En direct de… Dekmantel Festival 2015

Il suf­fit de quelques éléments-clés pour con­venir de la réus­site d’un fes­ti­val : la musique, l’ambiance et l’organisation. Quand bien même, la com­bi­nai­son par­faite des trois reste rare. Pour­tant, nom­breux étaient ces ent­hou­si­astes qui van­taient ce jeune fes­ti­val, niché quelque part dans une forêt au sud d’Amsterdam. Troisième édi­tion, plus de 10 000 par­tic­i­pants, un line-up riche, cinq scènes et en pleine journée (par­fait pour notre rythme cir­ca­di­en). Déjà que les sor­ties du label nous bot­taient pas mal, on ne demandait qu’à aller goûter ce Dek­man­tel 2015 et lui attribuer une voire deux étoiles au guide Miche­line.

JEUDI 30 JUILLET

Ouver­ture du fes­ti­val au Muziekge­bouw aan ‘t IJ, salle de con­cert design véri­ta­ble­ment posée sur l’eau au Nord d’Amsterdam. La moyenne d’âge tourne autour des 30 ans et les kids sont vis­i­ble­ment restés au camp­ing. Manuel Göttsching, invité pour jouer le live basé sur son album-phare E2-E4, ouvre le bal. Le sex­agé­naire, ayant lancé sa fameuse boucle mélodique ultra-répétitive lasse un peu. Comme beau­coup, on était surtout venu pour Autechre, les légen­des. (Apparem­ment on pronon­cerait O‑té-keur). Les lumières s’éteignent pour ne plus se ral­lumer. Com­plète­ment désori­en­tés, assail­lis de beats déstruc­turés, impos­si­ble de danser. Oubliées les mélodies d’Amber, ce soir c’est vio­lence audi­tive et abstrac­tion à son parox­ysme. Du génie ! Cette grosse cathar­sis ter­minée, les deux Anglais s’enfuient nous oblig­eant à par­tir de notre côté chercher un peu de douceur… dans un coffeshop.

 L’oeil de Sauron veille sur le site d’Am­s­ter­dam Bos.

VENDREDI 31 JUILLET

Ca grouille à Ams­ter­dam Bos. Des cen­taines de vélos sont attachés devant l’entrée du Dek­man­tel alors que sur la scène prin­ci­pale (tri­bune en plein airen­tourée d’un épais arc de lumière) s’active Legow­elt, pro­duc­teur hol­landais qui con­nait une année 2015 remar­quable. Alors que les fes­ti­va­liers con­tin­u­ent d’affluer, on aperçoit Ricar­do Vil­lalo­bos, lunettes Avi­a­tor et veste en cuir. Une fois n’est pas cou­tume, il a l’air en pleine forme et débute sere­ine­ment son B2B avec Zip. Respect devant ces deux piliers de Per­lon et de la min­i­male. Mais l’heure tourne, on rejoint Objekt, qu’on adore depuis son excep­tion­nel et dernier album Flat­land. Dans le hangar Ufo, chaleur et lasers, tech­no pointilleuse un peu breakée, on est ravis. Allez, il reste une demi-heure avant le début de Roy Ayers et on en prof­ite pour s’enfiler une bière et un cor­net de frites dans l’herbe. Ca sent la détente et l’indica. Entre enfin sur la scène “The Lab” le vibra­phon­iste, qui porte le pub­lic avec ses solos puis son célébris­sime “Sun­shine”. 74 ans, et un jeu sans ride ! Note pour plus tard : la musique, ça con­serve mieux que n’importe quelle cure ther­male ou crème l’Oréal.  Retour sous la som­bre tente UFO pour une grosse claque tech­no signée Blawan. Son­nés mais pas encore KO, on reste dans l’arène pour les pre­mières min­utes de Square­push­er oui, mais non en fait. On l’abandonnera bien vite à sa furie. C’est que notre journée ne touche pas encore à sa fin: après une longue marche dans le bois, direc­tion la navette qui nous amène tout droit au club Melk­weg pour les afters offi­ciels. La boîte, sorte de Fab­ric lon­doni­enne sans les grands canaps’, est assez vaste pour accueil­lir qua­tre salles et une bande des teuf­feurs en transe. Après Mid­night Oper­a­tor (Math­ew Jon­son et son frère Nathan), Lone et son “Air­glow Fires”, on ter­mine nos péré­gri­na­tions en com­pag­nie d’Omar S. Direc­tion le lit pour une nuit sans rêves.

 

 Le fameux Melk­weg où nous avons passé trois nuits agitées.

