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29 septembre 2016

En direct de Variations, où quand classique, techno et jazz se rencontrent au Cabaret Sauvage

par Clémence Meunier

Prenez cinq producteurs électro. Associez-les à des musiciens classique ou jazz. Faites les bosser sur une reprise de musique dite « savante » (Bach, Arvo Pärt, John Coltrane, Steve Reich et Bernard Hermann). Enfin, amenez-les dans le décor superbe d’un Cabaret Sauvage totalement transformé, invitez 300 personnes et filmez le tout. Tentés ? Dommage, c’est déjà fait : mardi soir, le Cabaret à la Villette accueillait Variation(s), première du nom, une soirée organisée par les équipes de vidéastes de Sourdoreille et la Compagnie des Indes. Les vidéos issues de ces lives hybrides arriveront courant novembre sur Culturebox, la plateforme web de France Télévisions. Mais en attendant, parce qu’on a eu la chance d’assister à ces cinq belles expériences, on vous raconte.

Difficile de reconnaître le Cabaret Sauvage quand tombe, vers 19 heures, le lourd rideau rouge séparant le bar de la salle : la scène, placée en plein milieu du lieu pour une vision à 360°, est décorée de dizaine de médiators métalliques accrochés à des fils transparents. Une cascade de paillettes, roses, dorées ou bleues en fonction des spots qui l’éclairent, reprise un peu partout sous le chapiteau. On imagine déjà les plans alternant les valeurs de champ entre ces éclats de couleur et les visages des artistes que l’on aperçoit derrière (oui, comme des couillons, on a réussi à se placer dans le dos des musiciens) : ça va être beau. Résultat en novembre pour cinq vidéos.

Crédit : Hana Ofangel pour Sourdoreille

Mais déjà le tournage de la première commence, avec Zadig associé au pianiste Thomas Enhco pour reprendre du Bernard Hermann, compositeur et chef d’orchestre américain majoritairement connu pour ses BO de films cultes (sa première ? Citizen Kane, tout de même). Et puisqu’Hermann a longtemps collaboré avec Hitchcock, on n’est pas si surpris quand résonne au piano la célèbre mélodie de Psychose – un sample repris maintes et maintes fois en techno, et notamment par Moumouth d’Heretik System, décédé il y a peu. Mais pour cette collaboration, Zadig a légèrement délaissé ses amours techno pour un duo jazzy, où le piano et les machines sont en parfaite communion – malgré une intro un poil longue (un défaut que l’on retrouvera sur toutes les propositions de ce soir). Chloé et la joueuse de marimba Vassilena Serafimova, ayant planché sur le pionnier du minimalisme Steve Reich, ont elles choisi de travailler sur la progression et la musique concrète : on y entend distinctement le gros scotch se dérouler quand Vassilena Serafimova l’appose sur son marimba pour étouffer le son, Chloé sample sa propre voix pour des nappes éthérées… Et voilà que le morceau prend des airs de performance douce et ascensionnelle.

Crédit : Hana Ofangel pour Sourdoreille

Pour danser un coup, il faudra attendre le concert suivant, signé Electric Rescue et Gaspard Claus, violoncelliste souvent croisé chez Rone. Ils reprennent du Bach. C’est presque trop facile, puisqu’entre Bach et la techno, il n’y a pas de si grande différence. Musique répétitive, carrée, presque militaire, et assez difficile à rendre émotive (c’est là tout le challenge!) : la description s’applique aussi bien à un Prélude qu’à une soirée au Berghain. Electric Rescue et Gaspard Claus en ont bien conscience, et ont décidé à raison d’aller encore plus loin en injectant un ingrédient techno que Err Bach ne connaissait pas : les drops. Parfois un peu dur à mettre en place (dommage pour le tout dernier!) mais hyper ambitieux, malin et audacieux, exactement ce qu’on attendait de la soirée ! C’est ensuite le tour de Dubfire, qui pour travailler sur le compositeur contemporain Arvo Pärt s’est associé à la violoniste norvégienne Mari Samuelsen – sublime quand elle reprenait Vivaldi sous la direction de Max Richter à la Philharmonie en janvier dernier. Bien sûr, la soirée n’était pas une battle entre les cinq projets ; mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est deux-là ont décroché la médaille d’or. Jouant la carte de la fusion d’abord, puis du dialogue entre machines (acid!) et violon, le duo a sublimé l’oeuvre pas toujours accessible du compositeur estonien.

Mais c’est le tout dernier concert qui était le plus attendu : Jeff Mills avait fait le déplacement pour une bonne demi-heure avec le saxophoniste Emile Parisien afin de reprendre du John Coltrane. Pas de « Lazy Bird » et autres classiques à l’horizon, le duo s’attachant surtout à la discographie plus tardive du génie américain… A savoir du free-jazz. Tout le monde ne peut pas aimer ni savoir que penser de ce style bien particulier. Nous les premiers. On laissera donc un Jeff Mills toujours aussi sérieux saluer aux côtés du saxophoniste particulièrement habité, en attendant de revoir ces beaux projets en vidéo… Et peut-être une deuxième saison de Variations bientôt ?

Meilleur moment : Danser sur du violon acid. On ne pensait pas voir ça un jour.
Pire moment : Les intros toujours longues.

Crédit : Hana Ofangel pour Sourdoreille

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