Dégustation à l’aveugle : Petit Biscuit passe l’épreuve du blindtest

Comme chaque mois dans Tsu­gi mag­a­zine, un musi­cien passe au grill du blind­test. Dans notre numéro 92 sor­ti début mai, c’é­tait au tour de Petit Bis­cuit. 

Seize ans à peine, et le Rouen­nais Petit Bis­cuit, Meh­di de son prénom, est le nou­v­el espoir de la scène élec­tron­ique française. On a soumis le jeune homme à la tor­ture du blind­test, à quelques semaines de son bac français. 

Fakear — “Nep­tune” 
Extrait de l’EP Sauvage 

Fakear bien sûr ! Beau­coup me com­par­ent à lui. C’est quelqu’un que j’apprécie, j’ai eu l’occasion de lui par­ler. Ceci dit, je n’ai pas envie qu’on me com­pare à quelque chose qui existe déjà. Nous avons en com­mun des inspi­ra­tions world, une car­ac­téris­tique très forte dans nos musiques. Mais on a des touch­es dif­férentes, j’ai des inspi­ra­tions plus pop, Fakear est plutôt côté trip-hop et hip-hop il me sem­ble. Moi je veux utilis­er des BPM dif­férents, vari­er au max­i­mum. Mais bon, on est dans le même mou­ve­ment, cette élec­tron­ique d’une nou­velle forme, alors c’est nor­mal qu’on nous rap­proche. J’essaye de créer quelque chose de nou­veau, ceci dit mes pre­mières inspi­ra­tions c’est Flume ou Bonobo, je ne m’en cache pas. 

 

Ros­tropovitch
Prélude n°1 de Bach pour vio­lon­celle

Merde, je l’ai joué un paquet de fois celui-là. Vers cinq ans, je me suis mis au vio­lon­celle, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai insisté pour faire ça à tout prix, sûre­ment parce que ma mère m’a nour­ri au clas­sique. Mes par­ents ne m’ont pas poussé à faire de la musique, ils se sont con­tentés de m’en faire écouter.

Un instru­ment aus­si tech­nique, aus­si jeune, ce n’est pas si fun à appren­dre, si ?

Je crois que per­son­ne n’aime le solfège, mais aujourd’hui encore ça me sert beau­coup. Le clas­sique, c’était vrai­ment mon truc quand j’étais très jeune. Mais la musique, c’est une émo­tion pour moi, au-delà des gen­res, je ne veux pas com­plète­ment aban­don­ner le clas­sique, je veux mélanger du clas­sique à l’électronique. J’ai même fait un morceau artic­ulé autour du piano, “You”.

 

Daft Punk — “Too Long” 
Extrait de l’al­bum Dis­cov­ery

Aucune idée ! Ah, Daft Punk. Je suis con­scient de la révo­lu­tion apportée par Daft Punk, notam­ment dans l’utilisation des sam­ples, mais je n’ai pas eu de “péri­ode Daft Punk”. D’ailleurs, je suis vrai­ment un enfant de Sound­Cloud, je n’ai jamais cher­ché à écouter les artistes les plus impor­tants, les clas­siques, je me laisse guider par Sound­Cloud et je décou­vre des petits artistes. Mon pre­mier vrai choc élec­tron­ique, c’était le pre­mier album de Flume, qui doit avoir trois ans. Il utilise des voix de natifs-Américains, c’est là que j’ai com­pris l’intérêt d’incorporer des élé­ments world dans la musique élec­tron­ique. Avec Cash­mere Cat, c’est l’un de ceux qui m’ont ouvert à cette idée.

Et depuis tu as cher­ché à te faire une cul­ture french touch ?

Pas vrai­ment, des mecs d’aujourd’hui comme Dar­ius s’en inspirent, mais moi je n’ai jamais fouil­lé. J’écoute ce qui se fait aujourd’hui, je regarde rarement en arrière.

 

The xx — “Angels” 
Extrait de l’al­bum Coex­ist 

The xx. C’est un groupe que j’ai beau­coup écouté, plus que Jamie xx d’ailleurs. Je n’écoutais pas d’indie-rock avant ça, mais ils m’ont don­né envie de met­tre de la gui­tare dans mes morceaux et de leur apporter cette touche indé. J’écoute main­tenant pas mal de rock, cal­i­fornien notam­ment, des groupes comme Day Wave.

Pour l’instant tu tri­t­ures les voix des autres. Chanter ça te tente ?

J’adore les voix, chanter ça me tente, hélas je n’ai pas la voix pour. (rires) Pour l’instant, j’enregistre des voix de potes et après je m’amuse avec. J’aime bien méta­mor­phoser les voix. Mais quand j’ai enreg­istré la mienne, ça ne mar­chait pas.

 

Sami­ra Saïd — “Hawa Hawa“
Extrait de l’al­bum Ayza Aeesh 

(il peine)

C’est Sami­ra Saïd, une artiste pop maro­caine. Ton père est Maro­cain, il t’a fait décou­vrir cette cul­ture ?

