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5 avril 2017

En direct du festival Variations à Nantes

par Mathilde LESAINT

Au premier week-end d’avril, nous avions rendez-vous sur les terres nantaises pour découvrir un tout jeune festival, Variations. Pendant trois jours au Lieu Unique, mais aussi à la Chapelle de l’Immaculé, au Théâtre Graslin à La Cathédrale de Nantes et au parc de Procé, nous avons exploré les nombreuses possibilités du piano et du clavier. La force de Variations tient dans ce mélange d’univers allant du baroque à l’ambient, du classique aux musiques traditionnelles, ce qui nous a permis d’entendre des instruments inhabituels tels que l’orgue, l’harmonium indien ou la vieille à roue. Au fil des vingt-cinq concerts proposés, de Philipp Glass à Michel Legrand, on s’est laissé emmener, entraîner, bercer par des artistes passionnés et passionnants.

Dès notre arrivée vendredi pour l’Ensemble Amarillis & Louis Sclavis, dans un amphithéâtre, on découvre un mélange entre baroque et jazz parfois très expérimental, mais qui a su nous hypnotiser. Les musiciens à la flûte, au clavecin, au violoncelle et au saxophone sont tous comme possédés. Un abandon qui nous frappera pendant toute la durée du festival. Avec l’Ensemble O par exemple, qui joue Elpmas de Moondog. Cette composition entre sonorités aborigènes, japonaises et amérindiennes nous entraîne tout droit au fond de la jungle ou au milieu de l’océan. Entre les morceaux, le public, composé de jeunes et de moins jeunes, n’ose même pas applaudir, comme si ces clappements de mains perturberaient l’ambiance mystique que font trôner les marimbas, le saxophone, le tambour et les voix fantomatiques.

Pendant ces trois jours, on a aussi souvent eu la larme à l’oeil. La prestation de Le Comte dans le salon des musiques du Lieu Unique fait partie de ces instants sensibles. Jouant avec les textures de ses machines modulaires, le membre de Juveniles a présenté son superbe EP Chaleur et Mouvement. Entre moment de plénitude totale et envolées lyriques délicates, il nous entraîne dans une tornade d’émotions dont on a du mal à redescendre. On pense également à Maxence Cyrin qui avec son piano réinterprète des tubes de Nirvana, Depeche Mode, Moby ou encore Massive Attack sous les voûtes magiques de la Chapelle de l’Immaculée. On est également encore tout retourné face au talent de Keith Tippet, un pianiste underground qui utilise son instrument comme personne. En phase de transe totale sur ses touches, le musicien pose des objets à l’intérieur de la caisse du piano, lui donnant des sons de guitare, de clavecin et même parfois de didgeridoo. Comment est-ce possible ? Il faut le voir pour le croire.

Le festival Variations est peut être un événement propice au calme et à la rêverie, mais il n’en oublie pas moins la fête ! C’est La Souterraine qui a eu pour mission d’animer les soirées du Lieu Unique. Une mission relevée avec brio grâce à des artistes d’un éclectisme fou. Mohammed Lamouri a ouvert cette première soirée. On s’attendait à ce qu’il soit plutôt timide, on se trompait fortement. Le chanteur de la ligne 2, désormais devant un public attentif, ne cesse de demander si tout va bien ce à quoi tout le monde clame un oui bienveillant. Durant ces soirées Souterraine, on s’est aussi déchaîné sur Casse Gueule, laissé envoûté par La Tène et bercé par Jaune.

Qui dit festival, dit soirée de clôture. En ce dimanche soir, nous nous asseyons dans le grand atelier prêt à entendre Chassol et sa réinterprétation de « Six Pianos » de Steve Reich. Chassol plus Steve Reich, vous doutez bien qu’on avait peu de chance d’être déçus. Enfin pour l’ultime prestation, l’équipe de Variations avait convié Katia et Marielle Labèque. Face à face, les deux sœurs sont comme un reflet l’une de l’autre, bougeant presque de la même manière sur leurs interprétations des œuvres de Bryce Dessner et The National. Après avoir mis une claque au public, les deux artistes invitent le trio électrique Triple Sun pour quelques morceaux en apesanteur qui nous ont laissé en orbite.

Meilleur moment : Être au soleil sur la terrasse du Lieu Unique et voir un héron passer sur la Loire.
Pire moment : Le discours de présentation et de remerciements de rigueur au premier concert.

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