En direct du festival Variations à Nantes

Au pre­mier week-end d’avril, nous avions rendez-vous sur les ter­res nan­tais­es pour décou­vrir un tout jeune fes­ti­val, Vari­a­tions. Pen­dant trois jours au Lieu Unique, mais aus­si à la Chapelle de l’Im­mac­ulé, au Théâtre Graslin à La Cathé­drale de Nantes et au parc de Procé, nous avons exploré les nom­breuses pos­si­bil­ités du piano et du clavier. La force de Vari­a­tions tient dans ce mélange d’u­nivers allant du baroque à l’am­bi­ent, du clas­sique aux musiques tra­di­tion­nelles, ce qui nous a per­mis d’en­ten­dre des instru­ments inhab­ituels tels que l’orgue, l’har­mo­ni­um indi­en ou la vieille à roue. Au fil des vingt-cinq con­certs pro­posés, de Philipp Glass à Michel Legrand, on s’est lais­sé emmen­er, entraîn­er, bercer par des artistes pas­sion­nés et pas­sion­nants.

Dès notre arrivée ven­dre­di pour l’Ensem­ble Amar­il­lis & Louis Sclavis, dans un amphithéâtre, on décou­vre un mélange entre baroque et jazz par­fois très expéri­men­tal, mais qui a su nous hyp­no­tis­er. Les musi­ciens à la flûte, au clavecin, au vio­lon­celle et au sax­o­phone sont tous comme pos­sédés. Un aban­don qui nous frap­pera pen­dant toute la durée du fes­ti­val. Avec l’Ensem­ble O par exem­ple, qui joue Elp­mas de Moon­dog. Cette com­po­si­tion entre sonorités aborigènes, japon­ais­es et amérin­di­ennes nous entraîne tout droit au fond de la jun­gle ou au milieu de l’océan. Entre les morceaux, le pub­lic, com­posé de jeunes et de moins jeunes, n’ose même pas applaudir, comme si ces clappe­ments de mains per­turberaient l’am­biance mys­tique que font trôn­er les marim­bas, le sax­o­phone, le tam­bour et les voix fan­toma­tiques.

Pen­dant ces trois jours, on a aus­si sou­vent eu la larme à l’oeil. La presta­tion de Le Comte dans le salon des musiques du Lieu Unique fait par­tie de ces instants sen­si­bles. Jouant avec les tex­tures de ses machines mod­u­laires, le mem­bre de Juve­niles a présen­té son superbe EP Chaleur et Mou­ve­ment. Entre moment de pléni­tude totale et envolées lyriques déli­cates, il nous entraîne dans une tor­nade d’é­mo­tions dont on a du mal à redescen­dre. On pense égale­ment à Max­ence Cyrin qui avec son piano réin­ter­prète des tubes de Nir­vana, Depeche Mode, Moby ou encore Mas­sive Attack sous les voûtes mag­iques de la Chapelle de l’Im­mac­ulée. On est égale­ment encore tout retourné face au tal­ent de Kei­th Tip­pet, un pianiste under­ground qui utilise son instru­ment comme per­son­ne. En phase de transe totale sur ses touch­es, le musi­cien pose des objets à l’in­térieur de la caisse du piano, lui don­nant des sons de gui­tare, de clavecin et même par­fois de didgeri­doo. Com­ment est-ce pos­si­ble ? Il faut le voir pour le croire.

Le fes­ti­val Vari­a­tions est peut être un événe­ment prop­ice au calme et à la rêver­ie, mais il n’en oublie pas moins la fête ! C’est La Souter­raine qui a eu pour mis­sion d’animer les soirées du Lieu Unique. Une mis­sion relevée avec brio grâce à des artistes d’un éclec­tisme fou. Mohammed Lam­ouri a ouvert cette pre­mière soirée. On s’at­tendait à ce qu’il soit plutôt timide, on se trompait forte­ment. Le chanteur de la ligne 2, désor­mais devant un pub­lic atten­tif, ne cesse de deman­der si tout va bien ce à quoi tout le monde clame un oui bien­veil­lant. Durant ces soirées Souter­raine, on s’est aus­si déchaîné sur Casse Gueule, lais­sé envoûté par La Tène et bercé par Jaune.

Qui dit fes­ti­val, dit soirée de clô­ture. En ce dimanche soir, nous nous asseyons dans le grand ate­lier prêt à enten­dre Chas­sol et sa réin­ter­pré­ta­tion de “Six Pianos” de Steve Reich. Chas­sol plus Steve Reich, vous doutez bien qu’on avait peu de chance d’être déçus. Enfin pour l’ul­time presta­tion, l’équipe de Vari­a­tions avait con­vié Katia et Marielle Labèque. Face à face, les deux sœurs sont comme un reflet l’une de l’autre, bougeant presque de la même manière sur leurs inter­pré­ta­tions des œuvres de Bryce Dess­ner et The Nation­al. Après avoir mis une claque au pub­lic, les deux artistes invi­tent le trio élec­trique Triple Sun pour quelques morceaux en ape­san­teur qui nous ont lais­sé en orbite.

Meilleur moment : Être au soleil sur la ter­rasse du Lieu Unique et voir un héron pass­er sur la Loire.
Pire moment : Le dis­cours de présen­ta­tion et de remer­ciements de rigueur au pre­mier con­cert.

(Vis­ité 331 fois)