Crédit : Jakob Khrist

Tsugi 122, avec Spiral Tribe en Une et un CD mixé par Julien Jabre en cadeau, en kiosque le 8 mai !

Comme un sym­bole de la per­ti­nence intem­porelle des Spi­ral Tribe. Qui a été la per­son­ne au sein de notre rédac­tion la plus motivée pour plac­er à la une la “tribu” tech­no bri­tan­nique ? Notre tal­entueuse ben­jamine, Clé­mence Meu­nier, 25 ans. Elle a d’ailleurs eu gain de cause, puisqu’elle nous racon­te avec brio dans ces pages la saga extra­or­di­naire des Spi qui s’étend sur près de 30 ans d’activisme, large­ment aus­si poli­tique que musi­cal : des raves pio­nnières anglais­es jusqu’au pre­mier tekni­val sur notre sol. Loin de s’être rangés des car­a­vanes, ces vétérans, éter­nels smi­cards et fiers de l’être, ont con­servé la même fougue pour défendre les idéaux d’une scène dont ils ont vécu de l’intérieur l’inexorable dérive mer­can­tile, mais sans que leur dis­cours ne suinte aujourd’hui d’un rance “c’était mieux avant.” Quant à Shaun Ryder, lui non plus ne laisse transparaître nulle frus­tra­tion aigrie, même si nous n’aurions jamais pu reprocher à l’immense chanteur‐poète des Hap­py Mon­days d’éprouver ne serait‐ce qu’un soupçon de nos­tal­gie à l’évocation du Mad­ch­ester de la fin des années 80, dont il fut l’une des fig­ures de proue. Son inter­view sans fil­tre, où il racon­te aus­si bien ses jeunes années de “lad” délin­quant, son fructueux traf­ic d’ecstasy à l’époque glo­rieuse des Mon­days que sa pas­sion actuelle pour les ovnis, se place déjà au som­met des ren­con­tres pub­liées dans ce mag­a­zine. Hal­lelu­jah, hal­lelu­jah !

Vous trou­verez égale­ment dans ce numéro Spi­ral Tribe un voy­age tem­porel retraçant les sons qui ont mar­qué la free, un retour sur les nuits mon­tréalais­es de la pleine lune ani­mées par les soirées Moon­shine de Pierre Kwen­ders, des inter­views révoltées avec Amon Tobin, ou Loyle Carn­er  avant de se plonger en fin de mag’ dans les années 80 qui voient naître l’EBM, Julien Jabre se racon­tant en images, une ren­con­tre avec S3A, ou la pianiste clas­sique Vanes­sa Wag­n­er jouant au blind­test. Et puis bien sûr de nom­breuses chroniques, reportages de con­certs, des tests de matériel, des bons plans pour sor­tir… En kiosque (ou sur notre bou­tique en ligne) ce mer­cre­di 8 mai, avec, en cadeau, un CD mixé par l’excellent pro­duc­teur et DJ tech­no Julien Fab­re ! En atten­dant, vu qu’on est sym­pa, voici le début de notre épopée avec Spi­ral Tribe par Clé­mence Meu­nier :

Catal­y­seur du mou­ve­ment free au Royaume‐Uni puis en Europe au tout début des années 90, Spi­ral Tribe a vécu une his­toire qui se con­fond avec celle, trou­blée, des free par­ties. Trente ans après ses débuts lon­doniens, le col­lec­tif bat tou­jours le pavé de l’underground, désor­mais réin­car­né en SP23. L’histoire d’une famille d’artistes qui a tou­jours refusé de se soumet­tre à l’ordre établi.

