Fight Club : pour ou contre le nouveau Grimes ?

par Tsugi

Un album, deux avis. Aujour­d’hui sur le ring, le dernier album de Grimes, Miss Anthro­pocene. Fight !

Un album “pour ren­dre fun le change­ment cli­ma­tique” ? Sérieuse­ment, Grimes ? Et puis… pourquoi pas ? Si le grand pub­lic l’a récem­ment décou­verte en tant que petite amie d’Elon Musk, le patron de Tes­la, la chanteuse intrigue et obsède sa com­mu­nauté depuis désor­mais une décen­nie. La rai­son prin­ci­pale : son univers bien à elle, recon­naiss­able entre mille, girly et ensanglan­té, ultra­col­oré et futur­iste, grande­ment inspiré de la cul­ture japon­aise. Plus som­bre et dig­i­tal, ce cinquième album atten­du depuis cinq ans porte le nom de Miss Anthro­pocene, “la déesse du change­ment cli­ma­tique” inven­tée par la Cana­di­enne. Une manière à la Grimes de le per­son­ni­fi­er pour en faire un super-vilain tout droit sor­ti de DC Comics. Il fau­dra sûre­ment plusieurs écoutes pour entr­er totale­ment dans le disque, plus aérien et céleste que les précé­dents. “So heavy I fell through the earth” chante Claire Bouch­er en intro­duc­tion : entre les étoiles et les planètes, sa voix cristalline flotte au milieu de ses pro­pres pro­duc­tions. “New Gods” est sûre­ment même l’un des plus beaux morceaux de sa discogra­phie. Que les inqui­ets se ras­surent, beats entê­tants, cris et voix ori­en­tales sont tou­jours de la par­tie. “4ÆM” et “Dark­seid” le prou­vent très bien, sans toute­fois attein­dre la force du sin­gle “Vio­lence”. Miss change­ment cli­ma­tique n’a rien changé, écouter Grimes se révèle tou­jours aus­si fun. Dom­mage que la fin du monde soit si proche.

Simon Brazeilles

 

Main­stream or not main­stream. Avec ses qua­tre précé­dents albums, la Cana­di­enne Claire Bouch­er, alias Grimes, a défi­ni les con­tours d’une pop exigeante à ten­ta­tion grand pub­lic, aux inspi­ra­tions mul­ti­ples, ten­tant un pont improb­a­ble entre Aphex Twin et la K‑pop, Kate Bush et Mar­i­lyn Man­son. C’était sou­vent con­va­in­cant, par­fois indi­geste. Mal­gré son incon­testable suc­cès cri­tique et une respectable fan-base, Grimes n’a toute­fois jamais atteint les som­mets de pop­u­lar­ité d’une Bey­on­cé ou d’un Justin Bieber, dont elle rêve de marcher sur les traces et surtout pas ceux d’un Frank Ocean, dont elle se ver­rait en alter ego pop futur­iste. Cinq ans se sont écoulés depuis Art Angels, son précé­dent disque, et on avait un peu oublié la native de Van­cou­ver, hormis dans les colonnes des mag­a­zines peo­ple, la bave aux lèvres devant le cou­ple qu’elle forme avec l’entrepreneur-savant fou Elon Musk. Ils atten­dent d’ailleurs un pre­mier enfant. D’où peut-être cet intérêt nou­veau pour le change­ment cli­ma­tique, que leur reje­ton devrait hélas se pren­dre de plein fou­et, et qui donne le thème cen­tral de cet album à la noirceur cepen­dant très super­fi­cielle, large­ment gom­mée par une pro­duc­tion clin­ique et survi­t­a­m­inée qui tourne à vide. On guette vague­ment le moin­dre sup­plé­ment d’âme dans ces com­po­si­tions au final très car­rées, où Grimes délire peinarde du fond de sa Tes­la. Niveau créa­tiv­ité et visées larges, et si on se repas­sait plutôt Bil­lie Eil­ish ?

Patrice Bar­dot

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