Photo by Marthe A. Vannebo

Drone, hardcore, metal, techno expérimentale… Matière Noire, le nouveau rendez-vous parisien des musiques sombres et bruyantes

Il est des musiques qu’on ne trou­ve pas facile­ment. Les art­works sont obscures, les noms des morceaux aus­si, et ne par­lons même pas des salles qui les pro­gram­ment : pour écouter de la musique expéri­men­tale dans de bonnes con­di­tions, il faut se lever tôt. Surtout quand l’ap­pétit se porte vers les musiques bruyantes, du met­al à la tech­no hard­core, du drone à l’elec­tron­i­ca per­chée. Un sui­cide com­mer­cial pour des propo­si­tions pas­sion­nantes, ça ne motive pas tous les lieux de fête. Mais le Tra­ben­do, salle de con­cert et club niché dans le parc de la Vil­lette à Paris, ne fait jamais rien comme tout le monde et lance le 1er mai Matière Noire, un nou­veau rendez-vous pour toutes les musiques qui piquent le vis­age. La pre­mière sera portée par une ren­con­tre improb­a­ble. Avec d’un côté Daniel Lanois, producteur-star d’al­bums pour Bri­an Eno, U2, Peter Gabriel ou Nick Cave. Et de l’autre Venet­ian Snares, pape du break­core, viking-canadien (on a décidé que ça exis­tait) voguant entre musique clas­sique, elec­tron­i­ca à la Aphex Twin et ryth­miques breakées impos­si­bles. Pas tou­jours évi­dent à écouter, mais sublime :

En atten­dant un album col­lab­o­ratif prévu pour le 4 mai, Venet­ian Snares et Daniel Lanois présen­teront leur live à qua­tre mains pour la toute pre­mière fois en France au Tra­ben­do le 1er mai. “Je trou­vais intéres­sant d’en­tamer ce cycle de con­certs ‘bruyants’ avec ça”, explique Matthieu Mey­er, le pro­gram­ma­teur du Tra­ben­do. “Mais Matière Noire pour­ra être beau­coup plus var­ié, car on peut trou­ver des simil­i­tudes entre des pro­jets pour­tant très dif­férents sur le papi­er. Ça ne me cho­querait pas par exem­ple de pro­gram­mer Mond­kopf, qui fait de la tech­no assez som­bre, le même soir qu’A­men­ra, un groupe de doom met­al assez vio­lent. On peut tout à fait faire des ponts entre ces esthé­tiques. On pense Matière Noire comme une plate-forme qu’on offre à des artistes qu’on n’a pas l’habi­tude de voir.” Plutôt osé comme démarche. “Il faut bien qu’on s’a­muse !”, sourit le pro­gram­ma­teur. “La mode n’est claire­ment pas à ça en ce moment. Mais on fait déjà des choses dans ce goût-là au Tra­ben­do, avec des soirées que l’on pro­duit pour New Noise, ou avec Vil­lette Sonique, par exem­ple. C’est un pari qui s’in­sère dans la volon­té du Tra­ben­do de pren­dre des risques. On accueille beau­coup de con­certs à l’an­née, mais quand nous pro­duisons nous-mêmes des soirées, on souhaite être défricheur et se faire plaisir”.

Egale­ment au line-up de cette soirée du 1er mai ? Joanne Pol­lock ou Tryphème, “le jeune pro­jet d’une artiste lyon­naise qui a sor­ti un très bon album récem­ment”, pour­suit Matthieu Mey­er. “Elle fait de l’elec­tron­i­ca rap­pelant le son des débuts du label Warp. Ça coulait de sources de la pro­gram­mer avec Venet­ian Snares. Mais encore une fois on ne s’empêchera pas non plus d’aller à la con­fronta­tion entre les gen­res pour ces soirées Matière Noire. On veut absol­u­ment sor­tir des chapelles. Moi-même et pas mal de mes amis sommes à la fois fans de pop et de tech­no expéri­men­tale. On peut ador­er The Week­nd et cer­tains groupes de black met­al, sans se sen­tir super à l’aise dans une soirée 100% métal. Donc en plus d’être une plate-forme pour des groupes rarement pro­gram­més, on espère offrir un espace à ce pub­lic curieux.” Mais atten­tion : ces soirées Matière Noire n’ont pas voca­tion à être régulières. “On veut créer une entité totale­ment libre, une couleur esthé­tique à défendre, et peu importe si la prochaine est dans deux ou six mois. Je tra­vaille déjà dessus cela dit, poten­tielle­ment pour en faire une nuit de 14 heures com­posée de deux œuvres de 7 heures”. Avides de sons qui tâchent, qui grat­tent le tym­pan, par­fois som­bres mais tou­jours bruyants… Vous savez où toquer.

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