DJ‐sets de légendes et conférences : BUDX réussit sa première édition française

Pour la pre­mière fois en France, la plate­forme cul­turelle de la mar­que Bud­weis­er, BUDX, s’est don­né pour mis­sion de célébr­er et faire réson­ner les his­toires d’artistes et de mou­ve­ments issus de la cul­ture urbaine. Retour sur ces trois soirées placées sous le signe de la tech­no, de la house et du hip hop.

Hon­nête­ment, je n’y croy­ais pas. Kevin Saun­der­son et Richie Hawtin en live gra­tu­it dans une petite salle à Mon­treuil ?! Impos­si­ble !”. C’est ce qu’on a pu enten­dre à plusieurs repris­es lors dela soirée d’ouverture, con­sacrée aux légen­des de la tech­no. Impos­si­ble, mais pour­tant bien vrai !

Con­férence “Les soirées club LGBTQ+ célèbrent la lib­erté d’expression”

Lorsque l’on débar­que à la Mar­brerie, on est en effet impres­sion­né par l’aspect intimiste du lieu, dans lequel règne une ambiance assez arti­sanale et con­viviale. Dès 17h, on s’assoit dans des canapés typés rus­tiques pour écouter une série de con­férence : sur l’émergence de la scène rave DIY, d’abord, sur la vis­i­bil­ité des com­mu­nautés LGBTQI+ ensuite, pour finir avec une inter­view de Kevin Saun­der­son en per­son­ne, pio­nnier de la tech­no de Detroit.
A peine le temps de pass­er au coin restau en sor­tant, que les DJs de D.KO Records lâchent le kick. Comme prévu, il s’agit bien de tech­no pour ce pre­mier soir, mais celle‐ci est assez rock, en fait, new wave et acid. La salle est défini­tive­ment chauf­fée lorsque Sama prend la relève, et envoie, quant à elle, un son plus abrupt, avec une ten­dance noise et indus à faire vibr­er les entrailles du pub­lic. Ton­nerre d’applaudissement, lorsque Kevin Saun­der­son s’avance ensuite der­rière les machines. Il s’installe alors avec aisance dans la con­ti­nu­ité de la musique de Sama, avant de l’épurer de tout aspect bruitiste et la trans­former en quelque chose d’encore plus punchy : une tech­no qui s’élance à corps per­du sur les temps forts, tout en dévelop­pant avec les contre‐temps un groove à la fois puis­sant et cal­i­bré. Si la soirée atteint alors un pic de sen­su­al­ité et de chaleur humaine, c’est sans compter le bou­quet final avec Richie Hawtin. Le pro­duc­teur cana­di­en de légende refroid­it immé­di­ate­ment le set pour nous plonger dans son univers si par­ti­c­uli­er, dénudé et min­i­mal. Très peu d’accords — deux au sur­plus — mais beau­coup de sons bruts, de grooves acerbes et de drops plus qu’efficaces, alors que le dance­floor se change en une masse humaine exta­tique et robo­t­ique.

 

Le lende­main, nou­velle descente par l’escalier exigu de la Mar­brerie. Au pro­gramme : des con­férences sur le lien entre la mode et les contre‐cultures artis­tiques et musi­cales, l’évolution du vogu­ing et l’histoire du label Ed Banger. Les flashs crépi­tent tan­dis que Kid­dy Smile et Moth­er Steffie s’installent face à une foule adules­cente éparpil­lée dans une mer de coussins. Au détour de quelques plaisan­ter­ies, l’un et l’autre dépeignent la scène ball­room comme un univers de com­péti­tion et d’amusement qui per­met à des gens de se chercher, de s’exprimer et de faire face à la vio­lence. La parole est ensuite don­née à Busy P et Myd. Le mem­bre de Club Cheval nous racon­te com­ment les sons acous­tiques ont peu à peu rem­placé les sam­ples dans ses pro­duc­tions, tan­dis que Pedro Win­ter explique l’importance de s’ouvrir à de nou­velles audi­ences, sans pour autant se con­former aux ten­dances. Applaud­isse­ments.
Sur les coups de 20 heures, les spec­ta­teurs se dépor­tent vers la salle prin­ci­pale où réson­nent des beats puis­sants et fédéra­teurs. Bien vite, le peak‐time est atteint avec l’arrivée de Kid­dy Smile aux platines. Le pro­duc­teur parachève sa con­quête du pub­lic grâce à une défer­lante de house élec­trique aux effets immé­di­ats. Les regards hyp­no­tisés se lèvent vers la scène où se déhanchent des danseurs en tenue léopard, sous un bal­let de lumières lasers. À peine le temps de repren­dre son souf­fle que reten­tis­sent des cordes stri­dentes. Il s’agit d’un inédit de Sebas­t­iAn, par­fait pour intro­duire le B2B de Ed Banger entre Myd et Busy P. Pen­dant près de deux heures, la french touch bat son plein, entre du bon vieux Oizo, du Myd tout neuf et un détour anglais par les Chem­i­cal Broth­ers. Aux alen­tours de minu­it, le ton change avec la tech­no de Mad­ben, puis celle plus noire de Maceo Plex. On quitte le dance­floor devenu brûlant pour décou­vrir les ani­ma­tions dis­séminées dans la soirée, comme un stand de t‐shirts séri­graphiés et un pho­to­call.

