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6 juin 2016

Dégustation à l’aveugle : Petit Biscuit passe l’épreuve du blindtest

par rédaction Tsugi

Comme chaque mois dans Tsugi magazine, un musicien passe au grill du blindtest. Dans notre numéro 92 sorti début mai, c’était au tour de Petit Biscuit. 

Seize ans à peine, et le Rouennais Petit Biscuit, Mehdi de son prénom, est le nouvel espoir de la scène électronique française. On a soumis le jeune homme à la torture du blindtest, à quelques semaines de son bac français. 

Fakear – « Neptune » 
Extrait de l’EP Sauvage 

Fakear bien sûr ! Beaucoup me comparent à lui. C’est quelqu’un que j’apprécie, j’ai eu l’occasion de lui parler. Ceci dit, je n’ai pas envie qu’on me compare à quelque chose qui existe déjà. Nous avons en commun des inspirations world, une caractéristique très forte dans nos musiques. Mais on a des touches différentes, j’ai des inspirations plus pop, Fakear est plutôt côté trip-hop et hip-hop il me semble. Moi je veux utiliser des BPM différents, varier au maximum. Mais bon, on est dans le même mouvement, cette électronique d’une nouvelle forme, alors c’est normal qu’on nous rapproche. J’essaye de créer quelque chose de nouveau, ceci dit mes premières inspirations c’est Flume ou Bonobo, je ne m’en cache pas. 

 

Rostropovitch
Prélude n°1 de Bach pour violoncelle

Merde, je l’ai joué un paquet de fois celui-là. Vers cinq ans, je me suis mis au violoncelle, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai insisté pour faire ça à tout prix, sûrement parce que ma mère m’a nourri au classique. Mes parents ne m’ont pas poussé à faire de la musique, ils se sont contentés de m’en faire écouter.

Un instrument aussi technique, aussi jeune, ce n’est pas si fun à apprendre, si ?

Je crois que personne n’aime le solfège, mais aujourd’hui encore ça me sert beaucoup. Le classique, c’était vraiment mon truc quand j’étais très jeune. Mais la musique, c’est une émotion pour moi, au-delà des genres, je ne veux pas complètement abandonner le classique, je veux mélanger du classique à l’électronique. J’ai même fait un morceau articulé autour du piano, « You ».

 

Daft Punk – « Too Long » 
Extrait de l’album Discovery

Aucune idée ! Ah, Daft Punk. Je suis conscient de la révolution apportée par Daft Punk, notamment dans l’utilisation des samples, mais je n’ai pas eu de « période Daft Punk ». D’ailleurs, je suis vraiment un enfant de SoundCloud, je n’ai jamais cherché à écouter les artistes les plus importants, les classiques, je me laisse guider par SoundCloud et je découvre des petits artistes. Mon premier vrai choc électronique, c’était le premier album de Flume, qui doit avoir trois ans. Il utilise des voix de natifs-Américains, c’est là que j’ai compris l’intérêt d’incorporer des éléments world dans la musique électronique. Avec Cashmere Cat, c’est l’un de ceux qui m’ont ouvert à cette idée.

Et depuis tu as cherché à te faire une culture french touch ?

Pas vraiment, des mecs d’aujourd’hui comme Darius s’en inspirent, mais moi je n’ai jamais fouillé. J’écoute ce qui se fait aujourd’hui, je regarde rarement en arrière.

 

The xx – « Angels » 
Extrait de l’album Coexist 

The xx. C’est un groupe que j’ai beaucoup écouté, plus que Jamie xx d’ailleurs. Je n’écoutais pas d’indie-rock avant ça, mais ils m’ont donné envie de mettre de la guitare dans mes morceaux et de leur apporter cette touche indé. J’écoute maintenant pas mal de rock, californien notamment, des groupes comme Day Wave.

Pour l’instant tu tritures les voix des autres. Chanter ça te tente ?

J’adore les voix, chanter ça me tente, hélas je n’ai pas la voix pour. (rires) Pour l’instant, j’enregistre des voix de potes et après je m’amuse avec. J’aime bien métamorphoser les voix. Mais quand j’ai enregistré la mienne, ça ne marchait pas.

 

Samira Saïd – « Hawa Hawa »
Extrait de l’album Ayza Aeesh 

(il peine)

C’est Samira Saïd, une artiste pop marocaine. Ton père est Marocain, il t’a fait découvrir cette culture ?

