Doucement mais sûrement, Anna devient l’une des plus grandes DJs de la planète

Quel début d’année pour Anna ! La DJ brésili­enne a sor­ti des max­is sur de bien beaux labels (Kom­pakt, Nova­mute, Clash Lion), tourné partout dans le monde, joué pour Cer­cle au cœur de l’impressionnante instal­la­tion Physis d’Absolut Com­pa­ny Cre­ation… De quoi la voir de plus en plus régulière­ment en Europe, où elle a fini par emmé­nag­er : “je com­mençais à avoir de plus en plus de propo­si­tions de dates en Europe. J’étais ravie, mais je ne pou­vais plus faire l’aller-retour con­stam­ment entre l’Europe et le Brésil, c’était épuisant et très chronophage. Donc j’ai pris la déci­sion de m’installer à Barcelone, une des villes européennes les plus sim­i­laires au Brésil. J’aime beau­coup la vibe de cet endroit. J’aurais pu m’installer à Berlin, mais il fait si froid là-bas !”, plaisante-t-elle. Tant mieux. Paris-Barcelone, ce n’est pas si long, et ça lui per­me­t­tra par exem­ple de jouer au Rex Club ce jeu­di 7 juin, comme tête d’affiche, aux côtés d’Animal & Me, pour une soirée organ­isée par Radio Marais dans le cadre d’un trem­plin de DJs. Une car­rière de DJ com­mencée à 14 ans (!), des pas­sages dans les clubs les plus cou­rus du monde, des max­is à la pelle… Il était grand temps de faire le point avec Anna : le temps d’un Skype, on a dis­cuté avec cette DJ tech­no de ses derniers pro­jets, de médi­ta­tion et de son ado­les­cence passée dans le club de son père, au Brésil… Et, si on ne peut pas encore annon­cer quoique ce soit, on vous promet une chose : l’année ne fait que com­mencer pour Anna.

Si le vinyle est déjà sor­ti, tu dévoil­eras ce ven­dre­di la ver­sion dig­i­tale de ton maxi Razor sur Nova­mute. Ça fait quoi de sor­tir un EP sur un label aus­si pres­tigieux ?

Nova­mute est un label mythique, depuis sa créa­tion dans les années 90 et sa renais­sance l’année dernière sous l’impulsion de Daniel Miller, le fon­da­teur de la mai­son mère Mute, qui a sor­ti telle­ment d’albums d’artistes énormes comme Depeche Mode. Je n’aurais jamais imag­iné pou­voir sor­tir mes morceaux chez eux. C’est vrai­ment un accom­plisse­ment ! Pour cet EP, j’ai sim­ple­ment jam­mé en stu­dio, et c’est ce qui a fini par sor­tir, trois morceaux à l’ambiance assez dark. Et ensuite, je les ai pas mal retouchés, surtout “Dreamweaver” ! Il avait même un autre nom avant. Je l’ai retra­vail­lé des dizaines de fois. J’ai fini par l’envoyer à Daniel Miller, qui l’a accep­té… Et j’ai encore changé plein d’éléments ensuite ! Je teste tou­jours mes morceaux en set avant même de les envoy­er à des labels, et je les retra­vaille beau­coup – il y a sou­vent tel ou tel élé­ment, un son, un kick, qui ne me sat­is­fait pas du pre­mier coup. Je suis peut-être un peu per­fec­tion­niste (rires).

Aus­si, tu as sor­ti cette année deux titres sur le label Kom­pakt, dans le cadre de leur très classe série Spe­ich­er. Com­ment ça s’est passé ?

J’ai tou­jours voulu sign­er quelque chose sur Kom­pakt, et surtout sur Spe­ich­er, qui représente la branche plus tech­no du label. Il a deux ans env­i­ron, j’ai com­mencé à leur envoy­er des démos. J’ai com­mencé à dis­cuter par mail avec Jon (Berry, le label man­ag­er de Kom­pakt). Ça a mis un cer­tain temps à se met­tre en place comme vous pou­vez le voir : on voulait trou­ver les morceaux par­faits pour cette pre­mière sig­na­ture. L’année dernière, alors que je jouais au Move­ment Fes­ti­val à Detroit, j’ai enfin ren­con­tré l’équipe du label en face à face. Ils m’ont expliqué que les morceaux que j’avais envoyés ne cor­re­spondaient pas vrai­ment à ce qu’ils voulaient, mais qu’il ne fal­lait pas que j’hésite à leur trans­met­tre tous les autres titres que j’avais en stock. Des demo que je n’avais pas for­cé­ment osé faire écouter. Je leur ai envoyé “Hid­den Beau­ties”, en pré­cisant que je ne savais même pas si le titre était vrai­ment ter­miné. Ils m’ont répon­du immé­di­ate­ment : “c’est exacte­ment ce qu’on cherche !”. “Hid­den Beau­ties” a été beau­coup joué en set, a été numéro 1 des ventes tech­no sur Beat­port, le vinyle a été rapi­de­ment sold-out un peu partout… Ils savent ce qu’ils font !

Tu as un titre favori dans cette série Spe­ich­er ?

