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La teuf Micmac au parc de la Bergère à Bobigny / ©Thémis Belkhadra
28 juillet 2020

Free-parties en Île-de-France : la fête, malgré tout

par Thémis Belkhadra

Ce n’est plus un secret pour personne : la fête bat à nouveau son plein dans la capitale.

Toutes les photos sont de Thémis Belkhadra

 

Du bois de Vincennes aux quais de Seine, et jusqu’au parc naturel des Beaumonts à Montreuil, les collectifs s’organisent par dizaines pour pallier l’annulation des festivals et à la fermeture prolongée des clubs. Car si le gouvernement a annoncé que les lieux festifs ne rouvriront pas avant septembre, Paris semble décidée à arracher la liberté qu’on lui dérobe – en dépit d’un risque sanitaire qui persiste. Alors que de nombreux citoyens sont toujours au chômage partiel, d’autres ont perdu leur emploi ou traversé des moments encore plus difficiles depuis l’arrivée du COVID-19. C’est donc naturellement que, aujourd’hui plus que jamais et malgré tout, Paris se devait d’être une fête.

Le peuple a donc repris sa danse – notamment au bois de Vincennes où les free-parties se multiplient chaque semaine. De la micro-house à la techno hardcore, tous les genres électroniques se succèdent dans plusieurs événements simultanés dont le nombre total de participants varie d’une dizaine à plusieurs milliers. Alors que “l’irresponsabilité de la jeunesse” que fustigent certains médias est largement discutable, on peut y voir la matérialisation naturelle du besoin humain de se retrouver, des collectifs soucieux d’offrir un chemin hors de la déprime, des dancefloors plus vibrants que jamais et le retour des valeurs initiales de la culture rave : une fête libre, inclusive, collaborative, responsable et surtout organique, irrépressible. Mieux encore : une collaboration de plus en plus étroite entre collectifs et pouvoirs publics qui ouvre la porte à de plus grands projets.

Une teuf Microclimat au Parc des Beaumonts à Montreuil

“Un besoin vital”

Depuis le déconfinement, le même schéma se répète chaque week-end : des coordonnées GPS diffusées par le bouche-à-oreille et les fêtards s’élancent dans les allées sombres du bois de Vincennes. À la lumière de lampes frontales ou d’un flash de smartphone, les groupes errent par dizaine, tentant – parfois de manière un peu laborieuse – de suivre la direction du son.

Le samedi 11 juillet, c’était un jeune label local qui mettait sur pied une fête à l’ombre des cèdres de Vincennes. Arrivé à la lisière du bois, il faut tenter de suivre la direction indiquée. Il faut : traverser forêt, ruisseau et larges plaines dans une obscurité presque totale. Quelques minutes plus tard, les lumières se dessinent entre les troncs d’arbres et les cris annoncent une foule gigantesque. On oublie alors d’éviter les ronces et on tente une ligne droite jusqu’aux enceintes. Sur le dancefloor, près d’un millier de corps s’agitent et s’enivrent enfin d’une sensation qui leur avait tant manqué. À les voir danser, la fête apparaît comme une bouffée d’air frais nécessaire, une parenthèse hors de l’anxiété et de la tristesse qui ont marqué ces derniers mois. L’ambiance s’électrifie à mesure que les heures passent, jusqu’au lever du soleil sur la foule aux yeux écarquillés. La fête se poursuivra ainsi jusqu’à l’arrivée de la garde républicaine, de leurs chevaux et de leurs bombes lacrymogènes aux alentours de 8h du matin.

« Je vais en soirée comme certains vont en randonnée ou pratiquer un sport. C’est un besoin vital. »

Chassée du spot, la foule se disperse. Plus loin, un groupe de jeunes poursuit les festivités aux abords du bois. Derniers verres et gros câlins, on prend le temps d’apprécier un rayon de soleil à leurs côtés. “Retrouver le dancefloor a été un vrai soulagement, nous confie Hamza, qui multiplie les sorties depuis le déconfinement. J’avais besoin d’un exutoire, d’un espace où m’exprimer librement et évacuer la pression de la semaine. Le but n’est pas de se montrer, on ne vient pas draguer ou afficher son statut social. On vient pour vivre une expérience musicale, rencontrer de nouvelles personnes, être ensemble et oublier un peu la routine. Personnellement, je vais en soirée comme certains vont en randonnée ou pratiquer un sport. C’est un besoin vital. S’en priver, c’est ressentir un manque. En ce moment, les free-parties renforcent cette envie de vivre la fête comme une expérience : on s’aventure dans les bois, en pleine nuit, avec une longitude et une latitude comme seuls repères. En résumé, la crise sanitaire n’a fait que renforcer ma passion pour la fête et tout l’écosystème des musiques électroniques.”

