©Mounir Taieb

Confiné.e.s avec… Maud Geffray

par Tsugi

En ces temps con­finés, les musi­ciens sont bien sûr égale­ment blo­qués chez eux. Nous leur avons demandé com­ment ils occu­pent leurs journées, avec au pas­sage quelques recom­man­da­tions cul­turelles. Aujourd’hui, Maud Gef­fray moitié de Scratch Mas­sive qui se prête au jeu.

Pro­pos recueil­lis par Olivi­er Per­not

 

Bon­jour Maud, où es-tu en ce moment ?

Chez moi, à Paris, dans le 19ème arrondisse­ment.

Quel est le livre que tu lis actuelle­ment ?

J’ai plusieurs livres en route en ce moment. Avant le con­fine­ment, j’ai com­mencé Le Lam­beau de Philippe Lançon. C’est un des jour­nal­istes sur­vivants de la tuerie de Char­lie Heb­do. Il racon­te l’attentat et sa pro­pre recon­struc­tion physique et psy­chique. Le con­fine­ment me laisse le temps de lire ce gros bouquin. Comme ce livre est un cauchemar vivant, j’alterne avec La Vie devant soi de Romain Gary. Il l’avait pub­lié sous son nom d’emprunt, Émile Ajar. C’est une his­toire très drôle, racon­tée par un gamin. C’est plein de vie. Et j’ai aus­si un troisième livre, Paroles sans musique, l’autobiographie de Philip Glass. Je l’ai déjà lu mais j’aime bien y piocher des bouts en hasard. C’est un livre très dense, avec une réflex­ion glob­ale sur la vie très intéres­sante.

Les livres de Maud © Maud Gef­fray

Un album que tu viens de redé­cou­vrir et que tu aimes écouter tran­quille­ment, en entier, instal­lé dans son canapé ?

Je dirais Poly­dis­tor­sion, le deux­ième album de Gus­Gus. Le groupe sort tou­jours des tracks très régulière­ment. Quand j’entends le début d’un morceau encore incon­nu que me pro­pose Spo­ti­fy, en un quart de sec­onde je sais que c’est Gus­Gus. Je les ai tou­jours aimé. Tous les albums. Ce qui est rare chez moi. Et même leur pen­chant dance. J’aime ces syn­thés, ce sen­ti­ment polaire, rêveur et la voix incroy­able de Daniel Ágúst (qui était venu chanter sur notre track « Paris » avec Scratch Mas­sive). J’adore l’équilibre de cet album Poly­dis­tor­sion, à la fois pop et élec­tron­ique. Cela fai­sait longtemps que je ne l’avais pas écouté en entier. Il y a en par­ti­c­uli­er le titre « Why », chan­té par Emil­iana Tor­ri­ni, que j’ai dû écouter des mil­liers de fois. C’est juste une petite mer­veille : il me fait vrai­ment encore pleur­er à chaque écoute. C’est dingue.

Un disque pour danser dans son salon ?

J’écoute beau­coup de nou­veautés sur Spo­ti­fy. Cela peut m’inspirer pour mon prochain album. Il y a un track que j’aime beau­coup en ce moment : « Open The Door » de Die Antwo­ord, avec un fea­tur­ing de Pan­ther Mod­ern. C’est un mec de Los Ange­les que je décou­vre totale­ment. J’aime sa voix, avec quelque chose de post-punk, et la façon dont il la pose. Le morceau est hyper réus­si, avec ces trois voix à la fois directes et trib­ales. Comme je cherche des fea­tur­ings pour mon album, je suis allé voir ce que fait Pan­ther Mod­ern…

Un film à revoir, par­mi les clas­siques qui t’ont mar­quée ?

Blue Vel­vet de David Lynch. Je ne l’avais pas regardé depuis longtemps : je crois même que j’étais ado­les­cente quand je l’ai vu. Je n’en pos­sé­dais que des sou­venirs loin­tains. Quelques images, une ambiance. Mais j’avais com­plète­ment oublié l’histoire. En le revoy­ant main­tenant, j’en ai une vision dif­férente, plus clair­voy­ante, plus fine. Les acteurs sont géni­aux. Ensuite, j’ai regardé comme ça deux épisodes de la série orig­i­nale Twin Peaks. J’avais envie de me rep­longer dans la musique, dans l’ambiance. J’avais besoin de revoir une « vraie » série, car je venais de regarder toute la série Validé, qui est comme une sit­com, à la fois mar­rante et car­i­cat­u­rale, com­plète­ment addic­tive. Un Hélène et les garçons du rap game ! (rires)

Un jeu à faire en famille ?

Mon copain aime beau­coup jouer, notam­ment aux jeux vidéo. Depuis peu, il essaie de m’initier aux échecs. Nous avons déjà fait quelques par­ties pen­dant le con­fine­ment et nous allons en refaire d’autres. Je perçois ce qui est génial, mais il faut appren­dre, avoir un cer­tain niveau. Cela néces­site du temps avant de savoir bien jouer. Les échecs sont un jeu qui est comme une tra­duc­tion de la vie, du car­ac­tère des joueurs, plutôt attaquants, fon­ceurs, ou défen­sifs.

