En direct de Variations, où quand classique, techno et jazz se rencontrent au Cabaret Sauvage

Prenez cinq pro­duc­teurs élec­tro. Associez-les à des musi­ciens clas­sique ou jazz. Faites les boss­er sur une reprise de musique dite “savante” (Bach, Arvo Pärt, John Coltrane, Steve Reich et Bernard Her­mann). Enfin, amenez-les dans le décor superbe d’un Cabaret Sauvage totale­ment trans­for­mé, invitez 300 per­son­nes et filmez le tout. Ten­tés ? Dom­mage, c’est déjà fait : mar­di soir, le Cabaret à la Vil­lette accueil­lait Variation(s), pre­mière du nom, une soirée organ­isée par les équipes de vidéastes de Sour­dor­eille et la Com­pag­nie des Indes. Les vidéos issues de ces lives hybrides arriveront courant novem­bre sur Cul­ture­box, la plate­forme web de France Télévi­sions. Mais en atten­dant, parce qu’on a eu la chance d’as­sis­ter à ces cinq belles expéri­ences, on vous racon­te.

Dif­fi­cile de recon­naître le Cabaret Sauvage quand tombe, vers 19 heures, le lourd rideau rouge séparant le bar de la salle : la scène, placée en plein milieu du lieu pour une vision à 360°, est décorée de dizaine de médi­a­tors métalliques accrochés à des fils trans­par­ents. Une cas­cade de pail­lettes, ros­es, dorées ou bleues en fonc­tion des spots qui l’é­clairent, reprise un peu partout sous le chapiteau. On imag­ine déjà les plans alter­nant les valeurs de champ entre ces éclats de couleur et les vis­ages des artistes que l’on aperçoit der­rière (oui, comme des couil­lons, on a réus­si à se plac­er dans le dos des musi­ciens) : ça va être beau. Résul­tat en novem­bre pour cinq vidéos.

Crédit : Hana Ofan­gel pour Sour­dor­eille

Mais déjà le tour­nage de la pre­mière com­mence, avec Zadig asso­cié au pianiste Thomas Enhco pour repren­dre du Bernard Her­mann, com­pos­i­teur et chef d’orchestre améri­cain majori­taire­ment con­nu pour ses BO de films cultes (sa pre­mière ? Cit­i­zen Kane, tout de même). Et puisqu’Her­mann a longtemps col­laboré avec Hitch­cock, on n’est pas si sur­pris quand résonne au piano la célèbre mélodie de Psy­chose – un sam­ple repris maintes et maintes fois en tech­no, et notam­ment par Moumouth d’Heretik Sys­tem, décédé il y a peu. Mais pour cette col­lab­o­ra­tion, Zadig a légère­ment délais­sé ses amours tech­no pour un duo jazzy, où le piano et les machines sont en par­faite com­mu­nion – mal­gré une intro un poil longue (un défaut que l’on retrou­vera sur toutes les propo­si­tions de ce soir). Chloé et la joueuse de marim­ba Vas­sile­na Ser­afi­mo­va, ayant planché sur le pio­nnier du min­i­mal­isme Steve Reich, ont elles choisi de tra­vailler sur la pro­gres­sion et la musique con­crète : on y entend dis­tincte­ment le gros scotch se dérouler quand Vas­sile­na Ser­afi­mo­va l’appose sur son marim­ba pour étouf­fer le son, Chloé sam­ple sa pro­pre voix pour des nappes éthérées… Et voilà que le morceau prend des airs de per­for­mance douce et ascen­sion­nelle.

Crédit : Hana Ofan­gel pour Sour­dor­eille

Pour danser un coup, il fau­dra atten­dre le con­cert suiv­ant, signé Elec­tric Res­cue et Gas­pard Claus, vio­lon­cel­liste sou­vent croisé chez Rone. Ils repren­nent du Bach. C’est presque trop facile, puisqu’en­tre Bach et la tech­no, il n’y a pas de si grande dif­férence. Musique répéti­tive, car­rée, presque mil­i­taire, et assez dif­fi­cile à ren­dre émo­tive (c’est là tout le chal­lenge!) : la descrip­tion s’ap­plique aus­si bien à un Prélude qu’à une soirée au Berghain. Elec­tric Res­cue et Gas­pard Claus en ont bien con­science, et ont décidé à rai­son d’aller encore plus loin en injec­tant un ingré­di­ent tech­no que Err Bach ne con­nais­sait pas : les drops. Par­fois un peu dur à met­tre en place (dom­mage pour le tout dernier!) mais hyper ambitieux, malin et auda­cieux, exacte­ment ce qu’on attendait de la soirée ! C’est ensuite le tour de Dub­fire, qui pour tra­vailler sur le com­pos­i­teur con­tem­po­rain Arvo Pärt s’est asso­cié à la vio­loniste norvégi­en­ne Mari Samuelsen – sub­lime quand elle repre­nait Vival­di sous la direc­tion de Max Richter à la Phil­har­monie en jan­vi­er dernier. Bien sûr, la soirée n’é­tait pas une bat­tle entre les cinq pro­jets ; mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est deux-là ont décroché la médaille d’or. Jouant la carte de la fusion d’abord, puis du dia­logue entre machines (acid!) et vio­lon, le duo a sub­limé l’oeu­vre pas tou­jours acces­si­ble du com­pos­i­teur estonien.

Mais c’est le tout dernier con­cert qui était le plus atten­du : Jeff Mills avait fait le déplace­ment pour une bonne demi-heure avec le sax­o­phon­iste Emile Parisien afin de repren­dre du John Coltrane. Pas de “Lazy Bird” et autres clas­siques à l’hori­zon, le duo s’at­tachant surtout à la discogra­phie plus tar­dive du génie améri­cain… A savoir du free-jazz. Tout le monde ne peut pas aimer ni savoir que penser de ce style bien par­ti­c­uli­er. Nous les pre­miers. On lais­sera donc un Jeff Mills tou­jours aus­si sérieux saluer aux côtés du sax­o­phon­iste par­ti­c­ulière­ment habité, en atten­dant de revoir ces beaux pro­jets en vidéo… Et peut-être une deux­ième sai­son de Vari­a­tions bien­tôt ?

Meilleur moment : Danser sur du vio­lon acid. On ne pen­sait pas voir ça un jour.
Pire moment : Les intros tou­jours longues.

Crédit : Hana Ofan­gel pour Sour­dor­eille

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