Kiddy Smile @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

Fnac Live 2019 : la chanson française déshabillée

J’vais pas vous faire un con­cert en 45 min­utes.” Mais si, mais si, mais si. S’il faut retenir un chal­lenge du Fnac Live, c’est bien celui de séduire une foule en un temps record. Chal­lenge d’autant plus risqué lorsque l’on doit, en vingt min­utes à peine, charmer une horde d’adolescents venus acclamer Aya Naka­mu­ra. Pari bril­lam­ment relevé par Léonie Per­net et Suzanne, pro­gram­mées avant la chanteuse de “Djad­ja”. Entre les bat­ter­ies folles de l’une et les dans­es endi­a­blées de l’autre, le charme a plus que jamais opéré. On regrette sim­ple­ment l’intervention de Bon Enten­deur entre les deux artistes, venant cass­er un rythme qui aurait cer­taine­ment bien fonc­tion­né. Car l’engrenage est en marche, et plus la soirée avance, plus les cris sont aigus. Avant même l’arrivée de la dernière diva de la chan­son française, les paroles de ses tubes sont déjà repris en coeur, jusqu’à son arrivée sur scène. Per­chée sur ses hauts talons, assur­ant des pas de danse maîtrisés, tout laisse à penser que chez Aya Naka­mu­ra, le show est pen­sé au mil­limètre près.

On ne peut que regret­ter la dis­pari­tion d’une majorité du pub­lic lorsque, une fois la nuit tombée et Aya dis­parue, Éti­enne de Cré­cy fait son entrée sur scène avec son tout nou­veau live, Space Echo, une ren­con­tre entre la musique et les instal­la­tions visuelles. De quoi faire trem­bler l’Hôtel de Ville avant que la place ne se vide totale­ment. 

Eti­enne de Cré­cy Space Echo Live @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

L’ouverture du sec­ond jour du Fnac Live se fait sous un soleil écla­tant, avec les mots doux du duo roman­tique du label micro­qli­ma, Pépite. De la Côte d’Azur jusqu’au ciel bleu de Paris, Thomas et Edouard font voy­ager un pub­lic légère­ment plus âgé que la veille, mais déjà bien présent. Clara Luciani fera d’ailleurs à leur suite salle comble — ou plutôt, parvis comble. Si cha­cun de ses musi­ciens sem­ble vibr­er d’une énergie sur­na­turelle, on demeure un peu endormis devant un live un peu trop lisse qui ne décolle jamais. L’attente n’est cepen­dant pas trop longue avant que cette scène sur­ex­posée face à un soleil ardent ne prenne feu. C’est sous les déhanchés d’un intriguant jeune homme que suc­combera le pub­lic. Entre danse, chant et transe, Nel­son Beer parvient à faire trem­bler ses spec­ta­teurs à coup de tee‐shirts déchirés et bouteille d’eau ren­ver­sée sur le torse. Un tableau qui tranche avec la chemise bien repassé et les fan­tômes fêtards de Flavien Berg­er. Le chanteur aux cheveux longs préfère don­ner à son con­cert un angle plus méta que physique, comme le mon­trent ses nom­breuses inter­ven­tions entre chaque morceau. Pour­suite des explo­rations plus mélan­col­iques avec la toute dernière gag­nante des Inouïs du Print­emps de Bourges, Sil­ly Boy Blue. Un tee‐shirt à l’effigie de Brit­ney Spears et un nom d’artiste directe­ment emprun­té à David Bowie, il n’a pas fal­lu grand chose à la chanteuse pour sur­pass­er le trac et con­quérir son nou­veau pub­lic.  

Si l’on perçoit une liste de noms plus cohérente que la veille, la soirée du jeu­di est égale­ment soutenue par une tête d’affiche annon­cée très tar­di­ve­ment avec les Aus­traliens de Parcels. Des looks tra­vail­lés de la coupe au cos­tume, en pas­sant par la mous­tache et les chaus­sures : le live du groupe aujourd’hui basé à Berlin est un con­cen­tré d’électro pop, de dis­co, de soul, le tout dans un mélange explosif qui fait tourn­er plus d’une tête. Le soleil se couche accom­pa­g­né des paroles de “Tiedupright­now” ou “Light­enup”. Un spec­ta­cle qui suf­fit à clô­tur­er la soirée. Exfil­tra­tion de la foule en douceur avant l’arrivée d’Eddy De Pret­to. 

Parcels @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

Le troisième et dernier jour com­mence avec Glauque, tout de blanc vêtus avec des t‐shirts imprimés à l’effigie du groupe. Les pre­miers rangs du pub­lic sont à nou­veau très jeunes, on aperçoit déjà quelques pulls Columbine grif­fés de leur emblème fétiche. L’hybride colombe‐kalashnikov devient un signe de ral­liement pour une foule de lycéens pas encore (ou tout fraîche­ment) bache­liers. Il est impor­tant de not­er que, depuis main­tenant quelques années, le mer­chan­dis­ing du groupe s’est fait l’étendard d’un pan de la jeunesse, et c’est tout de même très fort. Mais avant les Ren­nais vient encore Zed Yun Pavarot­ti. Le Stéphanois s’inscrit lui aus­si dans la mou­vance emo‐rap à la française ; des chan­sons mélan­col­iques appuyées par des ryth­miques claquantes et des bass­es sinu­soï­dales orig­i­naires de la trap music, tout en y incor­po­rant un cer­tain esprit rock. L’attitude est là : pied de micro et mains der­rière le dos, Zed Yun se la joue Liam Gal­lagher. On ajoute à cela un physique à mi‐chemin entre Post Mal­one et Vin­cent Lacoste dans Les Beaux goss­es, ain­si qu’un guitare‐voix boosté à l’autotune et bam, le garçon pré­pare effi­cace­ment le ter­rain pour Columbine, qui déploie l’heure suiv­ante un show fatal pour des cen­taines de groupies. 

Si l’enchaînement chronologique Glauque — Zed Yun — Columbine sem­blait par­faite­ment linéaire et logique, un sin­guli­er per­son­nage est venu rompre l’axe “rap de ien­cli”. Un peu après 19h, Kid­dy Smile suc­cède à Glauque, en don­nant l’impression de s’y oppos­er sur toute la ligne. Finie la sobriété ves­ti­men­taire et scéno­graphique des Belges ; l’icône queer déboule avec une troupe bar­i­olée et excen­trique, où les dans­es et les twerks vont bon train. Une énergie com­mu­nica­tive qui vogue sur de cha­toy­ants beats house. Explosif. 

Mais repar­tons dans l’ordre. Après Kid­dy Smile, Zed Yun et Columbine, nous retrou­vons Hervé, seul, avec sa voix, ses beats et son couteau. À tra­vers une presta­tion très hon­or­able, il parvient à con­va­in­cre une foule qui n’attend qu’une chose, ou plutôt un groupe : Thérapie Taxi. Avalanche de tubes, dis­tri­b­u­tion gra­cieuse de rhum coca et extraits de leur deux­ième album : le con­cert est maîtrisé et impa­ra­ble. 

La soirée se con­clut avec les machines du grand Ago­ria, qui livre un live tech­noïde et racé, sub­limé par de beaux effets de lumières. Et puis, pris en tenaille par les derniers kicks du fes­ti­val, on dit sage­ment au revoir, et à l’année prochaine.

Ago­ria @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

Le meilleur moment : Parcels. Parcels. Parcels. Faut‐il en plus s’expliquer ? 

Le pire moment : S’impatienter et crier “Aya”, mais pas devant Aya. 

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