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Matt Elliott et Vacarm - Crédit : Marie Monteiro
6 avril 2019

Festival Nouvelle(s) Scène(s) : doux Vacarme à Niort

par Clémence Meunier

« Niort, l’une des villes les plus laides qu’il m’ait été donné de voir », écrit Michel Houellebecq dans son dernier roman Sérotonine. Et bien Michel Houellebecq a tort – en même temps, on parle de quelqu’un qui a sorti : « Trump est l’un des meilleurs présidents américains que j’ai jamais vu »… Alors oui, Niort n’est pas la première ville à laquelle on pense quand on prévoit un petit week-end d’évasion. Et pourtant. Le week-end dernier, quand le soleil couchant éclairait doucement la terrasse des Planches, au bord de la Sèvre qui se sépare là en de multiples bras et îlots arborés, sous des lampions et avec Habibi Funk en DJ-set, Niort a des allures de petits paradis et une sacrée odeur de vacances.

L’instigateur de tout ça ? Nouvelle(s) Scène(s), un festival se tenant chaque début de printemps dans plusieurs lieux de la ville poitevine, pendant une dizaine de jours et pour presque 40 concerts, DJ-sets, cinemix, ateliers pour enfants ou projections de documentaires. A commencer par Judah Warsky, que « tout fait chier » – dans la bonne humeur tout de même – dans un Vintage Bar plein à craquer, applaudi par Silly Boy Blue au premier rang (dont on a malheureusement loupé le concert à cause d’une sombre histoire de train raté, deuxième round prévu aux Inouis du Printemps de Bourges dans deux semaines). Un Judah Warsky drôle, survolté même, coincé entre ses deux synthés et la foule qui se marre et danse : un chouette moment pop, électro et « variété sous MD » (c’est pas nous qui le disons, c’est sa bio facebook).

Judah Warsky au Vintage Bar – Crédit : Marie Monteiro

Autre instant à retenir ? Une soirée plus électronique au club Le Camji, avec La Fraicheur et un set techno toujours impeccable, ou Magnetic Ensemble, quatuor batterie-percussions-synthé-piano réussissant un live tout aussi de haute volée, entre techno et electro.

Au-delà d’une programmation plutôt aventureuse et défricheuse pour un festival de cette taille, et d’une volonté de faire découvrir les chouettes lieux de la ville (chut Michel !), Nouvelle(s) Scène(s) a une énorme force : celle de proposer des dizaines de concerts en entrée libre. Et c’est d’ailleurs une après-midi complètement gratuite, à lézarder au soleil dans l’herbe du cloître de l’ancien hôpital, qui restera gravée dans la mémoire niortaise (et pas que) comme l’un des plus beaux concerts de l’année. Un trio de concerts, plus exactement. Une fois n’est pas coutume, c’est avec de l’électronique que démarrait l’après-midi. Helio Polar Thing vient de Poitier, et manie guitare, synthé modulaire, grésillements, plages ambient et noise. Une tension crescendo qui confère à la transe (celle des shamans hein, pas celle d’Armin Van Buuren), pour une très belle découverte. Electronique pour démarrer donc, et acoustique pour terminer : ce jour-là, Léonie Pernet était seule en scène, dans un set-up allégé où elle alterne chant, synthé et morceau de bravoure à la batterie, nous rappelant que la musicienne sait tout faire, transformant à chaque live un peu plus son excellent album CraveEt entre les deux, ce petit bout de paradis dont on parlait plus haut : Matt Elliott, guitariste et chanteur anglais à la folk crépusculaire, dépressive certes, mais sublime, accompagné ici du trio à cordes Vacarme. Début du rêve sur « The Calm Before » et ses prophétiques « here comes the storm ». Les violons de Christelle Lassort et Carla Pallone ainsi que le violoncelle de Gaspar Claus habillent subtilement la ballade – pas question d’étouffer la guitare de Matt Elliott et son grain de voix ouaté sous un tas de cordes larmoyantes à la Puccini. Et quand on imagine que ça ne pourrait pas être mieux, le deuxième morceau démarre, le déchirant « I Only Wanted To Give You Everything ». Entre la guitare, les cordes, les paroles élégiaques, c’est une mélancolie presque gitane qui se répand dans le cloître, celle des longues soirées de chant chagrin au bord du feu. C’est peut-être ça qu’il manquait finalement à Mimi Houellebecq pour pleinement apprécier Niort : une pluie de cordes et de plaintes à guitare sous un soleil radieux.

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