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7 mai 2015

Dada est mort, vive Barnt (n°78)

par rédaction Tsugi
IL AURAIT PU ÊTRE L’HOMME D’UN SEUL TRACK, LE STUPÉFIANT “GEFFEN” SORTI EN 2012,  MAIS SON PREMIER ALBUM PROUVE QUE DANIEL ANSORGE, ALIAS BARNT,  N’AVAIT PAS QU’UNE SEULE CARTOUCHE DANS LE CHARGEUR.

On en connai?t qui ne se sont jamais remis d’un gros hit. Cela aurait pu e?tre le cas de Daniel Ansorge alias Barnt. On vous le racontait cet e?te? dans notre hors-se?rie consacre? a? nos 100 maxis cultes. “Culte” le qualificatif convient tout a? fait au track “Geffen”. De?couvert aux Nuits Sonores 2012 quand le gotha des DJ’s pre?sents, de Villalobos a? Agoria, passait ce dro?le de son minimal au gimmick irre?sistible : une sorte de “pouet, pouet, pouet, pouet” qui monte et qui descend, bizarrement agence? mais don- nant quand me?me l’impression troublante d’entendre une me?lodie, enfin l’esquisse d’une me?lodie. Assure?ment de?bile, mais totalement addictif. Plus de deux ans plus tard, Barnt n’en revient toujours pas de l’impact de “Geffen” : “C?a m’a rendu heureux de voir que des DJ’s venus d’horizons diffe?rents jouent ce morceau. Il n’est compose? que d’une note avec une octave C’est peut-e?tre pour c?a qu’il a marche?, c’est tre?s facile de le mettre dans un mix.” Et il sait de quoi il parle. “Quand j’ai compose? ce track, personne ne me connaissait en tant que DJ, il y avait en Allemagne un revival deep house tre?s ennuyeux et c’e?tait plus facile pour moi de produire un morceau que d’aller acheter dans un magasin de disques des maxis qui me plaisaient.”

 
DE CHOPIN A? WESTBAM Un passionne? de deejaying au point d’avouer qu’il n’aurait pas produit de musique s’il n’avait pas e?te? DJ. Une re?ve?lation ne?e comme beaucoup sur les bancs de l’e?cole. Ne? en 1978 a? Kiel, ville principale du Schleswig- Holstein (cette orthographe a e?te? ve?rifie?e), Daniel suit tre?s jeune des cours de piano : “Tout de suite, j’ai adore? c?a malgre? la difficulte? du solfe?ge. J’avais une prof polonaise qui me faisait beaucoup travailler, elle m’a fait connai?tre Chopin et Bach. Sans vouloir e?tre pre?tentieux, ce sont des influences qui comptent toujours et je crois que c?a s’entend encore aujourd’hui dans mon travail, notamment dans les me?lodies.” A? 14 ans cependant, le jeune ado se de?tache un peu de son clavier. Tandis que ses camarades ne jurent que par le grunge alors a? son apoge?e, lui s’accoquine avec l’ovni du col- le?ge, une soucoupe violente, fan de techno et notamment du collectif de Detroit, Underground Resistance. Le colle?gien pousse son explora- tion jusqu’a? un magasin de disques de la ville ou? il de?couvre le cultis- sime DJ-mix X-Mix-2 – Destination Planet Dream de Laurent Garnier, qui jouera un ro?le essentiel dans sa future vocation. Il n’est quand me?me pas tombe? tout de suite dans la marmite du bon gou?t e?lectro, puisque sa pre- mie?re acquisition fut la scie happy hardcore “Celebration Generation” de Westbam. A? 16 ans, un passage au me?ga raout techno allemand Mayday finit de l’achever. Enfin, fac?on de parler, puisque vingt ans plus tard Barnt est heureusement face a? nous, via Skype interpose? pour parler de son premier album a? vocation cependant plus “domestique” que dancefloor.

 Magazine 13, comme la treizie?me sortie de son propre label, intronise encore un peu plus le producteur/DJ comme un homme a? part dans l’are?ne e?lectronique avec une e?trange musique e?lectronique dont les racines sont a? chercher plus dans des mouvements intellectuels que dans des cou- rants musicaux: “Je recherche toujours quelque chose de nouveau, et pour beaucoup de gens cela peut sembler e?trange. J’aime quand on me dit que je fais de la techno surre?aliste car le surre?alisme t’entrai?ne loin de la vie quoti- dienne, et c?a te donne un autre point de vue, me?me si cela n’a pas toujours de sens au premier coup d’œil, mais plus tard tu vois des choses que tu n’avais pas compris avant. Ma musique est comme c?a. Mais je peux dire aussi que c’est du dadai?sme.” Juste comparaison. Le dadai?sme ne cherche-t-il pas a? faire table rase des conventions de manie?re ludique? Barnt applique le me?me principe avec une musique mutine, voire extravagante jusque dans les titres de morceaux (“Wigget : So We Know That Hexog***”, “0221 51025Xx”, “All The Alts I’mm Holding Are Hurting”) que son auteur a dis- pose?s dans un ordre pre?cis, de manie?re a? composer un poe?me si on les lit d’une seule traite. Un mec bien barre? qui aime affirmer que “parfois c’est plus utile pour e?tre inspire? de lire un livre que d’e?couter de la techno moyenne”, et dont le champ d’action ne se limite pas a? la mixette et aux machines (il posse?de d’ailleurs une belle collection de synthe?s analogiques): “Je me de?finis comme un artiste car je suis aussi photographe, vide?aste, et je fais un peu de sculpture. Il y a un lien indirect entre toutes ces activite?s. Je pense a? des concepts que je peux de?cliner sur des formats diffe?rents.”

 LES LIVES, C’EST EMMERDANT Le souffle de liberte? qui traverse son album le rapproche aussi des inventeurs krautrock, Neu! ou Can. Des groupes cultes cherchant avant tout a? cre?er un e?tat d’esprit plus qu’un simple enchai?nement “couplet-refrain” et procurant la sensation toujours agre?able d’entendre quelque chose auquel on a du mal a? trouver des points de comparaison. Le seul regret que l’on peut avoir vis-a?-vis de Barnt est que l’on n’est pas encore pre?t de le voir jouer en live ses compositions : “J’avais commence? a? faire des lives en 2010, mais je m’emmerdais trop, je suis un DJ moi (on y revient toujours, ndlr). Un producteur derrie?re un ordinateur, il n’y a rien de plus ennuyeux. Si je devais jouer a? nouveau en live, j’aimerais e?tre sur sce?ne avec un vrai groupe, comme James Holden.” Une ambition que l’on a ha?te de voir se concre?tiser.

Patrice Bardot

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