Kid­dy Smile

Ven­dre­di, place au hip‐hop. Au pro­gramme, des talks qui retra­cent l’histoire du genre, ain­si que sa récente explo­sion. A cette occa­sion, dif­férents acteurs sont con­viés : les rappeurs Dinos ou Myth Syz­er ouvrent le bal en témoignant de l’influence actuelle du rap sur les autres domaines artis­tiques. Après, place aux hommes qui sont der­rière la caméra : Fifou, Ous­mane Ly ou encore Kim Chap­iron s’interrogent sur “la con­nex­ion essen­tielle entre la musique et les arts visuels”. Les bud­gets dédiés aux clips ont large­ment aug­men­té en seule­ment quelques années — on pense au dernier clip de PNL, “Au DD”, dont le coût s’élevait à plus de 200.000 €. Une course au clic et à faire le plus de vus ? La ques­tion restent ouverte. Pour clô­tur­er les talks de 2019 sur une note plus légère, Salif Lasource et OhPlai se prê­tent au jeu, car tous deux doivent tout juste­ment leur notoriété au phénomène du “buzz”. Tan­dis que l’un s’est retrou­vé dans l’émission améri­caine de Ellen DeGeneres après une sim­ple vidéo de danse, le sec­ond con­fie ne plus pou­voir tra­vers­er Châtelet sans être recon­nu, depuis la célébrité éclaire de ses snaps. Une con­ver­sa­tion qui se ter­mine dans les rires, avant que Salif Lasource ne nous offre une per­for­mance impro­visée.

Kim Chap­iron, sur “la con­nex­ion essen­tielle entre la musique et les arts visuels”

Du côté des con­certs, Sônge est la pre­mière à mon­ter sur scène. La jeune musi­ci­enne sait rassem­bler et chauf­fer un pub­lic encore timide. Et quand Lay­low arrive, la foule prend défini­tive­ment forme, celle d’une véri­ta­ble marée humaine. Seuls les plus braves peu­vent alors accéder aux devants de la scène, car il faut pour cela affron­ter les quelques dizaines de pogos qui se sont ensuiv­is sans répit. Dinos a lui peiné à rassem­bler la même énergie. Un pub­lic déjà érein­té, à 22 heures ? Loin de là. Dès l’arrivée d’Hamza, c’est un con­cer­to de pogos et de mains lev­ées qui reprend, sans aucune trace de fatigue. Et cela mal­gré les 50°C de la salle ! La soirée s’est ter­minée sur un DJ‐set tran­quille de Myth Syz­er. Un peu plus de place sur le dance­floor et la voix de Lolo Zouaï ont suf­fi à radoucir les moeurs.

Pour sa pre­mière édi­tion française, BUDX livre une pro­gram­ma­tion éclec­tique, et réu­nit les ten­dances majeures de la tech­no, de la house et du hip‐hop actuels. Le tout placé sous le signe du débat et de la con­ver­sa­tion, pour réfléchir aux scènes de demain, en entrée libre. Une réus­site.

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