Crédit Photo : Pooneh Ghana

Courtney Barnett, la femme qui tombe à pic

Ren­con­tre avec Court­ney Bar­nett extraite du numéro 112 de Tsu­gi, à retrou­ver en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne.

À 30 ans, la sen­sa­tion indie rock aus­trali­enne qui avait mis le music busi­ness en émoi avec un pre­mier album fougueux, génial et ironique en 2015, riposte avec amboy­ance. Tell Me How You Real­ly Feel donne le ton du print­emps 2018: engagé, vir­u­lent et teinté de désinvolture 90s. Bar­nett partage définitivement avec une autre Court­ney, Love, l’art de bal­ancer à son époque ses qua­tre vérités.

Mettez‐moi sur un piédestal, et je ne ferais que vous décevoir.” C’est ain­si que Court­ney Bar­nett se présentait à nous, déguisée en clown triste, dans l’accrocheur et désabusé “Pedes­tri­an At Best”, tiré de son pre­mier album. Sauf que la jeune Aus­trali­enne nous avait men­ti. Depuis, elle a beau être restée assez débraillée dans sa dégaine, elle n’a jamais démérité. En 2015, tout le monde s’emballait pour sa pop‐garage mélodique aux textes mor­dants, sa fraîcheur désarmante et ses sar­casmes jouis­sifs d’un pre­mier essai‐coup de maître, Some­times I Sit And Think, Some­times I Just Sit. Nommée aux Gram­mys et aux Brit Awards en 2016, elle était surnommée la “Bob Dylan au féminin”. Court­ney débarquait dans le paysage du rock indé comme une anom­alie attachante. Sur les pochettes, elle dessi­nait des gri­bouil­lis DIY. Dans ses paroles, elle racon­tait de manière touchante une enfance ennuyeuse dans la ban­lieue de Syd­ney. Mais aus­si des his­toires de clochard sui­cidaire, de gen­tri­fi­ca­tion, de manque de con­fi­ance et d’attaque de panique. La dextérité de son jeu de gui­tare en pick­ing, un style venu des Appalach­es au début du XXe siècle, typ­ique du blues et de la coun­try, ne gâchait rien à l’affaire. Sa frange qui lui mange le vis­age cache le même tal­ent, frontal, boulever­sant, ren­ver­sant qu’une Cat Pow­er. Puis vint la con­fir­ma­tion avec Lot­ta Sea Lice, enfanté avec l’un des héros du rock indé US actuel, Kurt Vile, sorte de croise­ment entre Bruce Spring­steen et Neil Young à l’ère Pitch­fork. Son tout nou­veau disque s’appelle Tell Me How You Real­ly Feel et on y découvre une fille tou­jours ironique et non­cha­lante, encore plus colérique et électrique. Son mantra ? Une cita­tion de Car­rie Fish­er reprise dans le morceau d’ouverture, “Hope­fu­less­ness”: “Take your bro­ken heart, make it into art.” (“Prends ton cœur brisé, fais‐en de l’art”) Elle avoue: “Je pense que cette colère a tou­jours été là. Il y a plein de raisons d’être en colère dans ce monde. Mais j’essayais de la mas­quer un peu par le passé. Ce n’est pas ‘l’album de la matu­rité’. Je n’ai jamais eu trop con­fi­ance en moi. J’ai eu le syn­drome de l’imposteur. Je me suis longtemps sen­tie triste, frustrée, vulnérable, pas à ma place. Et puis je me suis dit : ‘Qu’est-ce qui se passerait si je pre­nais un peu con­fi­ance en moi ?’ Le résultat est que j’ai l’air plus énervée.” (rires)

Ni mère, ni chienne

Les années supplémentaires n’ont pas entaché l’attitude punk, la gouaille et le doigté. Court­ney a certes trou­vé un refuge aux affres du monde : une mai­son tran­quille à Mel­bourne avec jardin et chat où elle vit avec sa copine, Jen Clo­her, elle aus­si musi­ci­enne et parte­naire de crime puisqu’elle l’aide à tenir son label, Milk! Records. Mais sur disque, les sonorités punk grunge aus­si urgentes que traversées d’une human­ité et d’une mélancolie intens­es s’accompagnent de textes tran­chants. Première vic­time? La mas­culi­n­ité tox­ique. Marchant sur les traces de Court­ney Love et des riot grrrls, elle éructe sur le véhément et irrésistible “I’m Not Your Moth­er, I’m Not Your Bitch”: “Je ne suis pas ta mère, je ne suis pas ta chi­enne.” Un hymne qui colle à l’ère du temps où les femmes n’hésitent pas à bal­ancer leurs porcs sur Twit­ter.

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