Matt Elliott et Vacarm - Crédit : Marie Monteiro

Festival Nouvelle(s) Scène(s) : doux Vacarme à Niort

Niort, l’une des villes les plus laides qu’il m’ait été don­né de voir”, écrit Michel Houelle­becq dans son dernier roman Séro­to­nine. Et bien Michel Houelle­becq a tort — en même temps, on par­le de quelqu’un qui a sor­ti : “Trump est l’un des meilleurs prési­dents améri­cains que j’ai jamais vu”… Alors oui, Niort n’est pas la pre­mière ville à laque­lle on pense quand on prévoit un petit week‐end d’évasion. Et pour­tant. Le week‐end dernier, quand le soleil couchant éclairait douce­ment la ter­rasse des Planch­es, au bord de la Sèvre qui se sépare là en de mul­ti­ples bras et îlots arborés, sous des lam­pi­ons et avec Habibi Funk en DJ‐set, Niort a des allures de petits par­adis et une sacrée odeur de vacances.

L’instigateur de tout ça ? Nouvelle(s) Scène(s), un fes­ti­val se ten­ant chaque début de print­emps dans plusieurs lieux de la ville poitevine, pen­dant une dizaine de jours et pour presque 40 con­certs, DJ‐sets, cin­e­mix, ate­liers pour enfants ou pro­jec­tions de doc­u­men­taires. A com­mencer par Judah Warsky, que “tout fait chi­er” — dans la bonne humeur tout de même — dans un Vin­tage Bar plein à cra­quer, applau­di par Sil­ly Boy Blue au pre­mier rang (dont on a mal­heureuse­ment loupé le con­cert à cause d’une som­bre his­toire de train raté, deux­ième round prévu aux Inouis du Print­emps de Bourges dans deux semaines). Un Judah Warsky drôle, sur­volté même, coincé entre ses deux syn­thés et la foule qui se marre et danse : un chou­ette moment pop, élec­tro et “var­iété sous MD” (c’est pas nous qui le dis­ons, c’est sa bio face­book).

Judah Warsky au Vin­tage Bar — Crédit : Marie Mon­teiro

Autre instant à retenir ? Une soirée plus élec­tron­ique au club Le Camji, avec La Fraicheur et un set tech­no tou­jours impec­ca­ble, ou Mag­net­ic Ensem­ble, quatuor batterie‐percussions‐synthé‐piano réus­sis­sant un live tout aus­si de haute volée, entre tech­no et elec­tro.

Au‐delà d’une pro­gram­ma­tion plutôt aven­tureuse et défricheuse pour un fes­ti­val de cette taille, et d’une volon­té de faire décou­vrir les chou­ettes lieux de la ville (chut Michel !), Nouvelle(s) Scène(s) a une énorme force : celle de pro­pos­er des dizaines de con­certs en entrée libre. Et c’est d’ailleurs une après‐midi com­plète­ment gra­tu­ite, à lézarder au soleil dans l’herbe du cloître de l’ancien hôpi­tal, qui restera gravée dans la mémoire nior­taise (et pas que) comme l’un des plus beaux con­certs de l’année. Un trio de con­certs, plus exacte­ment. Une fois n’est pas cou­tume, c’est avec de l’électronique que démar­rait l’après-midi. Helio Polar Thing vient de Poiti­er, et manie gui­tare, syn­thé mod­u­laire, grésille­ments, plages ambi­ent et noise. Une ten­sion crescen­do qui con­fère à la transe (celle des shamans hein, pas celle d’Armin Van Buuren), pour une très belle décou­verte. Elec­tron­ique pour démar­rer donc, et acous­tique pour ter­min­er : ce jour‐là, Léonie Per­net était seule en scène, dans un set‐up allégé où elle alterne chant, syn­thé et morceau de bravoure à la bat­terie, nous rap­pelant que la musi­ci­enne sait tout faire, trans­for­mant à chaque live un peu plus son excel­lent album CraveEt entre les deux, ce petit bout de par­adis dont on par­lait plus haut : Matt Elliott, gui­tariste et chanteur anglais à la folk cré­pus­cu­laire, dépres­sive certes, mais sub­lime, accom­pa­g­né ici du trio à cordes Vacarme. Début du rêve sur “The Calm Before” et ses prophé­tiques “here comes the storm”. Les vio­lons de Chris­telle Las­sort et Car­la Pal­lone ain­si que le vio­lon­celle de Gas­par Claus habil­lent sub­tile­ment la bal­lade — pas ques­tion d’étouffer la gui­tare de Matt Elliott et son grain de voix ouaté sous un tas de cordes lar­moy­antes à la Puc­ci­ni. Et quand on imag­ine que ça ne pour­rait pas être mieux, le deux­ième morceau démarre, le déchi­rant “I Only Want­ed To Give You Every­thing”. Entre la gui­tare, les cordes, les paroles élé­giaques, c’est une mélan­col­ie presque gitane qui se répand dans le cloître, celle des longues soirées de chant cha­grin au bord du feu. C’est peut‐être ça qu’il man­quait finale­ment à Mimi Houelle­becq pour pleine­ment appréci­er Niort : une pluie de cordes et de plaintes à gui­tare sous un soleil radieux.

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