Maud échec au Roi © Maud Gef­fray

Un site Inter­net à fouiller ?

Je vais en con­seiller deux. Le pre­mier site, c’est Mubi, un site sur le ciné­ma, avec des clas­siques et des nou­veautés. Il y a un film mis en avant chaque jour et une sélec­tion men­su­elle très intéres­sante. On peut aus­si décou­vrir des réal­isa­teurs avec des rétro­spec­tives qui leur sont con­sacrées ou voir des sélec­tions de films par thèmes. J’ai eu la chance qu’on m’offre un abon­nement quand j’ai par­ticipé à un jury. Sinon, l’abonnement à ce site n’est que d’une dizaine d’euros par mois. Le sec­ond, c’est Medici.tv, un site sur la musique clas­sique et la musique con­tem­po­raine. Il y a des doc­u­men­taires de qual­ité, des archives rares, qu’on ne trou­ve pas sur YouTube. Notam­ment sur Michael Nyman, dont je suis fan, et sur Philip Glass (celui qui a été pro­duit par Love Streams, la boîte d’Agnès B.).

Un plat que tu aimes cuisin­er ?

J’adore les gâteaux. Je suis en train d’améliorer une recette que m’a don­née ma pote Flo­ra. C’est un gâteau à la banane et au choco­lat, mais pas trop gras, avec de la farine de sar­rasin. Là, j’en suis déjà à qua­tre gâteaux pré­parés depuis le début du con­fine­ment. Un gâteau tous les quatre/cinq jours. Dans la dernière ver­sion, j’ai rajouté des poires. Ce gâteau est de plus en plus déli­cieux et on le mange hyper vite.

Miam miam ©Maud Gef­fray

Une activ­ité que tu aimes faire ces jours-ci ?

Une fois tous les deux jours, je suis des cours de sport en vidéo. Les profs du Club Med Gym don­nent des cours de chez eux, en direct, en stream. Il y a trois ou qua­tre cours par jour. Je me con­necte sur le pro­gramme cuisses/abdos/fessiers. Et le same­di, je fais du yoga kun­dali­ni. C’est mon pote Stéphane (Alf) qui m’a branché sur ce cours qui est don­né par sa prof depuis la Mar­tinique. Nous sommes une dizaine de par­tic­i­pants à suiv­re son cours, grâce à l’application Zoom.

Tu as envie de faire quoi en pre­mier à l’ex­térieur quand le con­fine­ment se ter­min­era ?

Je ne joue plus nulle part et cela me manque quand même. J’ai fait un mix pour le Mai­son Tsu­gi Fes­ti­val. C’était bizarre de faire un DJ set chez moi, devant un mur. Mon copain fai­sait le pub­lic et on avait sor­ti des bières, mais cette expéri­ence était étrange. J’ai envie de retrou­ver du monde, une foule.

Tu pré­pares quoi pour cette année ?

En ce moment, je tra­vaille sur mon prochain album, le fait d’être chez moi me per­met de bien avancer. Ces jours-ci, j’aurais dû être aux États-Unis. J’avais des dates en solo et avec Scratch Mas­sive à Mia­mi et à Los Ange­les. J’avais prévu que le disque soit prêt avant cet été… et il va sûre­ment l’être. Le label Pan Euro­pean Record­ing devrait le sor­tir au début 2021. C’est un disque qui sera dans la con­ti­nu­ité de Polaar, mon pre­mier album solo. Un disque élec­tron­ique, avec un grand tra­vail sur les voix, la mienne ou celles de mes fea­tur­ings, avec des effets. Cela apporte une touche pop aux com­po­si­tions. Le con­fine­ment m’a aus­si per­mis de finir un remix d’un morceau du Grand Bleu. Je suis hyper fan du film. Éric Ser­ra et son man­ag­er m’ont demandé un remix du titre « The Big Blue Ouver­ture ». Ce morceau est assez par­fait : j’ai respec­té sa nar­ra­tion en trois par­ties, qui résume le film, et je me la suis acca­parée. Résul­tat, mon remix a été accep­té !

Y a du matos chez Maud © Maud Gef­fray

Qu’espères-tu que ce con­fine­ment va chang­er dans nos vies ?

Il me sem­ble que cette sit­u­a­tion doit nous amen­er à repenser la société dans son ensem­ble, en par­ti­c­uli­er nos façons d’agir, qui sont très indi­vidu­elles (même si c’est facile à dire). Il faut stop­per cette course fréné­tique, qui mène à notre perte, réfléchir à la con­som­ma­tion (con­som­mer plus locale­ment, même si on le sait déjà) et aus­si, évidem­ment notre rap­port à la nature. Il faut que nous nous con­sid­éri­ons comme faisant par­tie d’un tout et stop­per la course à l’ego, ce que prô­nent les réseaux soci­aux comme nou­velle civil­i­sa­tion. Il faut essay­er d’utiliser ça pour autre chose, défendre des valeurs, par­ticiper, et pas unique­ment se gon­fler l’ego, et aus­si écouter plein de musique ! L’écoute de musique, c’est super impor­tant pour la con­nex­ion avec soi et avec le grand tout.

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