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28 août 2015

En direct de… Dekmantel Festival 2015

par rédaction Tsugi

Il suffit de quelques éléments-clés pour convenir de la réussite d’un festival : la musique, l’ambiance et l’organisation. Quand bien même, la combinaison parfaite des trois reste rare. Pourtant, nombreux étaient ces enthousiastes qui vantaient ce jeune festival, niché quelque part dans une forêt au sud d’Amsterdam. Troisième édition, plus de 10 000 participants, un line-up riche, cinq scènes et en pleine journée (parfait pour notre rythme circadien). Déjà que les sorties du label nous bottaient pas mal, on ne demandait qu’à aller goûter ce Dekmantel 2015 et lui attribuer une voire deux étoiles au guide Micheline.

JEUDI 30 JUILLET

Ouverture du festival au Muziekgebouw aan ‘t IJ, salle de concert design véritablement posée sur l’eau au Nord d’Amsterdam. La moyenne d’âge tourne autour des 30 ans et les kids sont visiblement restés au camping. Manuel Göttsching, invité pour jouer le live basé sur son album-phare E2-E4, ouvre le bal. Le sexagénaire, ayant lancé sa fameuse boucle mélodique ultra-répétitive lasse un peu. Comme beaucoup, on était surtout venu pour Autechre, les légendes. (Apparemment on prononcerait O-té-keur). Les lumières s’éteignent pour ne plus se rallumer. Complètement désorientés, assaillis de beats déstructurés, impossible de danser. Oubliées les mélodies d’Amber, ce soir c’est violence auditive et abstraction à son paroxysme. Du génie ! Cette grosse catharsis terminée, les deux Anglais s’enfuient nous obligeant à partir de notre côté chercher un peu de douceur… dans un coffeshop.

 L’oeil de Sauron veille sur le site d’Amsterdam Bos.

VENDREDI 31 JUILLET

Ca grouille à Amsterdam Bos. Des centaines de vélos sont attachés devant l’entrée du Dekmantel alors que sur la scène principale (tribune en plein airentourée d’un épais arc de lumière) s’active Legowelt, producteur hollandais qui connait une année 2015 remarquable. Alors que les festivaliers continuent d’affluer, on aperçoit Ricardo Villalobos, lunettes Aviator et veste en cuir. Une fois n’est pas coutume, il a l’air en pleine forme et débute sereinement son B2B avec Zip. Respect devant ces deux piliers de Perlon et de la minimale. Mais l’heure tourne, on rejoint Objekt, qu’on adore depuis son exceptionnel et dernier album Flatland. Dans le hangar Ufo, chaleur et lasers, techno pointilleuse un peu breakée, on est ravis. Allez, il reste une demi-heure avant le début de Roy Ayers et on en profite pour s’enfiler une bière et un cornet de frites dans l’herbe. Ca sent la détente et l’indica. Entre enfin sur la scène « The Lab » le vibraphoniste, qui porte le public avec ses solos puis son célébrissime « Sunshine ». 74 ans, et un jeu sans ride ! Note pour plus tard : la musique, ça conserve mieux que n’importe quelle cure thermale ou crème l’Oréal.  Retour sous la sombre tente UFO pour une grosse claque techno signée Blawan. Sonnés mais pas encore KO, on reste dans l’arène pour les premières minutes de Squarepusher oui, mais non en fait. On l’abandonnera bien vite à sa furie. C’est que notre journée ne touche pas encore à sa fin: après une longue marche dans le bois, direction la navette qui nous amène tout droit au club Melkweg pour les afters officiels. La boîte, sorte de Fabric londonienne sans les grands canaps’, est assez vaste pour accueillir quatre salles et une bande des teuffeurs en transe. Après Midnight Operator (Mathew Jonson et son frère Nathan), Lone et son « Airglow Fires », on termine nos pérégrinations en compagnie d’Omar S. Direction le lit pour une nuit sans rêves.

 

 Le fameux Melkweg où nous avons passé trois nuits agitées.

