En février 2020, Amelie Lens, Milo Spykers et Ahl Iver au Rex Club / ©David Boschet

Et 18 mois plus tard, le Rex Club rouvre : l’équipe nous raconte

Le temps com­mençait à être long. Comme tant d’autres, le Rex, emblème des nuits parisi­ennes, a dû fer­mer ses portes pen­dant 18 mois, sans dis­con­tin­uer. Mais l’attente se ter­mine enfin ce soir, et l’équipe du lieu a tout fait pour rou­vrir dans les meilleures con­di­tions pos­si­bles. Vic­to­rien Jacque­mond, chargé de com­mu­ni­ca­tion, et Antoine Molkhou, pro­gram­ma­teur, nous racon­tent com­ment ils ont pu sor­tir la tête hors de l’eau. 

clubs

Le Rex Club vide en 2020 / ©David Boschet

Com­ment avez-vous tenu le coup pen­dant ces 18 mois de fer­me­ture, tant finan­cière­ment que moralement ?

Vic­to­rien : Sur le plan financier, déjà, on a loué le club à une société d’audiovisuel du nom de Lumens Box, entre jan­vi­er et début sep­tem­bre de cette année. Ça nous a per­mis d’avoir une ren­trée de loy­er, et de faire vivre le lieu. À part ça, on a égale­ment béné­fi­cié du chô­mage par­tiel, à la hau­teur max­i­male pour tous les salariés. Les auto-entrepreneurs qui tra­vail­lent avec nous n’en ont mal­heureuse­ment pas prof­ité, l’aide dédiée n’était qu’à hau­teur de 1 500 euros. Et on a égale­ment touché une aide sup­plé­men­taire équiv­a­lente à 20 % de notre chiffre d’affaires, ce qui a per­mis de main­tenir le club. Au-delà de ça, le Rex n’a pas de loy­er à rem­bours­er, nous ne louons pas nos locaux, con­traire­ment à des con­frères comme le Bad­aboum ou le Sacré, ce qui est une chance pour nous.

Antoine : Morale­ment, il y a eu plusieurs étapes. Il y a bien sûr eu des moments où on était abat­tus, parce qu’on ne voy­ait pas le bout de la crise. Je pense que per­son­ne ne pen­sait que ça allait dur­er 18 mois. Il y a aus­si eu des moments d’espoir. On a eu la chance de pou­voir boss­er cet été, on a mon­té quelques pro­jets, on a pu arrêter de penser à tout ça. On a essayé de ne pas trop se pren­dre la tête non plus, parce que de toute façon, il n’y avait rien à faire, et c’était pareil pour tout le monde. On pen­sait aux autres, les théâtres, les restau­rants, les ciné­mas, etc. On savait qu’on était les pre­miers fer­més et les derniers à rouvrir.

 

À lire également
Le jour où ce live au Rex Club a changé la vie de Rone

 

Finale­ment, la voilà cette réou­ver­ture. Quel est le programme ? 

Vic­to­rien : On démarre avec beau­coup de rési­dents. Il y a déjà Mézigue et Mad Rey en b2b qui vont ouvrir, avec une nou­velle sur la scène, Louise Lavi. Le lende­main, c’est le col­lec­tif des Sœurs Mal­saines qui pro­pose un line-up 100 % féminin, puis La Mamie’s en for­mat All Night Long le same­di, et Lau­rent Gar­nier le dimanche. Donc on a pen­sé français et prox­im­ité, mais en voy­ant aus­si les choses en grand. On est surtout très con­tents de pou­voir faire retra­vailler des gens, qui plus est des gens chers au club, et impor­tants pour nous.

Antoine : Pour le reste de l’année, on est déjà très avancés, avec aus­si beau­coup de dates calées en 2022. Il y a 130 dates à reporter, ça a été un tra­vail fas­ti­dieux, et cer­taines dates ont été reportées plusieurs fois parce qu’on a cru qu’on pour­rait repren­dre. Et il a aus­si fal­lu par­fois repren­dre des avances qu’on avait faites, et ce n’était pas agréable de réclamer de l’argent à des gens qui ne tra­vail­lent pas non plus, mais les agents ont joué le jeu. Il y a encore des choses qui bougent. C’est très impor­tant qu’on puisse avoir de la vis­i­bil­ité à long terme, pour éviter les sur­coûts, même si on ne peut pas être autant en avance qu’on ne l’était avant. 

Est-ce que des choses vont évoluer après cette longue pause ? 

Antoine : On s’est beau­coup rap­prochés de la mai­son mère, c’est-à-dire du ciné­ma. Le groupe a souhaité que les deux entités, qui étaient quand même très séparées, se rap­prochent. On se serre plus les coudes qu’avant. Et on a un nou­veau chargé de pro­duc­tion, l’ancien est juste­ment par­ti au Grand Rex. Sinon, le fonc­tion­nement reste le même, on veut tou­jours met­tre en avant la scène française, con­tin­uer de tra­vailler sur notre inclu­siv­ité. Notre prin­ci­pal objec­tif, tout ce temps, c’était la réou­ver­ture, même si on était moins sous pres­sion que d’autres. Et l’état d’esprit est au beau fixe : on est prêts à affron­ter plein de choses. L’euphorie de la réou­ver­ture est passée, puisque les clubs ont pu rou­vrir depuis plusieurs semaines. Mais on sait que des gens vont être con­tents de revenir. On a une année dif­fi­cile qui arrive, mais ça ne peut pas être plus dur que ces 18 derniers mois.

(Vis­ité 1 086 fois)