En direct de… Primavera, jour 1

Ce n’est parce qu’on est aux Nuits Sonores et même à We Love Green qu’on ne peut pas aus­si être à Pri­mav­era Sound Fes­ti­val (édi­tion Barcelone) et c’est avec un don d’u­biq­ui­té digne d’une fameuse sor­cière du paysage audio­vi­suel des années 90 que Tsu­gi rame­na aus­si sa fraise en ce jeu­di de l’as­cen­sion. C’est le pre­mier vrai jour de fes­tiv­ités après un mecre­di dis­cret où, dit-on, Stro­mae aurait réus­si à enflam­mer la foule, là aussi.

L’ar­rivée à son pre­mier Pri­mav­era fait un effet très étrange, le site, en bord de mer, est assez fasci­nant, entre ponts de bétons, palmiers et pan­neaux solaires géants on se croirait un peu à Mia­mi. Dif­fi­cile de trou­ver l’en­trée et il faut con­tourn­er l’en­ceinte un moment avant de se repér­er. D’ailleurs on se demande si la chose n’est pas déserte, un peu comme Coney Island un jour chômé.

Finale­ment du monde il y avait, une horde de gens même pour un sim­ple jeu­di après-midi. Et le plan n’est pas de trop pour se répér­er sur un site d’un gigan­tisme incomparable.

On débute les hos­til­ités avec Glass­er. La chanteuse et pro­duc­trice améri­caine, au chant sur scène et accom­pa­g­née d’un seul copain, aux machines, ne fail­lit pas à sa répu­ta­tion de mini-Björk avec ses chan­sons mi-ésotériques mi-future-pop, et si par­fois on pense un peu trop à son ainée, vocale­ment surtout, on ne peut que remar­quer que bon nom­bre des chan­sons se tien­nent. En plus elle se donne beau­coup pour occu­per la scène à elle seule et ses dans­es plus ou moins maîtrisées lui con­fèrent un cer­tain charme, mal­gré la tenue de ten­nis­woman du futur. On trou­ve le temps de voir la toute fin de Rodri­go Ama­rante, copain de Deven­dra Ban­hart assez généreux sur scène même si on n’est pas sub­jugué pour autant.

Les stands de bouffe eux ne font pas du tout rêver. On est loin des ten­ta­tives (plus ou moins réussies) de food­i­s­a­tion des fes­ti­vals français, petits pro­duc­teurs locaux et com­pag­nie. Pas de quoi s’at­tarder donc, direc­tion Mid­lake, qui joue sur une des deux gross­es scènes, ce qui ne leur va pas for­cé­ment. A vrai dire on s’y attendait mais on se fait franche­ment chi­er. D’abord ils n’ont pas beau­coup de vraies bonnes chan­sons à leur act­if en dehors de leur pre­mier album qui a bien­tôt dix ans, ensuite sur scène, tout est impec’, du chant aux instru­men­ta­tions, à tel point qu’ils ont vrai­ment l’air de s’en­nuy­er. Ca ne prend pas.

Direc­tion la scène Boil­er Room, qui décidé­ment est partout, avec un petit chapiteau ron­douil­lard éton­nant qui affichait en ouver­ture un set “spé­cial” de Jamie XX. Dans le chapiteau, la pla­fond est équipé d’un écran cir­cu­laire géant qui fait le tour du pub­lic et offre une mise en con­di­tions assez chou­ette. Mais la petitesse du lieu, trop rem­pli, dans lequel on ne voit rien (on dis­tingue même mal où est la “scène”) rend un peu claus­tro­phobe. Jamie lui, envoie un peu plus que ce que ses pro­pres pro­duc­tions auraient pu laiss­er penser et cela  sem­ble jouis­sif mais on quitte l’at­mo­sphère un peu étouf­fante du lieu.

C’est finale­ment St. Vin­cent qui nous don­nera la pre­mière claque du fes­ti­val, alors qu’ailleurs s’époumon­aient Neu­tral Milk Hotel et les fati­gants Future Islands. Mal­gré un dernier album un peu froid, la folie qui émane de la jeune femme est tou­jours aus­si jouis­sive et elle la laisse vis­i­ble­ment s’ex­primer de plus en plus. En démone à gui­tare, elle nous fera exul­ter même sur les titres qu’on ne pen­sait pas tant aimer comme “Every Tear Dis­ap­pear” ou “Dig­i­tal Witness”.

Petit pas­sage par Queens Of The Stone Age, pas­sage qu’on ne regret­tera pas, ils nous assom­ment peu après l’ou­ver­ture avec l’i­nou­bli­able “No One Knows”. Fan ou pas, c’est ce qu’on appelle un vrai rouleau com­presseur à fes­ti­val et QOTSA se porte décidé­ment comme un charme. 

Mais ce que tout le monde attendait c’é­tait Arcade Fire… Et avouons que les Cana­di­ens sont du genre généreux, avec un set extra-long, une explo­sion chro­ma­tique folle et une énergie assez incroy­able. L’au­teur de cet arti­cle a beau trou­ver les deux derniers albums du groupe un peu froids et regret­ter leurs ambi­tions de stade, il ne peut que recon­naître l’ef­fi­cac­ité et la maîtrise incroy­able. C’est d’ailleurs là-dessus qu’on achèvera cette pre­mière journée. Il en reste beau­coup demain.

Meilleur moment : “No One Knows” de QOTSA, que tout le monde hurle à s’en éclater les cordes vocales.

Pire moment : Le burg­er, igno­ble, steak ultra-cuit qui fait le cinquième de la taille d’un pain tout sec.

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