TH Da Freak (Crédit : Bastien Amelot)

Foire aux monstres avec TH Da Freak au Point Ephémère

Un plateau organ­isé par TH Da Freak pour la sor­tie de leur nou­v­el album, Freak­en­stein, ça donne for­cé­ment une soirée mon­strueuse (dans tous les sens du terme) en com­pag­nie d’audacieux mar­gin­aux venus des qua­tre coins de la France. C’est que TH Da Freak, qui s’impose de plus en plus comme l’un des représen­tants majeurs de la scène rock française, nous con­fi­ait dans son inter­view vouloir gal­vanis­er la scène et ne rêver que d’une chose : que les pro­jets de cha­cun de ses parte­naires de route soient mis sous la lumière autant qu’ils le devraient. Ouver­ture de la foire aux curiosités musi­cales.

La pre­mière bête qui s’avance est d’origine nan­taise. Inclass­able dans son genre, mais déli­cieuse­ment lofi et min­i­mal­iste, Aneth Pen­ny évolue seule sur scène et alterne entre gui­tare et clavier. Gros pow­er­chords, chant punk mais qui sait être mélodique et pop et boîte à rythmes on‐ne‐peut‐plus pri­male : sim­ple, mais effi­cace. Ce soir, Aneth Pen­ny réanime un DIY le plus spon­tané dans une “bed­room pop” qui rap­pelle les débuts de CocoRosie (un poil plus punk !).

Aneth Pen­ny (Crédit : David Poulain)

Pas­sage de gui­tare. Iden­ti­fié dans la faune sauvage de la région de Lille, le trio Tape­worms s’avance ensuite sur la scène. Beau spéci­men encore une fois. Plus tra­di­tion­nel que leur prédécesseure à la scène, de mon­strueux, Tape­worms garde un aspect colos­sal. Excel­lents tant dans leur musique que dans leur presta­tion, c’est une énorme claque pour toute la salle. Mais c’est un colosse léger, titanesque en sa matière : le groupe délivre une shoegaze qui a la rapid­ité, l’éphémérité, mais surtout l’éclat d’une étoile filante. Un effet spa­tial, aérien, prob­a­ble­ment dû à leurs influ­ences J‐pop revendiquées. Une dream­pop éva­sive et illu­minée qui tend vers une shoegaze timide mais foudroy­ante.

Tape­worms (Crédit : David Poulain)

Retour sur terre, lorsque les cinq poneys fringants bor­de­lais de TH Da Freak s’avancent sur la scène. Le leader, Thoineau Palis, est affublé d’un cos­tume de squelette. Un vrai Franken­stein en puis­sance.

TH Da Freak (Crédit : David Poulain)

On en aurait presque le thrill ! Les hos­til­ités sont d’ailleurs ouvertes avec le morceau d’introduction de leur album, qui porte ce nom‐là. On est comme propul­sé dans notre siège de ciné, devant un mau­vais film d’horreur qu’on regarderait à nos heures per­dues un soir d’Halloween. Tout ce qu’on aime, donc. Car vien­nent ensuite “Nut­ty” et “Sur­ren­der”, qui com­men­cent à nous enjailler, alors que SIZ, le bassiste, qui a revê­tu une robe pour l’occasion (comme un cer­tain Kurt Cobain !), com­mence à nous racon­ter une sorte d’histoire de fin du monde… ou quelque chose comme ça, on ne com­prend pas trop. En gros : une sit­u­a­tion dans laque­lle “il fau­dra se faire des bisous”. Et ain­si com­mence le morceau “Mars Attacks !!”. Des éclats de rire sur­gis­sent du pub­lic, la bonne humeur règne, à laque­lle s’ajoute rapi­de­ment l’énergie de “Thick Head”, per­le psyché/noise du groupe, et bien­tôt aus­si de “Repet­to” dont les paroles absur­des, hila­rantes au pos­si­ble, sont un véri­ta­ble appel au pogo. Ain­si soit‐il : devant la scène, de mul­ti­ples ani­maux non‐identifiés se lan­cent dans de (gen­tilles) bous­cu­lades. Entre deux saynètes mor­bides (et une réf’ au Seigneur des Anneaux bien placée), TH de Freak a vrai­ment la capac­ité d’habiter la salle et d’animer le pub­lic avec une effi­cac­ité rare. Les Bor­de­lais nous démon­trent à quel point ce qui est freak, bizarre et mar­gin­al, ce qui relève de la cul­ture “square” (comme dis­ent les Améri­cains), nerd, geek — soit tout ce qui n’est pas “cool” — du brico­lage DIY d’Aneth Pen­ny à la shoegaze émo­tive de Tape­worms — tout cela peut don­ner quelque chose d’exceptionnel. Le Freak nous a mon­tré qu’il n’y a qu’un pas, en réal­ité, du mon­stre à la mer­veille.

 

Meilleur moment : Les pogos sur Repet­to, décidé­ment. Provo­quer un pogo par un excès de bonne humeur, c’est quand même assez fort.

Pire moment : Les excen­tric­ités ont tout de même fait fuir cer­tains réac­tion­naires. Tant pis pour eux.

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