Il écoutait beau­coup de musique tra­di­tion­nelle maro­caine, et il m’en a fait beau­coup écouter. J’ai tou­jours été fasciné par les voix de la musique ori­en­tale, qui sont sou­vent assez agres­sives. Dans ma musique, j’avais envie de m’en inspir­er un peu, tout en appor­tant un côté un peu plus doux.

Existe-t-il une jeune généra­tion élec­tron­ique maro­caine à laque­lle tu t’intéresses ?

Je crois, mais je ne cherche pas par­ti­c­ulière­ment à en savoir plus. C’est quelque chose qui vit en moi, sans que je creuse pour tout décou­vrir. 

 

Lady Gaga — “Mary Jane Hol­land” 
Extrait de l’al­bum Art­pop

On dirait Lady Gaga.

Tout à fait, un morceau pro­duit par Madeon, qui a com­mencé très jeune comme toi.

C’est quelqu’un que j’ai observé, juste­ment parce qu’il était jeune. Et son tra­vail tech­nique avec ses pads m’a vrai­ment fait kif­fer. Après, en ter­mes de pro­duc­tion, c’est un univers élec­tron­ique sym­pa­thique, mais qui ne me touche pas par­ti­c­ulière­ment. Ce qui est sûr, c’est que son par­cours est admirable.

Tu as 16 ans, tu tournes déjà beau­coup. Comme tu jon­gles avec la vie nor­male ?

Je cherche con­stam­ment le bon équili­bre. Là, je suis en vacances, donc ça me per­met de faire de la pro­mo­tion et de tourn­er. Je cale mes dates en fonc­tion des vacances et des week-ends, je ne dors plus beau­coup, mais je dois être hyper­ac­t­if alors ça me va. Je sors moins pour acheter des bas­kets avec les potes, mais ça me rend telle­ment heureux de faire des con­certs. Au lycée, je suis de nature dis­crète. Main­tenant c’est dif­fi­cile, tout mon lycée est au courant. C’est assez étrange. Mes potes, heureuse­ment, n’ont pas changé de com­porte­ment. Et puis je sais bien que ce n’est que le début, je n’ai encore rien bâti.

 

Korg­brain — “Scale It“
Extrait de l’EP High­er 

Ça vient de chez moi ça, Korg­brain ! On a papoté quelques fois, mais on se croise peu. Il est plus vieux, a une cul­ture assez portée sur le club.

À Rouen c’est facile de jouer, s’exprimer ?

Il n’y a pas grand-chose à part le 106, où je joue bien­tôt. Je con­nais quelques mecs qui font de la musique dans le coin, mais ils sont plutôt branchés house et tech­no. Et puis à Rouen, on manque de petites salles pour jouer.

 

Bjar­ki — “I Wan­na Go Bang”  
Extrait de l’EP Arthur And Inter­galac­tic Whales 

Ça ne me dit rien.

C’est Bjar­ki, un pro­duc­teur tech­no islandais. Ta musique est assez déli­cate, tu écoutes des trucs plus rentre-dedans ?

Car­ré­ment, j’adore la trap, c’est quelque chose que je com­mence même à essay­er d’intégrer à ma musique, pour être moins future beat. J’adore Stöö­ki Sound par exem­ple, un duo de Lon­dres. J’écoute par­fois un peu de tech­no aus­si, mais je n’aime pas trop le 4/4 club, j’ai besoin que ça ne soit pas trop linéaire.

Tu as 16 ans, tu n’as pas le droit d’aller en club ou d’y jouer. Tu y as déjà mis les pieds ?

Je n’ai jamais joué en club, pas en tant que Petit Bis­cuit en tout cas. Je n’ai pas un avis négatif sur les clubs, mais ça n’est pas là où je veux évoluer.

 

Fly­ing Lotus — “Do The Astral Plane“
Extrait de l’album Cos­mo­gram­ma 

On dirait du Kay­trana­da.

C’est Fly­ing Lotus. Est-ce que tu te con­sid­ères comme un beat­mak­er, comme beau­coup de pro­duc­teurs de ta scène qui vien­nent du hip-hop ?

C’est un mot que j’aime bien, parce que j’aime bien la cul­ture hip-hop. Fly­ing Lotus est un des pre­miers que j’ai décou­verts d’ailleurs, il m’a tout de suite inspiré.

Cer­tains de tes mod­èles comme Cash­mere Cat pro­duisent pour des pop stars comme Ari­ana Grande. Si tu pou­vais pro­duire pour quelqu’un, un rappeur ou un chanteur, qui cela serait-il ?

Je n’y ai jamais vrai­ment réfléchi, ma musique m’appartient, elle définit mes sen­ti­ments, j’ai du mal à l’imaginer au ser­vice d’un autre. Ceci dit il y a beau­coup de rappeurs que j’adore, notam­ment quand ils sor­tent du côté un peu dur du rap. Pourquoi pas Chance The Rap­per, alors ? 

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