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17 novembre 2020

Fight Club : le nouvel album de Gorillaz, pour ou contre ?

par Tsugi

Un album, deux avis. Aujourd’hui sur le ring, le nouvel album de Gorillaz, Song Machine : Season One – Strange Timez. Fight !

Si Song Machine : Season One – Strange Timez a un mérite, c’est bien celui de remettre le format album au centre du jeu. À une époque où l’on ne parle que d’écoute parcellaire ou de playlists, le format ne s’est jamais aussi bien porté, du moins dans l’esprit des musiciens, qui n’imaginent toujours pas de meilleur moyen d’expression artistique. Entamé en janvier sous la forme de clips unitaires publiés à intervalles plus ou moins réguliers, le projet Song Machine est un changement dans la continuité pour Damon Albarn et Jamie Hewlett. Fini le temps où le chanteur de Blur refusait de dévoiler publiquement sa participation à ce délire cartoonesque et se planquait derrière un drap. Devant le succès des deux premiers albums, Gorillaz est vite devenu la plus populaire de ses nombreuses activités musicales. Débarrassé de ce sceau un peu vain du secret, Gorillaz est désormais ce qu’il avait toujours été d’une certaine manière : un projet de producteur. À la manière d’un Arthur Baker en son temps, qui conviait des stars internationales à vocaliser sur ses morceaux, il s’est mis à accueillir de plus en plus d’invités, jusqu’à connaître son aboutissement sur Song Machine : Season One – Strange Timez. Le meilleur moyen peut-être de renouveler un concept qui a perdu de sa nouveauté, et aussi l’occasion pour Albarn et Hewlett de dessiner les contours d’une pop moderne, où les grands anciens (Peter Hook, Robert Smith, Tony Allen, Elton John, Beck), se confrontent au meilleur de la scène indépendante (Joan As Police Woman, Unknown Mortal Orchestra), hip-hop (Schoolboy Q, Kano) ou « underground » (Skepta, Georgia) dans une grande abolition des frontières entre les genres. Song Machine : Season One sera-t-il le mètre étalon de la pop du XXIe siècle ? C’est bien possible… à condition de venir à bout de ses 17 morceaux.

Benoît Carretier

 

En 2001, le mystère régnait encore sur l’identité de ceux qui se cachaient derrière Gorillaz. Leur premier concert sensation à Paris, à La Cigale, voyait les musiciens cachés derrière un rideau où étaient projetés les dessins de Jamie Hewlett, seul élément identifiable. Le secret, plus ou moins éventé, a duré le temps des deux premiers et excellents albums (avec un casting très resserré) du vrai-faux groupe – à une époque où c’était soi-disant le chanteur fictif 2D qui répondait par mail aux interviews, même si personne n’était vraiment dupe : Damon Albarn était bien le deuxième cerveau du projet. Une fois le rideau tombé, révélant le CV des auteurs, Plastic Beach (2010);
INSERT INTO `wp_posts` VALUES le troisième essai, marque un tournant avec l’aveu du chanteur Blur de réaliser « le plus grand album pop jamais sorti ». D’où une liste hétéroclite de featurings à rallonge (de Snoop Dogg à Lou Reed en passant par De La Soul). Dix ans plus tard, ce principe est toujours le même avec ce Song Machine : Season One – Strange Timez et sa liste interminable d’invités tout au long de ces dix-sept titres bien longuets. On cherche en vain un lien entre Elton John, Schoolboy Q ou Unknown Mortal Orchestra en passant St Vincent ou Skepta. Comme souvent l’abondance de biens nuit. Bien sûr, reste la pop inventive et aux idées larges de Damon, mais elle ne livre ici que de rares fulgurances (« Désolé » avec Fatoumata Diawara), se contentant de coller au plus près à la personnalité des guests. À l’image du sous-New Order « Aries », avec Peter Hook, l’ex-bassiste des Mancuniens à la manœuvre. Au final, l’impression d’avoir plus entre les mains une compilation qu’un album cohérent. Sûrement pas un hasard, puisque Gorillaz a sorti un par un, depuis janvier, huit des tracks présents ici. Pourquoi n’ont-ils pas continué sur le même principe avec le reste du programme ? Voilà qui aurait été novateur.

Patrice Bardot

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gorillaz

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