Au com­mence­ment était l’acid-house : “d’incroyables et mas­sives bass­es qui te frap­paient dans le plexus, jusqu’au fond de toi”, se sou­vient Mark. Nous sommes en Angleterre, au tout début des années 90, Deb­bie, Simone, Mark et son frère Zan­der sont squat­teurs à Lon­dres. Le prix au mètre car­ré ambe déjà dans la cap­i­tale, et une som­bre affaire de cor­rup­tion immo­bil­ière et poli­tique expro­prie les pau­vres de plusieurs quartiers pour que les nou­veaux occu­pants soient de rich­es électeurs con­ser­va­teurs – lais­sant dans l’entre-deux de nom­breux loge­ments vides. Ils s’installent à West­bourne Park, dans l’ouest de Lon­dres, qui ne manque pas d’appartements aban­don­nés. La cul­ture sound‐system existe dans le coin, mais con­cerne plutôt les com­mu­nautés jamaï­caines, avec leur reg­gae, leur dub et leurs she­beens, ces bars clan­des­tins où pico­lent les gens des quartiers, for­cé­ment pop­u­laires. Des sortes de poches de lib­erté petit à petit fer­mées par les autorités, Mar­garet Thatch­er, alors au pou­voir avec ses gants de fer, n’étant pas très fan de tout ce qui ne marche pas droit. Et ce que les Anglais rangés ne voient pas, c’est que tous les ingré­di­ents sont réu­nis pour une explo­sion. Le déto­na­teur acid‐house va faire sauter la poudre à canon autori­taire. Une étin­celle en forme d’ecstasy et ça y est : quelques irré­ductibles ten­tent l’attentat sonore.

Des she­beens à la free

À l’époque, Mark, pas­sion­né de graphisme, tra­vaille pour une imprimerie. Il tombe sur une image d’ammonite, ce coquil­lage en spi­rale, et s’amuse à la pho­to­copi­er et la tri­t­ur­er avec une Canon Laser, une machine alors à la pointe de la tech­nolo­gie. “Je ne réfléchis­sais pas encore à un con­cept de free par­ty. Mais les mots en eux‐mêmes et l’image de la spi­rale sug­géraient déjà ça. Quand j’ai souf­flé ‘Spi­ral Tribe’ à mes amis, ils ont instan­ta­né­ment com­pris l’idée, parce qu’il y a de la poésie dans ces mots, un sym­bol­isme sous‐entendant que nous sommes tous con­nec­tés. Ça col­lait par­faite­ment à notre mode de vie.” À West­bourne Park, la tribu installe des stu­dios d’artistes, com­mence à fédér­er une com­mu­nauté libre. “On ne voulait pas être enfer­més, et on créait notre pro­pre société. On s’est retrou­vés entre artistes, musi­ciens, DJs, rappeurs… Des gens qui avaient cette capac­ité d’imaginer des choses en dehors du réc­it très strict dans lequel nous avons tous été élevés, au milieu de cette archi­tec­ture de béton qui évidem­ment ne rendait per­son­ne heureux. Dans le même temps, les drogues psy­chédéliques sont soudaine­ment apparues, ain­si que la musique élec­tron­ique. C’était un moment his­torique.” Vient rapi­de­ment l’envie d’organiser des soirées autour de cette musique et de ces idéaux. La pre­mière des Spi­ral aura lieu au coin de leur rue, dans un she­been fer­mé quelques années plus tôt par la police – faire renaître un lieu de fête, un lieu d’échange com­mu­nau­taire, un lieu opprimé : tout un sym­bole pour les Spi. Puis c’est la décou­verte des “free fes­ti­vals”, ces fes­ti­vals gra­tu­its portés par les trav­ellers, descen­dants spir­ituels des hip­pies. Et même si dès 1989, Thatch­er s’y attaque, le sound‐system prend le maquis et fait le tour de ces fes­ti­vals libres. Tous les week‐ends. On top non‐stop. “Depuis des années, les free fes­ti­vals des punks, des hip­pies et des trav­ellers étaient arrêtés les uns après les autres, par­fois mil­i­taire­ment, par­fois vio­lem­ment. On ne savait pas. On était naïfs. On se sen­tait totale­ment investis d’une mis­sion, on était peut‐être même assez évangéliques, super ent­hou­si­astes en tout cas. Plus le gou­verne­ment essayait de nous écras­er, plus on le fai­sait. Je pense que ça a vrai­ment énervé la scène com­mer­ciale et le lob­by de l’alcool – on racon­te qu’à l’époque des raves, il y a eu une chute de 30 % des ventes ! Et nos fêtes étaient meilleures que n’importe quelle nuit en club pro­posée à cette époque”, racon­te Mark, l’œil bril­lant, tout en rap­pelant avoir gran­di à quelques mètres de l’Haçienda, “un endroit incroy­able, un aimant à créa­tiv­ité, qui m’a beau­coup inspiré”.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne dès ce mer­cre­di 8 mai !

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