 

Le retour de la rave culture

Acteur majeur de la fête libre parisienne, le collectif Microclimat ne s’est pas fait prier pour se joindre au mouvement. Le 30 juin dernier, c’est un parc de banlieue parisienne que le collectif décidait d’investir pour le plus grand bonheur de ses fidèles. Sur le côté de la scène, Antoine Calvino, papa du collectif, ne cache pas sa joie. “La situation actuelle est une grande chance pour développer la fête parisienne, affirme-t-il. Là, on a un retour à la fête telle qu’elle devrait être : libre, en plein air, sans pression des services de sécurité et loin du business de la techno. Les collectifs et le public des clubs prennent goût à la liberté, c’est beau.”

Effectivement, sur place, les valeurs de la rave culture sont bien présentes. Loin des clubs, on se libère des codes sociaux et du poids de l’argent. On apprend à être soi avec les autres. Bienveillance et respect sont de mise alors que le public prête main forte au collectif qui les a enfin ramené sur le dancefloor. Aux termes d’une quinzaine d’heures de transe, les derniers debout mettent même main à la patte pour aider le collectif à nettoyer l’espace. “Avec le temps, on a créé un lien très fort avec notre public, explique Antoine Calvino. Le fait que l’on soit capable de leur proposer des événements gratuits en plein air, c’est un cadeau que les gens nous rendent en prenant activement part à nos événements. Ils nous proposent leur aide, se soucient du spot… Il y en aura toujours qui ne viennent que pour profiter, mais l’idée c’est d’arriver à une sorte de communion, de surfer tous ensemble sur cette vague d’euphorie.”

« Ces dernières semaines, les autorités ont pris conscience que faire la fête est un acte social dont les gens ont besoin aujourd’hui plus que jamais. On espère que cette période d’incertitude débouchera sur un laboratoire de la fête à Paris. […] Bien résolue, cette question sanitaire pourrait enfin asseoir la légitimité que la rave culture revendique en France depuis 1989. »

Présents sur place, les membres du collectif Parallèle appuient les propos d’Antoine : “Ce qui se passe en ce moment, c’est un renouveau. On revient vraiment aux valeurs initiales de liberté, de débrouille et d’entraide. Cela permet de voir un peu quels sont les collectifs qui ont vraiment la culture de la fête.” Peu friand de clubs, le collectif Parallèle se réjouit de voir les clubbers se perdre en pleine nature : “À Vincennes, on a vraiment été surpris par le nombre de personnes réunies. Il y a des flux en continu, tu as vraiment l’impression d’être en festival. Et c’est marrant parce que la plupart n’ont pas l’habitude de sortir hors des clubs ou des warehouses. Ils découvrent la fête libre et s’attachent à ses valeurs – on trouve que c’est une très bonne chose”.

Un air de déjà-vu pour certains mais de découverte pour une jeune génération qui n’a connu les free-parties qu’à travers les dires de leurs aînés. Un univers qui aura définitivement marqué l’été de Hamza – notre ami rencontré aux abords du bois de Vincennes : “Je n’étais jamais allé en free-party avant la soirée que j’ai passé à Saint-Germain-en-Laye, la première semaine après le déconfinement. J’étais un peu anxieux au départ mais, très vite, le fait de danser au rythme des basses, au milieu de nulle part avec soixante inconnus… J’ai trouvé ça génial et suis resté pendant six heures devant les caissons sans m’assoir.”

