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9 mars 2015

En direct de Kanye West à La Fondation Vuitton

par rédaction Tsugi

Imaginez Kanye West en concert dans l’auditorium d’un musée d’art contemporain géré par une grande marque de luxe française. L’équation parfaite pour l’un des personnages les plus controversés de la scène hip hop.

Kanye West aime marquer le coup, surprendre son public, et surtout rester présent dans le paysage médiatique. Il fallait donc qu’il laisse sa marque lors de cette fashion week 2015, d’une manière ou d’une autre. 

Vendredi dernier, sur les fils Facebook et Twitter du gratin parisien, l’information se répand. Kanye West vient d’annoncer qu’il tiendrait quatre concerts à la toute nouvelle Fondation Louis Vuitton dans l’Ouest parisien. Après la venue de Kraftwerk en Janvier dernier, le groupe de Bernard Arnault réalise un grand coup. Et Kanye assure sa communication à merveille.

Il est 21h lorsque l’on arrive en face du grand bâtiment de la Fondation Louis Vuitton. La foule qui se masse devant les portes d’entrée ressemble à s’y méprendre à un défilé de mode APC ou Pigalle. Ca tombe bien, Jean Touitou et Stephane Ashpool, directeurs respectifs des deux marques sont là. Tout comme Brodinski, Surkin, d’autres créateurs de mode,  et des quarantenaires dans des manteaux hors de prix. Bref le public du soir était du genre huppé. En adéquation avec le lieu. 

Avant de pénétrer dans l’auditorium de la salle, on traverse le grand hall épuré de la Fondation, pour rejoindre une salle plongée dans le noir. Sur un mur, le clip du single « All Day », réalisé par Steve Mc Queen. Kanye y interprète son titre au milieu d’un hangar vide tout en bois, fixe la camera durant tout le plan-séquence de 7 minutes, gigote dans tous les sens, puis va s’affaler contre un mur, exténué. Culte de la personnalité, diront les mauvaises langues. Réalisation artistique répondront les fans.

Une heure d’attente plus tard, on entre enfin dans l’auditorium. Une grande salle boisée avec son balcon réservé aux VIP. Sur scène, un décor simple, épuré : des murs et un plafond blanc. La lumière s’éteint, et les premières notes de « On Sight » résonnent. La froideur du titre prend encore plus d’épaisseur sur scène : Kanye surgit, intégralement vêtu de blanc, et s’agite dans tous les sens. Ce garçon n’arrête-t-il donc jamais de courir? Sans prévenir, les chants tribaux de « Black Skinhead » sortent des enceintes. Hurlement du public, et un Kanye encore plus possédé, animal. L’impression générale qui ressort de sa performance est largement positive : seul sur scène dans son décor blanc, le rappeur prend le public en otage, traverse la scène, s’agenouille, fixe le balcon. Peut être pour faire coucou à Kim Kardashian, présente au premier rang et repérée par les inévitables groupies de la soirée. Dans tous les cas, la setlist « best of » du soir n’oublie  (presque) aucun des  grands classiques de l’artiste. Du gros son et des circle pits avec la bombe « Blood On The Leaves » (merci TNGHT), le ghetto « Mercy », le pop « Flashing Lights », le petit dernier « All Day » et des moments plus tubesque avec « Good Life », « All Of The Lights », ou son prochain single « Wolves ».

Derrière et au dessus de Kanye West, les décors changent au fur et à mesure de la performance. Forêt, mer, rivière. Les éléments naturels entourent l’artiste. Pour finalement atteindre le point culminant de la performance : le bruit d’une tempête océane surprend la salle, agresse les tympans, puis le silence. Les premières notes de piano de « Runaway » résonnent, et Kanye se retrouve à chanter en cœur avec le public. Un sommet de mélancolie qui transporte l’audience, l’emmène complètement ailleurs, rapproche les couples présents, et déprime encore plus les autres. « Let’s have a toast for the douchebags » chante-t-il. On ne lui enlève pas l’idée. Mais il faut croire que ce soir, les verres se levaient plutôt pour ce rappeur un peu arrogant (pléonasme ?)  mais toujours imprévisible et au final très touchant. 

Meilleur moment : Runaway. Beau à pleurer. (Fragiles? Nous?)

Pire moment : Tous ces gens venus pour alimenter leurs comptes Instagram et Snapchat plutôt que de profiter de la musique. Mention spéciale au type qui a plus vu le concert à travers son écran d’iPhone qu’en direct. 

Brice Bossavie

 

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