Exclu : “Bilimbi” d’Agnesca : quand électro réunionnaise et maloya se rencontrent chez InFiné

Un arbre dont les fruits ressem­blent à des cor­ni­chons translu­cides. Le bil­im­bi est un sym­bole : intro­duit sur les ter­res réu­nion­nais­es à la fin du XVI­I­Ie siè­cle par — les sources diver­gent — un ingénieur ou un botaniste français, il fait par­tie mal­gré sa rareté du riche pat­ri­moine de l’île. C’est d’ailleurs cet héritage que cherche à célébr­er le label InFiné (comp­tant par­mi ses rangs Rone ou Labelle) avec sa com­pi­la­tion Dig­i­tal Kabar. En s’aven­tu­rant dans les méan­dres du mal­oya, chant his­torique des esclaves réu­nion­nais inter­dit par les autorités français­es jusqu’à la fin des années 70, les morceaux du pro­jet dépous­sièrent et ren­dent hom­mage à un genre super­posant les har­monies tout en tran­spi­rant la douleur et l’op­pres­sion.

Le titre “Bil­im­bi”, d’après notre arbre fruiti­er donc, s’in­scrit dans cette pure volon­té. Durant qua­tre min­utes, la pro­duc­trice Agnesca métisse les influ­ences, à l’im­age de l’île qui l’a vue naître. Afrique de l’Est, Europe, Inde : les sonorités font écho aux com­mu­nautés qui coex­is­tent à la Réu­nion. Les per­cus­sions tra­di­tion­nelles du mal­oya sont appuyées par les ryth­miques plus dures d’une tech­no exo­tique. Ici, c’est prin­ci­pale­ment le dub­step qui est mis à l’hon­neur, trit­u­rant avec puis­sance et ten­sion les grooves du mal­oya. En se per­me­t­tant ces expéri­men­ta­tions sonores, la pro­duc­trice et ses com­pères d’In­Finé — réu­nion­nais comme mét­ro­pol­i­tains — renouent avec les fonde­ments d’un style musi­cal écorché par l’his­toire : une invi­ta­tion à la danse, voire à la transe pour oubli­er et panser ses plaies. Une jolie manière de dépein­dre la Réu­nion  ; son passé, ses richess­es, sa diver­sité et ses réal­ités à tra­vers des rythmes vis­céraux et des tex­tures mod­ernes. Puis­sent les vagues de l’Océan Indi­en porter ce son jusque dans nos con­trées européennes, et au-delà.

Ecoutez en exclu­siv­ité “Bil­im­bi” d’Ag­nesca, extrait de Dig­i­tal Kam­bar, qui sort le 21 juin. Si vous voulez en savoir plus sur le mal­oya et sa nou­velle jeunesse, emparez-vous du tout nou­veau numéro de Tsu­gi !

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