La teuf Ultracube au parc des Beaumonts à Montreuil

 

S’adapter face au virus

Si les fêtes libres ouvrent enfin aux Parisiens un chemin vers le dancefloor, difficile de nier que la période ne s’y prête pas tout à fait. Alors que la pandémie montre des signes de retour, les risques sanitaires persistent. Pourtant, même Sarah – infirmière d’un hôpital en banlieue parisienne – s’est joint à la fête. En quelques semaines, elle a enchaîné les open-airs, de la Fée Croquer bondée jusqu’à une free-party intimiste au bois de Vincennes. “Je suis un grosse fêtarde, assume-t-elle. On est tellement oppressés par les responsabilités dans la vie de tous les jours… Aller en soirée, c’est assez indispensable. En voyant le nombre de contaminations diminuer, je suis restée consciente du risque, mais je me suis dit que ce n’était plus si dangereux.” Aux avant-postes de la lutte contre la pandémie, l’infirmière profite du dancefloor pour s’autoriser un brin d’insouciance : “Après tout, on ne vient pas ici pour penser au virus, mais plutôt pour l’oublier un instant.”

« On ne vient pas ici pour penser au virus, mais plutôt pour l’oublier un instant. »

Pour autant, l’infirmière-teuffeuse reste lucide quant aux risques sanitaires que présentent ces événements. “Il y a forcément un risque, explique-t-elle. Les gens sont collés les uns aux autres et, surtout, personne ne porte de protection. Quand on parle, on expulse toujours des gouttelettes ; c’est de cette manière que le virus se transmet. On ne va pas se mentir : il serait plus judicieux que tout le monde porte un masque.” Néanmoins, Sarah reconnaît que le masque n’est pas très dancefloor-compatible : “Le plus embêtant, c’est qu’il cache nos émotions et crée comme une barrière entre les gens. Le masque bloque cette communication non-verbale que les gens utilisent pour connecter en soirée. C’est surtout pour cela que personne ne fait l’effort d’en porter.” Pour l’infirmière, une solution serait de “porter le masque partout sauf en soirée” : “Si les gens veulent prendre des risques, ils doivent impérativement se montrer responsables et protéger ceux qui n’en prennent pas. Il faudrait porter un masque dans tous les espaces publics et garder nos distances avec notre entourage.”

À l’open-air du 30 juin organisé par Microclimat, on note tout de même que, si les masques sont tombés, certaines habitudes changent côté public. Fini les mélanges d’alcool dans une bouteille de soft qui aura embrassé toutes les bouches avant le petit jour. En plastique ou en carton, les gobelets sont aujourd’hui de mise. Le gel hydroalcoolique est aussi de la partie, sur les stands de réduction des risques ou au fond du sac des participants. Et sur le dancefloor, on profite du luxe ultime du plein air : des distances de sécurité confortables. “On n’est pas là pour jouer avec le feu, affirme Antoine Calvino. Il faut être réaliste mais on peut s’adapter et minimiser le risque autant que possible. Aujourd’hui, on sait que la contamination s’opère difficilement dans un espace en plein air s’il est assez vaste et que les distances sont respectées. Il faut que les collectifs prennent ce paramètre en compte lorsqu’ils choisissent les lieux dans lesquels ils s’installent.”

 

Le Socle, prêt à s’engager

Dans la débâcle actuelle, la COVID-19 n’est pas le seul danger qui inquiète les collectifs parisiens. Avec la multiplication des initiatives non-encadrées – et parfois amateures – à Vincennes, les abus sont devenus plus fréquents. C’est pour cette raison qu’Antoine Calvino a décidé que Microclimat ne s’installerait plus au bois pour l’instant : “Début juin, notre teuf à Vincennes a accueilli deux fois plus de monde que prévu. On est tombé sur des gars à l’ouest qui s’amusaient à vandaliser notre scénographie et les gens ont abandonné des tonnes de déchets que nous avons dû ramasser nous-même”. Pire que les abus, il y a l’insécurité qui grimpe alors que la rumeur des “free-parties de Vincennes” se répand hors du cercle des initiés de la techno, glanant de plus en plus de monde. Ce lundi 20 juillet, ce message sur les réseaux sociaux brise l’utopie : “Dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 juillet, mon amie a été violée dans le bois de Vincennes alors qu’elle quittait la scène musicale.“ Une enquête de police est désormais en cours, et la boîte mail [email protected] a été ouverte pour recueillir les témoignages.

