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Kiddy Smile @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin
12 juillet 2019

Fnac Live 2019 : la chanson française déshabillée

par Lolita Mang

« J’vais pas vous faire un concert en 45 minutes. » Mais si, mais si, mais si. S’il faut retenir un challenge du Fnac Live, c’est bien celui de séduire une foule en un temps record. Challenge d’autant plus risqué lorsque l’on doit, en vingt minutes à peine, charmer une horde d’adolescents venus acclamer Aya Nakamura. Pari brillamment relevé par Léonie Pernet et Suzanne, programmées avant la chanteuse de « Djadja ». Entre les batteries folles de l’une et les danses endiablées de l’autre, le charme a plus que jamais opéré. On regrette simplement l’intervention de Bon Entendeur entre les deux artistes, venant casser un rythme qui aurait certainement bien fonctionné. Car l’engrenage est en marche, et plus la soirée avance, plus les cris sont aigus. Avant même l’arrivée de la dernière diva de la chanson française, les paroles de ses tubes sont déjà repris en coeur, jusqu’à son arrivée sur scène. Perchée sur ses hauts talons, assurant des pas de danse maîtrisés, tout laisse à penser que chez Aya Nakamura, le show est pensé au millimètre près.

On ne peut que regretter la disparition d’une majorité du public lorsque, une fois la nuit tombée et Aya disparue, Étienne de Crécy fait son entrée sur scène avec son tout nouveau live, Space Echo, une rencontre entre la musique et les installations visuelles. De quoi faire trembler l’Hôtel de Ville avant que la place ne se vide totalement. 

Etienne de Crécy Space Echo Live @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

L’ouverture du second jour du Fnac Live se fait sous un soleil éclatant, avec les mots doux du duo romantique du label microqlima, Pépite. De la Côte d’Azur jusqu’au ciel bleu de Paris, Thomas et Edouard font voyager un public légèrement plus âgé que la veille, mais déjà bien présent. Clara Luciani fera d’ailleurs à leur suite salle comble — ou plutôt, parvis comble. Si chacun de ses musiciens semble vibrer d’une énergie surnaturelle, on demeure un peu endormis devant un live un peu trop lisse qui ne décolle jamais. L’attente n’est cependant pas trop longue avant que cette scène surexposée face à un soleil ardent ne prenne feu. C’est sous les déhanchés d’un intriguant jeune homme que succombera le public. Entre danse, chant et transe, Nelson Beer parvient à faire trembler ses spectateurs à coup de tee-shirts déchirés et bouteille d’eau renversée sur le torse. Un tableau qui tranche avec la chemise bien repassé et les fantômes fêtards de Flavien Berger. Le chanteur aux cheveux longs préfère donner à son concert un angle plus méta que physique, comme le montrent ses nombreuses interventions entre chaque morceau. Poursuite des explorations plus mélancoliques avec la toute dernière gagnante des Inouïs du Printemps de Bourges, Silly Boy Blue. Un tee-shirt à l’effigie de Britney Spears et un nom d’artiste directement emprunté à David Bowie, il n’a pas fallu grand chose à la chanteuse pour surpasser le trac et conquérir son nouveau public.  

Si l’on perçoit une liste de noms plus cohérente que la veille, la soirée du jeudi est également soutenue par une tête d’affiche annoncée très tardivement avec les Australiens de Parcels. Des looks travaillés de la coupe au costume, en passant par la moustache et les chaussures : le live du groupe aujourd’hui basé à Berlin est un concentré d’électro pop, de disco, de soul, le tout dans un mélange explosif qui fait tourner plus d’une tête. Le soleil se couche accompagné des paroles de « Tieduprightnow » ou « Lightenup ». Un spectacle qui suffit à clôturer la soirée. Exfiltration de la foule en douceur avant l’arrivée d’Eddy De Pretto. 

Parcels @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

Le troisième et dernier jour commence avec Glauque, tout de blanc vêtus avec des t-shirts imprimés à l’effigie du groupe. Les premiers rangs du public sont à nouveau très jeunes, on aperçoit déjà quelques pulls Columbine griffés de leur emblème fétiche. L’hybride colombe-kalashnikov devient un signe de ralliement pour une foule de lycéens pas encore (ou tout fraîchement) bacheliers. Il est important de noter que, depuis maintenant quelques années, le merchandising du groupe s’est fait l’étendard d’un pan de la jeunesse, et c’est tout de même très fort. Mais avant les Rennais vient encore Zed Yun Pavarotti. Le Stéphanois s’inscrit lui aussi dans la mouvance emo-rap à la française ; des chansons mélancoliques appuyées par des rythmiques claquantes et des basses sinusoïdales originaires de la trap music, tout en y incorporant un certain esprit rock. L’attitude est là : pied de micro et mains derrière le dos, Zed Yun se la joue Liam Gallagher. On ajoute à cela un physique à mi-chemin entre Post Malone et Vincent Lacoste dans Les Beaux gosses, ainsi qu’un guitare-voix boosté à l’autotune et bam, le garçon prépare efficacement le terrain pour Columbine, qui déploie l’heure suivante un show fatal pour des centaines de groupies. 

Si l’enchaînement chronologique Glauque – Zed Yun – Columbine semblait parfaitement linéaire et logique, un singulier personnage est venu rompre l’axe « rap de iencli ». Un peu après 19h, Kiddy Smile succède à Glauque, en donnant l’impression de s’y opposer sur toute la ligne. Finie la sobriété vestimentaire et scénographique des Belges ; l’icône queer déboule avec une troupe bariolée et excentrique, où les danses et les twerks vont bon train. Une énergie communicative qui vogue sur de chatoyants beats house. Explosif. 

Mais repartons dans l’ordre. Après Kiddy Smile, Zed Yun et Columbine, nous retrouvons Hervé, seul, avec sa voix, ses beats et son couteau. À travers une prestation très honorable, il parvient à convaincre une foule qui n’attend qu’une chose, ou plutôt un groupe : Thérapie Taxi. Avalanche de tubes, distribution gracieuse de rhum coca et extraits de leur deuxième album : le concert est maîtrisé et imparable. 

La soirée se conclut avec les machines du grand Agoria, qui livre un live technoïde et racé, sublimé par de beaux effets de lumières. Et puis, pris en tenaille par les derniers kicks du festival, on dit sagement au revoir, et à l’année prochaine.

Agoria @ Fnac Live Paris 2019 © Sarah Bastin

Le meilleur moment : Parcels. Parcels. Parcels. Faut-il en plus s’expliquer ? 

Le pire moment : S’impatienter et crier « Aya », mais pas devant Aya. 

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