SAMEDI 01 AOUT

Sur tout le site pèse le poids des excès de la veille, les mouvements sont visiblement plus lents, les lunettes de soleil ob-li-ga-toires. Certains sont encore coincés à La La Land, mais tout le monde garde la banane. Pas encore prêts à subir des beats violents, on squatte devant les sucreries sonores de Mano Le Tough, puis devant Palms Trax qui nous fait don de ses plus belles pépites house. Sur les conseils d’un British tout excité, court détour par Shackleton, avec son petit bob vissé sur le crâne. Anyway, la salle vibre un peu trop sous le joug des infrabasses, et on préfère rejoindre Four Tet avant que le jour ne tombe. Ahh Kieran, qui d’autre pour mélanger chansons indiennes, classiques UK garage ou encore « Ye Ye » de Daphni avec autant de maestria ? On le tient notre climax de ce deuxième jour, plus encore que le set de cinq heures de Floating Points & Hunee & Antal, un peu plus loin. Chauffés à blanc, on tend la joue droite pour que Jeff Mills nous cogne encore un peu avec une techno toujours froide et cosmique. Magnanime, le Wizard nous offre « The Bells » sur un plateau et clôt cette journée du samedi sous les applaudissements. Note pour plus tard : ne pas perdre un seul bouchon d’oreille, au risque de perdre son oreille gauche. Sans demander notre reste, on enfile un pull pour braver encore un peu la nuit et filer au Melkweg. Notre programme : DJ Harvey, qu’on n’a jamais vu encore. Look de motard, énorme table de mixage. Le type un peu provoc’ (« You can’t understand my music till you’ve had group sex on ecstasy », dixit lui-même) en impose pas mal, et on reste scotché à son set du début à la fin. Vakula, qu’on n’avait pas vu pendant la journée, lui succède. C’est un peu fouillis et on est moyennement convaincus. On préfère s’enfuir et récupérer un peu avant le dernier jour du festival, qui promet d’être LE jour.

 Monochrome sur la Main Stage.
 
DIMANCHE 02 AOUT

Il fait un soleil de plomb qui contraste avec le temps voilé et les nuits fraîches des jours précédents. Et ce dimanche, le line-up de la scène Boiler Room, dans son décor camo, nous fait de l’œil. On se poste dans un endroit stratégique pour ne pas louper une miette de Fatima Yamaha (trop éloignés de la scène, certains restent convaincus que le Néerlandais est une « Djette »). Il y a foule et la cause est plutôt évidente : gros regain de hype pour le producteur dont les titres phares viennent d’être réédités par le label du Dekmantel. Le live est aux petits oignons, la scène bondée est devenue quasi-inaccessible. On se faufile vers la scène d’en face pour Helena Hauff, avides de sa dark-wave-acid-techno. La voilà : jean, petits talons. L’air d’une professeure d’histoire. Oui, mais on n’oublie pas qu’elle mérite sans peine son entrée dans le top des femmes qui marquent la technosphère en 2015. D’ailleurs OUF, il y a quelques artistes de sexe féminin ce dimanche ! Nada les jours précédents, on aurait pu croire que les programmateurs du festival étaient outrageusement misogynes. Rendez-vous sous la tente UFO avec une autre femme puissante : Nina Kraviz. Une chance sur deux pour que la sauce prenne, mais la demoiselle est dans ses bons jours. On part avant la fin, objectif Donato Dozzy. Bim, deux heures de tracks mentales et trippy. BPM à 100 au début, sous les saules pleureurs de la scène Selectors, on est rassuré de voir que nombreux sont ceux qui ont délaissé la Main Stage et Dixon pour s’imprégner du set du Professore. « Gimme !, Gimme !, Gimme ! », on passe devant le vétéran I-F, en plein délit/drop d’Abba, avant de décider de clore ce Dekmantel avec Hessle Audio Trio (Pearson Sound, Pangea et Ben UFO). Arrivés en plein moment de grâce sur le magnifique « Vaporware 07 » de Donato Dozzy (cohérence entre les scènes niveau maximum), la reprise au tempo nous achèvera aussi sec. Deux heures plus tard, au Melkweg, on est ravis de pouvoir assister au live d’Andy Stott qui n’est pas venu avec sa chanteuse-prof-de-piano mais avec ses talents noisy. Puis, Paranoid London, mélange d’acid house et presque de ska avec un chanteur pour une performance assez incroyable. C’est déjà presque la fin, on tient encore sur nos deux jambes par un miracle inexpliqué. Prosumer en B2B avec Tama sumo : deux poids-lourds de la techno qui n’ont pas failli à leur réputation même si la résidente du Pano semble ce soir avoir bien moins de dextérité aux platines que son comparse. Déjà la fin… on part se coucher avec nos acouphènes.

 
 
Sur le chemin du retour, lessivés par ce marathon, la tête enfarinée, un sourire un peu niais scotché aux lèvres, on avoue avoir pensé tristement qu’à Paris, c’était bien, mais quand même moins bien qu’au pays du Gouda.
 
Meilleur moment : Premières notes du classique « Baby Baby » de Floorplan, Villalobos et Zip soulèvent le public.
Pire moment : La faute à une trop grande affluence, la scène Boiler Room bloquée par les agents de sécurités pendant deux heures. 
 
 
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