En direct des Eurockéennes de Belfort

Pas facile d’être un fes­ti­val de cette ampleur (104 000 fes­ti­va­liers sur 3 jours) et de trou­ver le juste équili­bre entre têtes d’affiche qui dépla­cent les foules et la néces­saire mis­sion de décou­verte qu’on est en droit d’attendre du plus gros fes­ti­val rock de France. D’ailleurs l’année dernière, la pro­gram­ma­tion du raout belfor­t­ain nous avais un peu moins séduits. Cette année si les refor­ma­tions de Louise Attaque, des Insus et les barbes des Tex­ans de ZZ Top étaient là pour séduire le plus grand nom­bre, le fes­ti­val a su met­tre l’accent sur les nou­veaux tal­ents tout en renouant avec les fon­da­men­taux du rock.

Rem­bobi­nons. Il est aux alen­tours de 13h dans le TGV N°6703 au départ de la Gare de Lyon. Le wagon-bar est plein comme un oeuf et mal­gré l’interdiction de la vente d’alcool à bord pour cause d’Euro, l’employée de la SNCF der­rière le comp­toir sem­ble un peu excédée par toute cette agi­ta­tion. La rai­son : le groupe Bagarre a instal­lé sa sono mobile et s’apprête à nous don­ner un petit avant-goût de leur trap music en français avant d’enquiller quelques galettes : de Lau­rent Gar­nier à Azealia Banks, his­toire de don­ner le ton de leur con­cert du soir au Club Loggia.

On retien­dra aus­si de cette 1ère soirée le com­bo soul-folk de Nathaniel Rateliff & The Night Sweats, solaire et généreux, avant que les beats agres­sifs de Mr Oizo ne nous inci­tent à aller au pieu his­toire de ne pas per­dre trop de points de vie dès le début du festival !

Les choses sérieuses ont véri­ta­ble­ment com­mencé le same­di avec le psy­chédélisme des cal­i­forniens d’Allah-Las, le retour de Beck ou Foals qui, mal­gré un dernier album un poil trop for­maté, a don­né un con­cert d’une rare inten­sité grâce à la présence du très charis­ma­tique Yan­nis Philip­pakis. Same­di c’était aus­si le jour de la con­sécra­tion de Last Train, les régionaux de l’étape. Qua­tre jeunes gens de Mul­house, qui con­nais­sent bien le camp­ing des Eurocks pour l’avoir pra­tiqué dès que leurs par­ents leur en ont don­né la per­mis­sion. Du rock puis­sant et lyrique qui a lit­térale­ment labouré les 5000 per­son­nes tassées devant la scène du Club Log­gia lais­sant le groupe ému aux larmes en sor­tant de scène.

Pour cette 2e soirée, “La Plage”, la scène lacus­tre du fes­ti­val qui flotte sur le Lac de Mal­saucy, étaient aux couleurs des Inrock­upt­ibles à l’occasion de leur 30e anniver­saire Une pro­gram­ma­tion assez pointue qui nous a per­mis de décou­vrir les Anglais de For­ma­tion qui sur­fent sur l’héritage de LCD Soundsys­tem, le rock du ter­roir de The Inspec­tor Clu­zo (un duo de fer­miers gas­cons aus­si doués pour le con­fit de canard que le rock) ou le hip hop sous codéine de Vince Sta­ples, la dernière sen­sa­tion issue du col­lec­tif cal­i­fornien Odd Future.

Mais la dernière soirée de cette 28e édi­tion sera sans con­teste la meilleure. Avec l’elecro-pop bien foutue de Las Aves, le punk-rock classieux de Court­ney Bar­nett, la vio­lente sec­ousse sis­mique du retour des Kills (mais quel est le secret de Jamie Hince pour qu’on ait l’impression qu’il joue de 8 gui­tares en même temps ?!) ou la pop maligne de Mac DeMar­co qui a car­ré­ment dressé une table sur scène et con­vié quelques spec­ta­teurs à pren­dre l’apéro pen­dant son concert !

Seuls ombres au tableau : Tame Impala dont on avait l’impression qu’il déroulait un set très con­trôlé, sans émo­tion. D’ailleurs il a bal­ancé son tube “Let It Hap­pen” dès le 1er morceau accom­pa­g­né d’une explo­sion de con­fet­tis. Un peu éjac­u­la­teur pré­coce cette affaire… Sans par­ler de M83 qui a con­fir­mé tout le mal qu’on pense de son dernier album.

Le dimanche c’é­tait aus­si le soir du quart de finales de l’Euro où l’équipe de France a mis une raclée aux sym­pa­thiques islandais. Com­ment l’oublier puisque le match était pro­jeté sur tout ce qui ressem­blait de près ou de loin à un écran ?! Les dra­peaux, pein­tures et autres per­ruques tri­col­ores pul­lu­laient sur toute la presqu’ile du Mal­saucy. Mais il en fal­lait bien plus pour désta­bilis­er Action Bron­son, ancien cuis­tot new-yorkais au look de viking, et son rap gogue­nard ponc­tués de nom­breux moth­er­fuck­ers. Et surtout Ander­son .Paak et sa fusion hip hop-soul-house. Super chanteur et bête de scène, qui a com­mencé à trans­former la plage en dance­floor avant que Cari­bou, tout de blanc vêtu, ne fasse décoller tout le monde, mal­gré un sound sys­tem pas tout à fait à la hauteur.

Les Eurock­éennes avaient choisi cette année de met­tre James Dean sur l’affiche de leur 28e édi­tion. La fureur de vivre : un bon résumé de l’état d’esprit du fes­ti­val. Nous tra­ver­sons une péri­ode som­bre et inquié­tante avec la vague d’attentats qui frap­pent sans dis­cerne­ment : Orlan­do, Istan­bul, Bag­dad, et bien sûr, le Bat­a­clan. La musique n’a plus tout à fait le même rôle depuis le 13 novem­bre 2015. Nous avons plus que jamais besoin de ces moments d’émotion et de partage pour affron­ter le quo­ti­di­en. Don­ner du sens à la fête c’était la mis­sion qu’avait con­fiée les Eurocks à Fan­ny Bouyagui et toute l’équipe du NAME Fes­ti­val. Pen­dant 3 jours, les fes­ti­va­liers ont défilé pour se faire titr­er le por­trait enlacés par Fan­ny et son célèbre tatouage “Peace” sur l’avant-bras. Plus de 4000 por­traits souri­ants parce que oui, on est bien ensem­ble. Alors “Peace for all” et rendez-vous le 7 octo­bre dans la région de Lille pour le NAME et le 7 juil­let 2017 pour non pas 3 mais 4 jours d’Eurockéennes !

Meilleur moment : Cari­bou qui se lève pour aller danser sur le bord de la scène pen­dant que ses musi­ciens lâchent les chevaux sur le final élé­giaque de « Swim »

Pire moment : les hordes de mous­tiques qui s’abattent assoif­fés de sang au couch­er du soleil sur les fes­ti­va­liers avinés. L’année prochaine : penser au répulsif !

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