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7 juin 2018

Doucement mais sûrement, Anna devient l’une des plus grandes DJs de la planète

par Clémence Meunier

Quel début d’année pour Anna ! La DJ brésilienne a sorti des maxis sur de bien beaux labels (Kompakt, Novamute, Clash Lion), tourné partout dans le monde, joué pour Cercle au cœur de l’impressionnante installation Physis d’Absolut Company Creation… De quoi la voir de plus en plus régulièrement en Europe, où elle a fini par emménager : « je commençais à avoir de plus en plus de propositions de dates en Europe. J’étais ravie, mais je ne pouvais plus faire l’aller-retour constamment entre l’Europe et le Brésil, c’était épuisant et très chronophage. Donc j’ai pris la décision de m’installer à Barcelone, une des villes européennes les plus similaires au Brésil. J’aime beaucoup la vibe de cet endroit. J’aurais pu m’installer à Berlin, mais il fait si froid là-bas ! », plaisante-t-elle. Tant mieux. Paris-Barcelone, ce n’est pas si long, et ça lui permettra par exemple de jouer au Rex Club ce jeudi 7 juin, comme tête d’affiche, aux côtés d’Animal & Me, pour une soirée organisée par Radio Marais dans le cadre d’un tremplin de DJs. Une carrière de DJ commencée à 14 ans (!), des passages dans les clubs les plus courus du monde, des maxis à la pelle… Il était grand temps de faire le point avec Anna : le temps d’un Skype, on a discuté avec cette DJ techno de ses derniers projets, de méditation et de son adolescence passée dans le club de son père, au Brésil… Et, si on ne peut pas encore annoncer quoique ce soit, on vous promet une chose : l’année ne fait que commencer pour Anna.

Si le vinyle est déjà sorti, tu dévoileras ce vendredi la version digitale de ton maxi Razor sur Novamute. Ça fait quoi de sortir un EP sur un label aussi prestigieux ?

Novamute est un label mythique, depuis sa création dans les années 90 et sa renaissance l’année dernière sous l’impulsion de Daniel Miller, le fondateur de la maison mère Mute, qui a sorti tellement d’albums d’artistes énormes comme Depeche Mode. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir sortir mes morceaux chez eux. C’est vraiment un accomplissement ! Pour cet EP, j’ai simplement jammé en studio, et c’est ce qui a fini par sortir, trois morceaux à l’ambiance assez dark. Et ensuite, je les ai pas mal retouchés, surtout « Dreamweaver » ! Il avait même un autre nom avant. Je l’ai retravaillé des dizaines de fois. J’ai fini par l’envoyer à Daniel Miller, qui l’a accepté… Et j’ai encore changé plein d’éléments ensuite ! Je teste toujours mes morceaux en set avant même de les envoyer à des labels, et je les retravaille beaucoup – il y a souvent tel ou tel élément, un son, un kick, qui ne me satisfait pas du premier coup. Je suis peut-être un peu perfectionniste (rires).

Aussi, tu as sorti cette année deux titres sur le label Kompakt, dans le cadre de leur très classe série Speicher. Comment ça s’est passé ?

J’ai toujours voulu signer quelque chose sur Kompakt, et surtout sur Speicher, qui représente la branche plus techno du label. Il a deux ans environ, j’ai commencé à leur envoyer des démos. J’ai commencé à discuter par mail avec Jon (Berry, le label manager de Kompakt). Ça a mis un certain temps à se mettre en place comme vous pouvez le voir : on voulait trouver les morceaux parfaits pour cette première signature. L’année dernière, alors que je jouais au Movement Festival à Detroit, j’ai enfin rencontré l’équipe du label en face à face. Ils m’ont expliqué que les morceaux que j’avais envoyés ne correspondaient pas vraiment à ce qu’ils voulaient, mais qu’il ne fallait pas que j’hésite à leur transmettre tous les autres titres que j’avais en stock. Des demo que je n’avais pas forcément osé faire écouter. Je leur ai envoyé « Hidden Beauties », en précisant que je ne savais même pas si le titre était vraiment terminé. Ils m’ont répondu immédiatement : « c’est exactement ce qu’on cherche ! ». « Hidden Beauties » a été beaucoup joué en set, a été numéro 1 des ventes techno sur Beatport, le vinyle a été rapidement sold-out un peu partout… Ils savent ce qu’ils font !