Je pense que celui que je joue le plus, c’est “Domi­no” d’Oxia. Un clas­sique !

Une bonne par­tie de ta famille tra­vaille dans la musique élec­tron­ique : ton frère est égale­ment DJ, et surtout, ton père était patron d’un club au Brésil. C’est quelque chose qui t’a aidé ?

Bien sûr. L’environnement dans lequel j’ai gran­di a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ca m’a per­mis de décou­vrir ce milieu, et m’a aidée aus­si dans le développe­ment de ma car­rière de DJ, vu que j’avais tout l’équipement à dis­po­si­tion. Des DJs expéri­men­tés m’ont en plus beau­coup appris. Je traî­nais dans le club où mon père les invi­taient, et ils me don­naient des con­seils. Quand j’ai eu envie de me met­tre au Djing, à 14–15 ans, et j’ai eu beau­coup de chance de pou­voir com­mencer à mix­er deux semaines plus tard, devant une vraie foule, au club. Je n’étais pas prête évidem­ment, mais ça m’a per­mis de com­pren­dre un pub­lic ! C’était un très bon entraîne­ment. Et aujourd’hui, des années plus tard, quand je monte sur scène devant 10 000 per­son­nes, je n’ai plus de trac, je n’ai jamais peur. Je suis à l’aise dans cet envi­ron­nement, et avoir baigné dedans depuis si jeune m’a for­cé­ment aidée.

Tu n’as jamais, ô grand jamais, le trac ?

Si bien sûr, pour des sets un peu par­ti­c­uliers. Celui que j’ai fait pour Cer­cle, par exem­ple : je dois avouer que j’étais un peu nerveuse ! Mais c’était super sym­pa. Je jouais sur vinyles unique­ment. Au tout début du set, j’ai eu un prob­lème tech­nique, je n’entendais rien. Peut-être que ça se remar­que sur la vidéo. Mais en dehors de ça, c’était une expéri­ence génial. Cer­cle fait vrai­ment de belles choses.

Tu étais entourée de Physis, une struc­ture lumineuse dévelop­pée par The Abso­lut Com­pa­ny Cre­ation qui évolue en rythme avec la musique. Il y a de plus en plus d’efforts apportés aux scéno­gra­phies de DJ, ou aux lieux où il jouent comme pour Cer­cle. Com­ment vois-tu ça ?

Ça rend la chose un peu spé­ciale, j’aime beau­coup, surtout quand c’est en stream­ing : c’est joli à regarder, c’est impor­tant ! C’est pour ça que Cer­cle a autant de suc­cès : ils font beau­coup d’efforts pour que chaque vidéo soit unique. C’est un priv­ilège de jouer pour eux, et c’est bon pour une car­rière. J’ai reçu telle­ment de mes­sages de remer­ciements après ce set filmé !

Fin mai avait lieu à Ibiza l’IMS, un grand raout de pro­fes­sion­nels de l’électro. Juste avant, Ben Turn­er, 27 ans de méti­er et actuelle­ment man­ag­er de Richie Hawtin, organ­i­sait Rem­e­dy State, une retraite pour DJs. L’idée était d’enfin par­ler et se con­cen­tr­er sur la san­té physique et men­tale des pros de l’électro. As-tu l’impression qu’un tabou est en train d’être levé sur ces prob­lèmes de dépres­sion, de soli­tude ou d’addictions ?

Oui, aujourd’hui tout le monde par­le plus de ces sujets de san­té men­tale et physique. C’est super impor­tant, parce que la vie d’un DJ est com­plète­ment folle. Tu peux aller dans neuf pays dif­férents en quelques jours. Per­son­nelle­ment, je médite, deux heures par jour. Ça m’aide beau­coup à sup­port­er les tournées. Aus­si, j’essaye de manger très sain. Ce n’est pas tou­jours évi­dent, mais c’est pos­si­ble tout de même. Je ne bois pas, je ne me drogue pas. C’est impor­tant.

On a l’impression que la nou­velle généra­tion de DJs est plus sen­si­bil­isée à ces ques­tions, avec notam­ment de plus en plus d’artistes qui ne boivent pas.

Tout à fait ! Vu que je fais ça depuis pas mal d’années main­tenant, j’ai pu voir l’évolution : avant, tout le monde buvait et se droguait. Aujourd’hui, pas mal de DJs devi­en­nent végé­tariens, ne con­som­ment plus d’alcool et encore moins de drogues. Sur les rid­ers, on voit de moins en moins de deman­des de bouteilles. C’est impor­tant pour notre san­té, mais aus­si pour don­ner un bon exem­ple au pub­lic. Si tu es en train de mix­er tout en buvant et fumant, ça ren­voie quoi comme image ? Ça finit par reli­er cette musique à la con­som­ma­tion d’alcool ou autres. Alors que tu peux pass­er un super bon moment sans tout ça ! La nou­velle généra­tion de DJs est de plus en plus sen­si­bil­isée à ça… Bon, pas tous bien sûr, mais c’est en bonne voie !

Anna sera au Rex Club ce jeu­di 7 juin. Plus d’infos sur l’event Face­book de la soirée. 

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