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30 août 2016

En direct de Baleapop #7

par rédaction Tsugi

« Vous pouvez foutre gentiment le bordel ici ». Voilà ce qu’on pouvait lire sur un panneau jaune non loin de la scène 2 du festival Baleapop, fièrement planté dans l’herbe du parc Decontenia de Saint-Jean-de-Luz. Un slogan pour les résumer tous. On décortique.

« Ici »

Ici, c’est le pays Basque. Ça se sent dans les taloas au lomo que l’on chope « au bar », grande tente où l’on trouve boissons et petits plats préparés par des bénévoles. Ce quasi « espace de vie » accueille également des DJ sets, par les ultra-dansants Sheitan Brothers et leurs chemises hawaïennes ou les équipes du Hors Bord festival bordelais. Première remarque en ce septième Baleapop : on y mange bien, la bière est bonne (et locale), on n’attend ni pour se restaurer, ni pour s’hydrater, ni pour les toilettes – vous remarquerez le parcours typique du festivalier. Tout est limpide à Baleapop, toujours qualifié de mini-festival par sa taille (12000 personnes ont été reçues sur les trois jours, sans compter toutefois le parcours dans les bars de la ville du jeudi soir), mais à l’organisation aussi rodée que les plus gros.

Plus précisément, « ici », c’est Saint-Jean-de-Luz et sa plage de Cenitz, dont l’espace où sont d’habitude entreposées les algues sert de cuvette-dancefloor pendant les après-midi Baleabeach. « Ici », ce sont aussi les accents des copains, les musiciens du coin – de Lumi à Panda Valium -, les coups de soleil pour les touristes parisiens (on est grillé), et les après-midi à danser à la plage, plutôt house vendredi et marquées par un set plein de pains de Traxx le samedi. Heureusement, le DJ américain, qui surjoue toujours tout ce qu’il fait derrière ses platines, offrira une fin de set moins expérimentale et plus pêchue, bien plus adaptée à une fin d’aprem’ accompagnée d’un esquimau au mojito (oui oui).

Le Parc Ducontenia, c’est aussi « ici », dès que le soleil commence à se faire moins mordant. Une aire de jeu (petite dédicace à la balançoire particulièrement prisée), des espaces verts, un mini amphithéâtre et des installations artistiques. Car Baleapop se veut être un festival de musique certes, mais aussi d’art contemporain. Malheureusement, les œuvres présentées cette année étaient un peu perdues dans le parc, pas vraiment mises en valeur. Tant pis, il y en aura tout de même une qui aura été largement remarquée : How Many BPM est une performance pendant laquelle un skater fait des allers et retours sur une rampe en parfait demi-cercle, au rythme d’un métronome et d’un ou plusieurs musiciens. Impressionnant, hypnotisant (littéralement), poétique et accompagné par Petit Fantôme le dernier soir : on adhère. « Ici », on se sent bien.

« Vous pouvez foutre le bordel »

Il ne faut pas nous le dire deux fois. Car entre deux assiettes de chipirons en centre-ville (miam) et deux aprem sous le soleil de la Baleabeach, on a fait la fête au Parc Ducontenia. Mais pas d’ambiance pleine de sueur à la festival de techno : cette année, le psyché était à l’honneur, pour des concerts écoutés majoritairement assis. Buvette a joliment ouvert le bal avec sa voix à la Damon Albarn, son live band et son excellent « Room Without A View » – une petite perle déjà pas mal remarquée par les auditeurs de Nova, extraite de son prochain album Elasticity (livraison prévue le 23 septembre sur Pan European Recording). Autre belle découverte de la soirée, Radiator, pour un rock garage halluciné qui sent pas mal le cambouis – les sexy dissonances dont le duo basque use mais n’abuse pas rajoutent encore un peu de saleté à l’ensemble. Mimi cracra.

Mais la tête d’affiche se découvre un peu plus tard, dans l’amphithéâtre. Et Suuns n’a pas déçu, notamment grâce à son charismatique chanteur. Voix à la Brian Molko, corps de crevette mal nourrie et allure rappelant celle du personnage joué par James Jagger dans Vinyl… Ça transpire le rock’n’roll et le souffre, pour une minuscule heure d’expérimentations âpres, psychédéliques et parfois trip-hop.

Le lendemain, sur la même scène, on assistera à un drôle de spectacle : J.C Satàn assis. Oui, le rock des Italo-Bordelais s’est pour la première fois exporté en format « love sessions », comprendre plus de balade et tout le monde bien installé. Mais Arthur, le chanteur-guitariste-chauffeur de salle à l’ironie sans égal, ne semble pas très à l’aise avec ce format bisounours : il tentera pendant une bonne partie du concert de se relever, semblant se souvenir par moment que ce n’est pas tout à fait le concept. Un bon point pour les abdos, mais un drôle d’effet tout de même : peut-être qu’il faut vous autoriser à vous lâcher en toutes circonstances les J.C Satàn, même si ce petit format aura permis d’inviter une violoniste et un cuivre sur scène.

On dansera ensuite sur Shackleton et Débruit, ce dernier offrant pour certains le meilleur concert du week-end (pour nous, ce sera Suuns, pas de suspens). Quant à Jan Schulte, il jouera son set disco (voire italo-disco) depuis la petite butte surplombant la scène 2… Si bien que pas mal de monde ne savait même pas d’où venait le son ! Peu importe, ça danse n’importe où dans l’herbe, la chanteuse du beau duo Lumi joue à 1, 2, 3 soleil avec des festivaliers, un chien court après un bâton et au-dessus de tout ce petit monde une résistante, toute dernière fleur blanche d’un magnolia cramé par le soleil. Oui, « ici vous pouvez foutre le bordel ». Mais c’est si paisible qu’on n’a pas envie de tout casser non plus.

« Gentiment »

Vous avez déjà vu un festival qui fait jouer gosses et fêtards en gueule de bois aux chaises musicales ? Nous oui. Cette année particulièrement, le jeu était au centre du festival, pour un week-end bon enfant et plein de gentillesse. On se prépare en écoutant la rigolote Radiobalea, on joue au blindtest en début d’aprem, les enfants s’amusent avec des percussions pendant l’atelier « les Taons Bourrins », des couples viennent présenter leurs progénitures aux copains venus de loin, deux quinqua avaient ramené les coussins du salon pour s’asseoir dans l’herbe… Et le chef de la cuisine et sa femme ont même accueilli le premier Baleabébé de l’histoire du festival, en plein rush samedi soir ! Un week-end mucho love qui s’est terminé de la plus jolie des manières : plutôt que d’envoyer gros bras et sécurité pour vider le parc à la fermeture du festival, les organisateurs du collectif Moï Moï ont formé une chorale. Cinq titres, chantés tout au long de la sortie du parc, histoire de raccompagner les Baleapopeurs avec le sourire. Malin, bon enfant et musical : c’est tout Baleapop ça. Muxu muxu.

Meilleur moment : se rendre compte une fois rentré à Paris qu’on a dû répéter une centaine de fois dans le week-end « on est bien là, non ? ».

Pire moment : devoir dire à l’homme en slip kangourou qu’il ne pourra rentrer dans la navette bondée qui va vers Baleabeach, un crève-coeur.

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