photo: tomdoms.com

DGTL : From Amsterdam with Love

par Tsugi

DVS1, Lau­rent Gar­nier, Maceo Plex ou Stephan Bodzin… Le DGTL a aligné de beaux noms le week-end dernier, enchan­tant tout aus­si bien les fans de house que de tech­no, au milieu du port indus­triel d’Amsterdam. Réc­it d’un fes­ti­val réus­si. 

DGTL DAY 1 :

En ce same­di et dernier jour du mois de mars, on arrive tard dans l’après-midi à l’aéroport de Schiphol, une pluie amstel­lodamoi­se bat­tante est déjà là pour nous souhaiter la bien­v­enue en Hol­lande. Le temps nous est comp­té, sans plus tarder on se dirige vers le shut­tle du DGTL, direc­tion les docks de NDSM, un quarti­er recon­nu pour son côté indus­triel, entre grues, pénich­es et con­tain­ers. Dans la navette, sur­prise, on tombe nez à nez avec Zak Khutoret­sky, alias l’Américain DVS1. Prêt à démar­rer son bolide, notre chauf­feur nous demande si l’on souhaite écouter de la tech­no durant notre tra­jet, “non, jamais !”, s’exclama Zak, “de la house alors peut être ?” , “non plus !” renchérit le DJ Améri­cain, “tout ce que tu veux mais pas de la musique élec­tron­ique, c’est mon boulot, c’est ma vie, j’en écoute en per­ma­nence, alors pen­dant les tra­jets j’ai besoin d’une pause, mets tout ce que tu veux, jazz, rap, hip-hop, pop, mais pas de dance music (rires)”. Il a l’air fatigué. Il faut dire qu’il enchaîne 7 gigs en 5 jours : “c’est vrai­ment intense cette semaine, jeu­di je jouais au Por­tu­gal, hier c’était Lyon (ndlr : au fes­ti­val Reperku­sound) , aujourd’hui je fais mon set au DGTL et je pars direct en Alle­magne après, pour jouer à Cologne, demain je serai à Lon­dres avec Ben Klock pour son événe­ment Klock­works au Print­works, puis on joue dans un after au Vil­lage Under­ground , et enfin lun­di retour à Berlin et je ter­mine en beauté avec le Berghain, le bou­quet final ! J’aime bien faire ça 1 à 2 fois par an, enchaîn­er les dates à un rythme effréné. C’est physique, mais au moins après je peux avoir des péri­odes de repos relatif où je tourne un peu moins, même si la semaine prochaine je fais une mini-tournée en Asie (rires).” Sacré DJ life ! DVS1 fera quelques temps plus tard une entrée fra­cas­sante sur la scène Gen­er­a­tor. Le DJ Améri­cain ne fait pas dans la den­telle, à coup de tech­no froide, bru­tale mais surtout men­tale, matraquant les jambes et les tym­pa­ns des fes­ti­va­liers du DGTL, sans répit.

S’en est presque trop pour nos oreilles, préférant un peu plus de douceur audi­tive : on se dirige alors vers la scène AMP pour assis­ter à la fin du live de Recon­dite. Avec ses mélodies hyp­no­tiques, Lorenz Brun­ner nous plonge dans son univers, plein de spleen et de poésie, ou ses pro­duc­tions nav­iguent entre clapo­tis élec­tron­iques envi­ron­nemen­taux et sons min­i­mal­istes aigu­isés. On adore, mais à peine le temps de savour­er que le live de l’Allemand est déjà fini !

Vient ensuite Mod­e­se­lek­tor, com­posé de Ger­not Bron­sert et Sebas­t­ian Szary. Le duo Alle­mand ne tarde pas à met­tre le feu à la scène, embras­ant le dance­floor du DGTL. Un set incan­des­cent, plein d’énergie, durant lequel on ver­ra l’incorrigible Seb Szary mon­ter sur la table, haranguant son pub­lic, aspergeant la foule avec ses bouteilles d’eau, comme si les fes­ti­va­liers n’étaient déjà pas assez trem­pés par le ciel et les nuages amstel­lodamois, le tout sur le “Max­i­maal” de Secret Cin­e­ma & Egbert, sor­ti sur Drum­code il y a deux ans.

Il est déjà 21 heures passées, on va alors faire un tour sur la scène Mod­u­lar afin d’assister au set de Tale Of Us. Mais le duo Ital­ien nous déçoit un peu, on espérait beau­coup plus de la part des patrons du label After­life, qui nous ser­vent une tech­no mélodique assez molle. Le con­traste avec la folie du set précè­dent de Mod­e­se­lek­tor est frap­pant.

