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3 mai 2016

Et si Charli XCX sauvait la pop ?

par rédaction Tsugi

Extrait du numéro 91 de Tsugi (avril 2016)

En l’espace de trois mois, en collaborant avec Mr. Oizo puis Sophie, Charli XCX est passée de pop star écervelée à espoir d’une scène mainstream intelligente. Récit. 

Début décembre, le facétieux Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, semble confirmer qu’il ne prend guère au sérieux la face musicale de sa carrière, sortant un nouvel EP porté par « Hands In The Fire », petite bombe électro-pop interprétée par Charli XCX. Une surprise, tant on imagine mal le bougon producteur français éprouver du plaisir à l’écoute de la musique de la popstar anglaise, qui a surtout brillé par son incapacité à proposer la moindre chose excitante ces dernières années. Sur son deuxième album qui l’a fait décoller à l’international, Sucker, on la découvrait en fausse punkette marketée à la truelle, comme sur le single « Break The Rules » où elle jouait les lycéennes dissidentes. La Canadienne Avril Lavigne occupant le même triste créneau depuis près de quinze ans avec ses amis sk8ers, il était alors difficile de trouver le moindre charme à Charli. Dans le clip, elle secouait ses cheveux sauvagement et dansait avec autorité sur le toit d’un bus scolaire, comme une pom pom girl rebelle et anticonformiste qui écrase de ses bottes la bienséance et les règles. Vas-y Charli, casse tout ! 

CHARLOTTE SE VAUTRE 

Pourtant tout n’a pas toujours été si grotesque dans la carrière de Charlotte (son vrai prénom) : ses premiers pas étaient même porteurs d’espoir. En janvier 2012, nous la mettions aux côtés de Grimes et Azealia Banks dans notre rubrique « Tsugi parie sur » à la faveur de « Nuclear Seasons », petit single électro-pop boudeur qui laissait espérer que Charli trouverait le bon équilibre entre succès de masse et ambitions artistiques. Un background différent des autres apprenties popstars – un organisateur de raves de l’Est londonien lui avait donné ses premières occasions de monter sur scène – laissait espérer que la jeune fille trouverait sa place, à mi-chemin entre Britney Spears et Crystal Castles, deux références assumées. C’est son premier album, True Romance, parfois osé, mais globalement très raté, qui a fait dérailler l’intrigante jeune femme : on peut imaginer qu’on l’a poussée à chercher le succès en versant dans le putassier. On l’a aussi aperçue en duo sur deux des tubes les plus énervants de ces dernières années, « I Love It » avec Icona Pop et surtout « Fancy » d’Iggy Azalea, qui lui a ouvert une carrière aux États-Unis et l’a engagée dans une voie totalement mainstream qu’elle a poursuivi sur son deuxième album Sucker en 2014, où les moindres aspérités ont été gommées.

MAIS CHARLOTTE EXCITE 

Il a ainsi fallu l’intervention divine de Oizo pour que la jeune femme se souvienne qu’elle possède encore toutes ses dents et qu’elle a probablement envie d’autre chose que de servir de la soupe. Si le toujours rebelle Quentin Dupieux a préféré ne pas répondre à nos trois questions, Ed Banger assure que la collaboration s’est faite sur un simple échange d’e-mails. Il en a certainement été autrement pour l’EP Vroom Vroom, sorti fin février par Charli sur son propre label et entièrement réalisé par Sophie, le producteur anglais androgyne du label Numbers. Une démarche de « coolification » savamment calculée : Charli anime une émission sur la radio Beats 1 pour passer du Skepta, du Sex Pistols et discuter en direct avec une Pussy Riot, Charli diffuse son maxi sur Soundcloud (caution branchée, car totalement ignorée par le monde du mainstream), le tout accompagné de photos de Barbie perverse dans le plus pur style PC Music. Le mouvement Sophie / PC Music n’a pas encore produit de succès mainstream, malgré la présence du premier sur un single de Madonna, on y voit ainsi vraiment une démarche de fan girl voulant collaborer avec ces chouchous de l’underground électronique britannique. 

Cette association surprise se solde par quatre titres épatants, qui plongent la pop de Charlotte dans l’avant-garde la plus excitante. On y retrouve toutes les facettes de Sophie, inspirations trap surpuissantes, instinct pop évident, synthétiseurs qui empruntent à l’eurodance voire à la trance, voix de chipmunk, touches techno, etc. Sur « Vroom Vroom », le single, Charli passe habilement de chanteuse R&B minaudante à apprentie-rappeuse tout en gouaille. Sur « Paradise », qui ne plaira qu’aux fans les plus extrémistes de PC Music, elle invite A.G. Cook et Hannah Diamond, piliers de PC Music, pour un hymne de fête foraine jouissif que les détracteurs pourraient qualifier de makina. Suivent le très M.I.A.esque « Trophy », où Charli affiche ses ambitions (« I wanna win, I want that trophy ») et le plus sombre « Secret (Shh) » qui n’aurait pas détonné dans la discographie de Panteros666 ou du Club Cheval. Quatre titres en tout point passionnants, qui placent l’Anglaise en tête d’une génération pop décidée à tenter des choses et à retrouver un peu de la superbe de la génération mi-90 à mi-2000, menée dans l’ombre par Timbaland et les Neptunes. On a vu Beyoncé demander un morceau à Caroline Polachek de Chairlift (le formidable « No Angel »), Miley Cyrus s’acoquiner avec Wayne Coyne des Flaming Lips (l’album controversé Miley Cyrus & Her Dead Petz) et Ariana Grande confier un de ses morceaux à Cashmere Cat, avant d’aller chanter elle-même sur un single du chat norvégien. Des nouvelles encourageantes, qui ne convaincront pas les puristes. Tant mieux, puisqu’on est bien contents de vivre à une époque où l’on peut avouer sans crainte avoir aimé le dernier single de Rihanna. Vient Charli, on les emmerde ! 

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