Dans ce contexte, il était important pour le Socle – le Syndicat des Organisateurs Culturels Libres et Engagés qui réunit 25 collectifs parisiens expérimentés – de réfléchir à un moyen d’encadrer ce retour au dancefloor. Membre actif du syndicat, Antoine Calvino espère que “la scène apprendra à s’auto-gérer” : “Si nous réclamons une place dans l’espace public, il faut en être digne. Les collectifs doivent se responsabiliser et sensibiliser leur public. Il faut dire aux gens de respecter l’espace qui les accueille, de prendre soin d’eux et des autres. Il faut aussi apprendre à respecter le voisinage. »

Conscient que ces événements ne pourront se tenir dans des conditions optimales qu’avec la participation des pouvoirs publics, le Socle a rencontré lundi 21 juillet Frédéric Hocquard, l’adjoint à la maire de Paris en charge de la vie nocturne. Le but de la démarche : lui proposer un cadre réglementaire dans lequel les free-parties pourraient se dérouler en toute légalité, à condition de mettre en place une procédure contre la contamination de la COVID-19, de modérer les nuisances sonores et de nettoyer le terrain après la fête. La mairie s’est montrée enthousiaste et le processus s’est enclenché. Reste à trouver des spots, rédiger une charte, et surtout, à convaincre la préfecture de Police à qui revient le dernier mot.

La teuf Ultracube au parc des Beaumonts à Montreuil

La main tendue de la mairie

À la Mairie de Paris, Frédéric Hocquard a bien entendu le cri poussé par la communauté techno parisienne. “Quand il se passe des choses dans le domaine créatif et culturel – même si c’est de manière illégale – il faut se demander pourquoi les gens décident de faire ce qu’ils font, affirme-t-il. Effectivement, il n’y a pas suffisamment d’espaces festifs. Les clubs sont fermés et la situation ne permet pas d’obtenir des autorisations car les procédures prennent en moyenne deux mois. C’est pour cette raison que les collectifs se saisissent de l’espace public.” Curieux de voir de quoi ces événements avaient l’air, le maire-adjoint à la vie nocturne en a d’ailleurs emprunté les chemins : “Je me suis rendu au bois de Vincennes le week-end dernier, ce n’est quand même pas super. Il n’y avait pas de sécurité ni d’éclairage. Je sais que c’est rigolo de se retrouver dans les orties mais quand même… Il faudrait encadrer la pratique en commençant par délimiter les endroits les plus propices à ce type d’événements. Il ne faut pas que n’importe qui se mette à s’installer n’importe où.”

« La priorité n’est pas de courir après des jeunes qui font la fête au bois de Vincennes. La police a d’autres choses à faire en ce moment. »

À la lumière de ces dernières semaines, Frédéric Hocquard admet ressentir une certaine “tolérance” de la part des pouvoirs publics : “Ce que me dit le chef de la DPSP [la Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection, ndr], c’est que la priorité n’est pas de courir après des jeunes qui font la fête au bois de Vincennes. La police a d’autres choses à faire en ce moment. C’est d’ailleurs la première fois cette année que le gouvernement n’envoie pas ses troupes au teknival. En revanche, il y a envoyé du personnel pour distribuer des masques, du gel hydroalcoolique et des bons pour tester la COVID.” Si le maire-adjoint apprécie cette position, il estime néanmoins que “le principe des politiques publiques n’est pas de dire : pas vu, pas pris” : “C’est idiot. Nous avons des responsabilités. Pourquoi ne pas essayer d’organiser un peu les choses ? Sur la question des bars et restaurants, par exemple, nous avons dit aux chefs d’établissements qu’ils pouvaient étendre leurs terrasses s’ils nous en informaient. Nous avons simplement fait confiance au bon jugement des professionnels. Il y a une légère hausse des tapages nocturnes, mais ce n’est pas infernal et ça a réinventé la ville.”