Enfin, qui d’autre que le génial Stephan Bodzin pour nous per­me­t­tre d’achever de la meilleure des manières notre pre­mière soirée dans ce DGTL édi­tion 2018. Jonglant entre les morceaux de son dernier album Pow­ers Of Ten, alter­nant avec des clas­siques comme “Ker­beros”, et d’autres unre­leased issus de son prochain opus, l’artiste Alle­mand et ses machines faites mai­son nous trans­portent dans un monde onirique, au gré de ses mélodies tech­no mélan­col­iques. Un live d’une telle pro­fondeur, où l’on ressent toute la pas­sion et la con­vic­tion du pro­duc­teur pour sa musique. La meilleure per­for­mance du pre­mier round de ce DGTL, pour nous, assuré­ment.

Il est désor­mais 23 heures passées, Bodzin tire sa révérence au pub­lic, cha­peau bas, et s’efface de l’estrade de la scène AMP sous un ton­nerre d’applaudissements, son­nant le glas de cette pre­mière journée du DGTL.

DGTL DAY 2 :

En ce dimanche 1er Avril, pas le temps de bla­guer, sous les coups de 14 heures on est déjà sur place. On ne voulait pas man­quer le Romare full live band sur la scène Mod­u­lar. Et pour cause, la musique de Romare s’avère être un alliage com­plexe de sonorités influ­encées par la cul­ture afro-américaine, le blues, la tech­no et le jazz. Son Full Live Band est un ovni musi­cal enivrant qui plonge dans une tra­ver­sée onirique, bercées par les per­cus­sions ryth­mées et des nappes mirobolantes, un mélange electro-house trip­pant, groovy et hap­py !

Leur superbe presta­tion achevée, on file faire une pause dehors pour se restau­r­er. Bon, étant don­né que le DGTL est un fes­ti­val qui pro­pose une nour­ri­t­ure 100% veg­an et qu’on est de vrais “meat lovers”, on ne va pas vous men­tir, on n’a pas trou­vé notre bon­heur sur ce point-là. Du coup on a expéri­men­té une monodiète d’un régime de bananes, au moins on a large­ment rem­pli le quo­ta des 5 fruits par jour et on se dit que c’est déjà ça. Mais trêve de plaisan­ter­ies, on retourne sur le dance­floor de la Mod­u­lar, Tom Tra­go ter­mine son set sur le morceau très dansant “Stand On The World” de The Jou­bert Stingers remixé par Lar­ry Lev­an, avant de laiss­er sa place à Lau­rent Gar­nier. Par où com­mencer ? On pour­rait par­ler longtemps de l’histoire racon­tée par Gar­nier au cours de son set, quand bien même fut-il court (un peu plus de deux heures, c’est-à-dire le min­i­mum syn­di­cal pour lui), qui nous a tenu en haleine tout le long de sa presta­tion. Dès son intro, avec l’unreleased “The Leonodis Strings” de Hiroshi Watan­abe, très instru­men­tale, le DJ Français nous plonge dans une sorte de court-métrage épique. Son set prend ensuite des sonorités plus tech­no, bien plus men­tales, qui attein­dront son parox­ysme sur “Thread” de James Welsh revu par Radio Slave, un bijou de remix signé par le patron de Rekids. Alter­nant pas­sages tech­no et house, il redescen­dra ensuite vers des sonorités plus douces, tein­tées de mélodies, à l’image d’”Odysseus” d’Oniris, un superbe morceau sor­tant bien­tôt sur Astrop­o­lis Records. Et même, par­fois groovy, comme sur ce magis­tral édit d’”I Feel Love” de Don­na Sum­mer et Gior­gio Moroder, un morceau mythique, mag­ique, qui nous a sus­pendu dans l’espace et a arrêté le cours du temps à Ams­ter­dam l’espace de quelques instants. “I Feel Love”, voilà un titre qui pour­rait être l’hymne du DGTL, tant l’on ressent de fer­veur, de pas­sion, d’amour pour la musique, aus­si bien dans la foule qu’auprès du crew du fes­ti­val.

Finis­sant sur “The Road” de Kölsch, Lau­rent Gar­nier parachève un superbe set et passe le relai à Maceo Plex sur un vieux morceau de 1993, “Grav­i­ta­tion­al Arch Of 10” de Vapour­space. Si le DJ d’origine Cubaine pour­suit d’abord en douceur, il révélera petit à petit le côté plus dark de son alias Maetrik. Mais le patron du label Ellum reste tou­jours néan­moins dans son thème mélodique de prédilec­tion, en témoignent pas mal de morceaux unre­leased dis­til­lés tout le long de son set, à l’image de son édit du “Blade Run­ner (Repli­cant Mix)” de Remake ou encore son remix de “The Con­dos” d’Iron Cur­tain qui fer­ont chavir­er nos oreilles de bon­heur. Enfin, comme un sym­bole, Maceo Plex ter­min­era en apothéose sur “Echo Drop” de Taiko et son vocal “keep the love”. Keep the love, voilà un beau mes­sage que l’on pour­rait adress­er au DGTL pour les années et les édi­tions à venir, que ce soit à Ams­ter­dam, Barcelone, San­ti­a­go ou Sao Paulo.

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