de douze min­utes par ses­sion sur le site : “Nous avons un gros tra­vail à faire là-dessus, il faut amélior­er le cat­a­logue et l’interface.” Tous tra­vail­lent d’arrache-pied à pro­gress­er de tous les côtés. D’abord en trou­vant de nou­veaux parte­naires en France. “Si l’on pas­sait de 10% à 70% des 8.000 bib­lio­thèques français­es con­va­in­cues, on aurait déjà un chiffre d’affaires de quelques mil­lions d’euros.” L’entreprise ambi­tionne aus­si de s’acoquiner avec les opéra­teurs de trans­port locaux, qui feraient d’1D Touch un plus pro­duit de leurs abon­nements. Sur les 800.000 euros investis dans l’entreprise depuis ses débuts, 80% sont des fonds publics, ID Lab cherche aujourd’hui à trou­ver de nou­veaux investis­seurs dans le privé, dis­cu­tant notam­ment avec Vin­ci. Le sou­tien du pro­jet de la com­mis­sion européenne Cre­ative Europe lui per­met aus­si de s’attaquer dans les prochains mois à d’autres marchés : Norvège, Alle­magne, Espagne, Angleterre… Un autre grand axe de développe­ment s’intéresse plutôt à l’expérience usager. Comme 1D Touch a tou­jours eu pour voca­tion de dif­fuser la musique des petits, la coopéra­tive tra­vaille avec des sociétés issues de l’institut de recherche IRCAM pour créer un vrai sys­tème de recom­man­da­tion d’écoute, à la fois basé sur les appré­ci­a­tions de l’utilisateur et sur une analyse plus pro­fonde des morceaux eux-mêmes (la langue, le tem­po, le genre, etc.). Enfin, 1D Touch ne vise pas que la musique. Le cat­a­logue s’intéresse déjà aux jeux vidéos et devrait un jour s’élargir à d’autres médias. Et pro­pos­er à un audi­teur de tel musi­cien de s’essayer à tel jeu vidéo parce que ces deux oeu­vres au médi­um si dif­férent parta­gent pour­tant des références. Si le pro­jet est si grand qu’on peine à en dis­tinguer les con­tours, il n’a déjà plus rien d’utopique.

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