SAMEDI 01 AOUT

Sur tout le site pèse le poids des excès de la veille, les mou­ve­ments sont vis­i­ble­ment plus lents, les lunettes de soleil ob-li-ga-toires. Cer­tains sont encore coincés à La La Land, mais tout le monde garde la banane. Pas encore prêts à subir des beats vio­lents, on squat­te devant les sucreries sonores de Mano Le Tough, puis devant Palms Trax qui nous fait don de ses plus belles pépites house. Sur les con­seils d’un British tout excité, court détour par Shack­le­ton, avec son petit bob vis­sé sur le crâne. Any­way, la salle vibre un peu trop sous le joug des infrabass­es, et on préfère rejoin­dre Four Tet avant que le jour ne tombe. Ahh Kier­an, qui d’autre pour mélanger chan­sons indi­ennes, clas­siques UK garage ou encore “Ye Ye” de Daph­ni avec autant de maes­tria ? On le tient notre cli­max de ce deux­ième jour, plus encore que le set de cinq heures de Float­ing Points & Hunee & Antal, un peu plus loin. Chauf­fés à blanc, on tend la joue droite pour que Jeff Mills nous cogne encore un peu avec une tech­no tou­jours froide et cos­mique. Mag­nanime, le Wiz­ard nous offre “The Bells” sur un plateau et clôt cette journée du same­di sous les applaud­isse­ments. Note pour plus tard : ne pas per­dre un seul bou­chon d’oreille, au risque de per­dre son oreille gauche. Sans deman­der notre reste, on enfile un pull pour braver encore un peu la nuit et fil­er au Melk­weg. Notre pro­gramme : DJ Har­vey, qu’on n’a jamais vu encore. Look de motard, énorme table de mix­age. Le type un peu provoc’ (“You can’t under­stand my music till you’ve had group sex on ecsta­sy”, dix­it lui-même) en impose pas mal, et on reste scotché à son set du début à la fin. Vaku­la, qu’on n’avait pas vu pen­dant la journée, lui suc­cède. C’est un peu fouil­lis et on est moyen­nement con­va­in­cus. On préfère s’enfuir et récupér­er un peu avant le dernier jour du fes­ti­val, qui promet d’être LE jour.

 Mono­chrome sur la Main Stage.
 
DIMANCHE 02 AOUT

Il fait un soleil de plomb qui con­traste avec le temps voilé et les nuits fraîch­es des jours précé­dents. Et ce dimanche, le line-up de la scène Boil­er Room, dans son décor camo, nous fait de l’œil. On se poste dans un endroit stratégique pour ne pas louper une miette de Fati­ma Yama­ha (trop éloignés de la scène, cer­tains restent con­va­in­cus que le Néer­landais est une “Djette”). Il y a foule et la cause est plutôt évi­dente : gros regain de hype pour le pro­duc­teur dont les titres phares vien­nent d’être réédités par le label du Dek­man­tel. Le live est aux petits oignons, la scène bondée est dev­enue quasi-inaccessible. On se fau­file vers la scène d’en face pour Hele­na Hauff, avides de sa dark-wave-acid-techno. La voilà : jean, petits talons. L’air d’une pro­fesseure d’histoire. Oui, mais on n’oublie pas qu’elle mérite sans peine son entrée dans le top des femmes qui mar­quent la tech­nosphère en 2015. D’ailleurs OUF, il y a quelques artistes de sexe féminin ce dimanche ! Nada les jours précé­dents, on aurait pu croire que les pro­gram­ma­teurs du fes­ti­val étaient out­rageuse­ment misog­y­nes. Rendez-vous sous la tente UFO avec une autre femme puis­sante : Nina Krav­iz. Une chance sur deux pour que la sauce prenne, mais la demoi­selle est dans ses bons jours. On part avant la fin, objec­tif Dona­to Dozzy. Bim, deux heures de tracks men­tales et trip­py. BPM à 100 au début, sous les saules pleureurs de la scène Selec­tors, on est ras­suré de voir que nom­breux sont ceux qui ont délais­sé la Main Stage et Dixon pour s’imprégner du set du Pro­fes­sore. “Gimme !, Gimme !, Gimme !”, on passe devant le vétéran I‑F, en plein délit/drop d’Abba, avant de décider de clore ce Dek­man­tel avec Hessle Audio Trio (Pear­son Sound, Pangea et Ben UFO). Arrivés en plein moment de grâce sur le mag­nifique “Vapor­ware 07” de Dona­to Dozzy (cohérence entre les scènes niveau max­i­mum), la reprise au tem­po nous achèvera aus­si sec. Deux heures plus tard, au Melk­weg, on est ravis de pou­voir assis­ter au live d’Andy Stott qui n’est pas venu avec sa chanteuse-prof-de-piano mais avec ses tal­ents noisy. Puis, Para­noid Lon­don, mélange d’acid house et presque de ska avec un chanteur pour une per­for­mance assez incroy­able. C’est déjà presque la fin, on tient encore sur nos deux jambes par un mir­a­cle inex­pliqué. Pro­sumer en B2B avec Tama sumo : deux poids-lourds de la tech­no qui n’ont pas fail­li à leur répu­ta­tion même si la rési­dente du Pano sem­ble ce soir avoir bien moins de dex­térité aux platines que son com­parse. Déjà la fin… on part se couch­er avec nos acouphènes.

 
 
Sur le chemin du retour, lessivés par ce marathon, la tête enfar­inée, un sourire un peu niais scotché aux lèvres, on avoue avoir pen­sé tris­te­ment qu’à Paris, c’était bien, mais quand même moins bien qu’au pays du Gou­da.
 
Meilleur moment : Pre­mières notes du clas­sique “Baby Baby” de Floor­plan, Vil­lalo­bos et Zip soulèvent le pub­lic.
Pire moment : La faute à une trop grande afflu­ence, la scène Boil­er Room blo­quée par les agents de sécu­rités pen­dant deux heures. 
 
 
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