Tu as un titre favori dans cette série Speicher ?

Je pense que celui que je joue le plus, c’est « Domino » d’Oxia. Un classique !

Une bonne partie de ta famille travaille dans la musique électronique : ton frère est également DJ, et surtout, ton père était patron d’un club au Brésil. C’est quelque chose qui t’a aidé ?

Bien sûr. L’environnement dans lequel j’ai grandi a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ca m’a permis de découvrir ce milieu, et m’a aidée aussi dans le développement de ma carrière de DJ, vu que j’avais tout l’équipement à disposition. Des DJs expérimentés m’ont en plus beaucoup appris. Je traînais dans le club où mon père les invitaient, et ils me donnaient des conseils. Quand j’ai eu envie de me mettre au Djing, à 14-15 ans, et j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir commencer à mixer deux semaines plus tard, devant une vraie foule, au club. Je n’étais pas prête évidemment, mais ça m’a permis de comprendre un public ! C’était un très bon entraînement. Et aujourd’hui, des années plus tard, quand je monte sur scène devant 10 000 personnes, je n’ai plus de trac, je n’ai jamais peur. Je suis à l’aise dans cet environnement, et avoir baigné dedans depuis si jeune m’a forcément aidée.

Tu n’as jamais, ô grand jamais, le trac ?

Si bien sûr, pour des sets un peu particuliers. Celui que j’ai fait pour Cercle, par exemple : je dois avouer que j’étais un peu nerveuse ! Mais c’était super sympa. Je jouais sur vinyles uniquement. Au tout début du set, j’ai eu un problème technique, je n’entendais rien. Peut-être que ça se remarque sur la vidéo. Mais en dehors de ça, c’était une expérience génial. Cercle fait vraiment de belles choses.

Tu étais entourée de Physis, une structure lumineuse développée par The Absolut Company Creation qui évolue en rythme avec la musique. Il y a de plus en plus d’efforts apportés aux scénographies de DJ, ou aux lieux où il jouent comme pour Cercle. Comment vois-tu ça ?

Ça rend la chose un peu spéciale, j’aime beaucoup, surtout quand c’est en streaming : c’est joli à regarder, c’est important ! C’est pour ça que Cercle a autant de succès : ils font beaucoup d’efforts pour que chaque vidéo soit unique. C’est un privilège de jouer pour eux, et c’est bon pour une carrière. J’ai reçu tellement de messages de remerciements après ce set filmé !

Fin mai avait lieu à Ibiza l’IMS, un grand raout de professionnels de l’électro. Juste avant, Ben Turner, 27 ans de métier et actuellement manager de Richie Hawtin, organisait Remedy State, une retraite pour DJs. L’idée était d’enfin parler et se concentrer sur la santé physique et mentale des pros de l’électro. As-tu l’impression qu’un tabou est en train d’être levé sur ces problèmes de dépression, de solitude ou d’addictions ?

Oui, aujourd’hui tout le monde parle plus de ces sujets de santé mentale et physique. C’est super important, parce que la vie d’un DJ est complètement folle. Tu peux aller dans neuf pays différents en quelques jours. Personnellement, je médite, deux heures par jour. Ça m’aide beaucoup à supporter les tournées. Aussi, j’essaye de manger très sain. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est possible tout de même. Je ne bois pas, je ne me drogue pas. C’est important.

On a l’impression que la nouvelle génération de DJs est plus sensibilisée à ces questions, avec notamment de plus en plus d’artistes qui ne boivent pas.

Tout à fait ! Vu que je fais ça depuis pas mal d’années maintenant, j’ai pu voir l’évolution : avant, tout le monde buvait et se droguait. Aujourd’hui, pas mal de DJs deviennent végétariens, ne consomment plus d’alcool et encore moins de drogues. Sur les riders, on voit de moins en moins de demandes de bouteilles. C’est important pour notre santé, mais aussi pour donner un bon exemple au public. Si tu es en train de mixer tout en buvant et fumant, ça renvoie quoi comme image ? Ça finit par relier cette musique à la consommation d’alcool ou autres. Alors que tu peux passer un super bon moment sans tout ça ! La nouvelle génération de DJs est de plus en plus sensibilisée à ça… Bon, pas tous bien sûr, mais c’est en bonne voie !

Anna sera au Rex Club ce jeudi 7 juin. Plus d’infos sur l’event Facebook de la soirée. 

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