Il écoutait beaucoup de musique traditionnelle marocaine, et il m’en a fait beaucoup écouter. J’ai toujours été fasciné par les voix de la musique orientale, qui sont souvent assez agressives. Dans ma musique, j’avais envie de m’en inspirer un peu, tout en apportant un côté un peu plus doux.

Existe-t-il une jeune génération électronique marocaine à laquelle tu t’intéresses ?

Je crois, mais je ne cherche pas particulièrement à en savoir plus. C’est quelque chose qui vit en moi, sans que je creuse pour tout découvrir. 

 

Lady Gaga – « Mary Jane Holland » 
Extrait de l’album Artpop

On dirait Lady Gaga.

Tout à fait, un morceau produit par Madeon, qui a commencé très jeune comme toi.

C’est quelqu’un que j’ai observé, justement parce qu’il était jeune. Et son travail technique avec ses pads m’a vraiment fait kiffer. Après, en termes de production, c’est un univers électronique sympathique, mais qui ne me touche pas particulièrement. Ce qui est sûr, c’est que son parcours est admirable.

Tu as 16 ans, tu tournes déjà beaucoup. Comme tu jongles avec la vie normale ?

Je cherche constamment le bon équilibre. Là, je suis en vacances, donc ça me permet de faire de la promotion et de tourner. Je cale mes dates en fonction des vacances et des week-ends, je ne dors plus beaucoup, mais je dois être hyperactif alors ça me va. Je sors moins pour acheter des baskets avec les potes, mais ça me rend tellement heureux de faire des concerts. Au lycée, je suis de nature discrète. Maintenant c’est difficile, tout mon lycée est au courant. C’est assez étrange. Mes potes, heureusement, n’ont pas changé de comportement. Et puis je sais bien que ce n’est que le début, je n’ai encore rien bâti.

 

Korgbrain – « Scale It »
Extrait de l’EP Higher 

Ça vient de chez moi ça, Korgbrain ! On a papoté quelques fois, mais on se croise peu. Il est plus vieux, a une culture assez portée sur le club.

À Rouen c’est facile de jouer, s’exprimer ?

Il n’y a pas grand-chose à part le 106, où je joue bientôt. Je connais quelques mecs qui font de la musique dans le coin, mais ils sont plutôt branchés house et techno. Et puis à Rouen, on manque de petites salles pour jouer.

 

Bjarki – « I Wanna Go Bang »  
Extrait de l’EP Arthur And Intergalactic Whales 

Ça ne me dit rien.

C’est Bjarki, un producteur techno islandais. Ta musique est assez délicate, tu écoutes des trucs plus rentre-dedans ?

Carrément, j’adore la trap, c’est quelque chose que je commence même à essayer d’intégrer à ma musique, pour être moins future beat. J’adore Stööki Sound par exemple, un duo de Londres. J’écoute parfois un peu de techno aussi, mais je n’aime pas trop le 4/4 club, j’ai besoin que ça ne soit pas trop linéaire.

Tu as 16 ans, tu n’as pas le droit d’aller en club ou d’y jouer. Tu y as déjà mis les pieds ?

Je n’ai jamais joué en club, pas en tant que Petit Biscuit en tout cas. Je n’ai pas un avis négatif sur les clubs, mais ça n’est pas là où je veux évoluer.

 

Flying Lotus – « Do The Astral Plane »
Extrait de l’album Cosmogramma 

On dirait du Kaytranada.

C’est Flying Lotus. Est-ce que tu te considères comme un beatmaker, comme beaucoup de producteurs de ta scène qui viennent du hip-hop ?

C’est un mot que j’aime bien, parce que j’aime bien la culture hip-hop. Flying Lotus est un des premiers que j’ai découverts d’ailleurs, il m’a tout de suite inspiré.

Certains de tes modèles comme Cashmere Cat produisent pour des pop stars comme Ariana Grande. Si tu pouvais produire pour quelqu’un, un rappeur ou un chanteur, qui cela serait-il ?

Je n’y ai jamais vraiment réfléchi, ma musique m’appartient, elle définit mes sentiments, j’ai du mal à l’imaginer au service d’un autre. Ceci dit il y a beaucoup de rappeurs que j’adore, notamment quand ils sortent du côté un peu dur du rap. Pourquoi pas Chance The Rapper, alors ? 

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