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Fight Club : le nouvel album de Gorillaz, pour ou contre ?

par Tsugi

Un album, deux avis. Aujourd’hui sur le ring, le nou­v­el album de Goril­laz, Song Machine : Sea­son One – Strange Timez. Fight !

Si Song Machine : Sea­son One – Strange Timez a un mérite, c’est bien celui de remet­tre le for­mat album au cen­tre du jeu. À une époque où l’on ne par­le que d’écoute par­cel­laire ou de playlists, le for­mat ne s’est jamais aus­si bien porté, du moins dans l’esprit des musi­ciens, qui n’imaginent tou­jours pas de meilleur moyen d’expression artis­tique. Entamé en jan­vi­er sous la forme de clips uni­taires publiés à inter­valles plus ou moins réguliers, le pro­jet Song Machine est un change­ment dans la con­ti­nu­ité pour Damon Albarn et Jamie Hewlett. Fini le temps où le chanteur de Blur refu­sait de dévoiler publique­ment sa par­tic­i­pa­tion à ce délire car­toonesque et se plan­quait derrière un drap. Devant le succès des deux pre­miers albums, Goril­laz est vite devenu la plus pop­u­laire de ses nom­breuses activités musi­cales. Débarrassé de ce sceau un peu vain du secret, Goril­laz est désormais ce qu’il avait tou­jours été d’une cer­taine manière : un pro­jet de pro­duc­teur. À la manière d’un Arthur Bak­er en son temps, qui con­vi­ait des stars inter­na­tionales à vocalis­er sur ses morceaux, il s’est mis à accueil­lir de plus en plus d’invités, jusqu’à connaître son aboutisse­ment sur Song Machine : Sea­son One – Strange Timez. Le meilleur moyen peut‑être de renou­vel­er un con­cept qui a per­du de sa nou­veauté, et aus­si l’occasion pour Albarn et Hewlett de dessin­er les con­tours d’une pop mod­erne, où les grands anciens (Peter Hook, Robert Smith, Tony Allen, Elton John, Beck), se con­fron­tent au meilleur de la scène indépendante (Joan As Police Woman, Unknown Mor­tal Orches­tra), hip-hop (School­boy Q, Kano) ou « under­ground » (Skep­ta, Geor­gia) dans une grande abo­li­tion des frontières entre les gen­res. Song Machine : Sea­son One sera-t-il le mètre étalon de la pop du XXIe siècle ? C’est bien pos­si­ble… à con­di­tion de venir à bout de ses 17 morceaux.

Benoît Car­reti­er

 

En 2001, le mystère régnait encore sur l’identité de ceux qui se cachaient derrière Goril­laz. Leur pre­mier con­cert sen­sa­tion à Paris, à La Cigale, voy­ait les musi­ciens cachés derrière un rideau où étaient projetés les dessins de Jamie Hewlett, seul élément iden­ti­fi­able. Le secret, plus ou moins éventé, a duré le temps des deux pre­miers et excel­lents albums (avec un cast­ing très resserré) du vrai-faux groupe – à une époque où c’était soi-disant le chanteur fic­tif 2D qui répondait par mail aux inter­views, même si per­son­ne n’était vrai­ment dupe : Damon Albarn était bien le deuxième cerveau du pro­jet. Une fois le rideau tombé, révélant le CV des auteurs, Plas­tic Beach (2010), le troisième essai, mar­que un tour­nant avec l’aveu du chanteur Blur de réaliser « le plus grand album pop jamais sor­ti ». D’où une liste hétéroclite de fea­tur­ings à ral­longe (de Snoop Dogg à Lou Reed en pas­sant par De La Soul). Dix ans plus tard, ce principe est tou­jours le même avec ce Song Machine : Sea­son One – Strange Timez et sa liste inter­minable d’invités tout au long de ces dix-sept titres bien longuets. On cherche en vain un lien entre Elton John, School­boy Q ou Unknown Mor­tal Orches­tra en pas­sant St Vin­cent ou Skep­ta. Comme sou­vent l’abondance de biens nuit. Bien sûr, reste la pop inven­tive et aux idées larges de Damon, mais elle ne livre ici que de rares ful­gu­rances (« Désolé » avec Fatouma­ta Diawara), se con­tentant de coller au plus près à la per­son­nalité des guests. À l’image du sous-New Order « Aries », avec Peter Hook, l’ex-bassiste des Man­cu­niens à la manœu­vre. Au final, l’impression d’avoir plus entre les mains une com­pi­la­tion qu’un album cohérent. Sûrement pas un hasard, puisque Goril­laz a sor­ti un par un, depuis jan­vi­er, huit des tracks présents ici. Pourquoi n’ont-ils pas con­tin­ué sur le même principe avec le reste du pro­gramme ? Voilà qui aurait été novateur.

Patrice Bar­dot

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