 

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Soucieux de répondre à l’attente des collectifs et de leurs publics, Frédéric Hocquard veut croire qu’une collaboration est envisageable : « Je ne peux pas m’engager, il faut en parler avec la Préfecture de Police, la Maire du 12ème arrondissement, l’adjoint aux parcs et jardins et les autres décideurs. Si l’on trouve une solution, pourquoi ne pas imaginer quelque chose de durable ? Mon idée serait d’imposer un certains nombres de règles. Il faudrait une déclaration en amont – 24 ou 48 heures à l’avance – et des engagements sincères de la part des collectifs. Il faudra sécuriser puis nettoyer l’espace, installer des éclairages, et mettre à disposition du gel désinfectant et des masques que la Mairie pourrait fournir.”

Une teuf Microclimat au Parc des Beaumonts à Montreuil

 

Retour à l’incertitude

Si les relations semblaient prendre un tournant positif entre le Socle et la Mairie de Paris, le week-end dernier semble avoir rebattu quelques cartes. Le vendredi 24 juillet, c’est l’annulation en dernière minute de l’Alter Paname – grande célébration portée par une dizaine de collectifs prévue sur l’Hippodrome de Vincennes – qui a jeté un froid au sein de l’assemblée du Socle. Le problème, selon les collectifs concernés, c’est que “l’événement respectait scrupuleusement le protocole sanitaire imposé par les autorités. » “Alter Paname a travaillé avec la Mairie de Paris et la Préfecture de Police pendant des mois pour assurer la tenue de cet événement, affirme Fabien Kratz, membre de l’association de réduction des risques l’Amicale et co-fondateur du Socle dont fait partie Alter Paname. Nous avions assez de masques pour tous les participants, du gel hydroalcoolique, et nous avions limité la jauge à 4 500 personnes sur un espace de 46 000m². On était sur un ratio de 10m² par participant, là où l’état nous en impose seulement quatre. Tous les voyants étaient au vert jusqu’à ce que les chiffres de contamination à la COVID-19 en France ne repartent à la hausse.”

« Certains pensent que les annulations cherchent à museler la scène. La vérité, c’est que le virus revient et que c’est une question de santé publique qu’il faut avoir sérieusement en tête. »

Alors que les statistiques s’étaient stabilisées entre 300 et 600 nouveaux cas quotidiens début juillet, elles ont effectivement dépassé la barre des 2 000 au cours des dernières semaines, justifiant la décision des autorités d’annuler la majorité des événements prévus le week-end du 24. En tout, plusieurs dizaines d’événements ont été impactés, notamment au bois de Vincennes et sur l’ensemble de la Seine-St-Denis. Pour Fabien Kratz, public et collectifs vont devoir “s’habituer aux concessions et aux annulations de dernières minutes” : “Aujourd’hui, on ne dialogue plus seulement avec la Mairie et la Police, mais aussi avec l’Agence régionale de santé qui doit évaluer le risque de contamination pour chaque événement. Le souci, c’est que les statistiques liées au coronavirus fluctuent énormément d’une semaine sur l’autre. Ce n’est plus possible d’assurer qu’un événement prévu le mois prochain se tiendra avec certitude. Certains pensent que les annulations cherchent à museler la scène. La vérité, c’est que le virus revient et que c’est une question de santé publique qu’il faut avoir sérieusement en tête.”

Pour le co-fondateur du Socle, il est important que la collaboration reste étroite entre collectifs et autorités. “On ne sait pas si le virus ne reviendra pas cet hiver, ni si cette situation pourrait se répéter l’été prochain, s’inquiète-t-il. Si on ne développe pas des protocoles sanitaires reproductibles sur la durée, les événements non-déclarés vont se poursuivre sans encadrement. Le risque sera alors d’autant plus grand, tant pour notre mouvement que pour les autorités qui seront perçues comme responsables si une nouvelle vague se déclare”. Néanmoins, Fabien Kratz veut rester optimiste : “Ces dernières semaines, les autorités ont pris conscience que faire la fête est un acte social dont les gens ont besoin aujourd’hui plus que jamais. On espère que cette période d’incertitude débouchera sur un laboratoire de la fête à Paris. Si nous faisons preuve de professionnalisme, cela pourrait donner lieu à des avancées plus larges sur l’ensemble du territoire. Bien résolue, cette question sanitaire pourrait enfin asseoir la légitimité que la rave culture revendique en France depuis 1989.”

Teuf Micmac au parc de la Bergère à Bobigny

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