La teuf Micmac au parc de la Bergère à Bobigny / ©Thémis Belkhadra

Free-parties en Île-de-France : la fête, malgré tout

Ce n’est plus un secret pour per­son­ne : la fête bat à nou­veau son plein dans la cap­i­tale.

Toutes les pho­tos sont de Thémis Belkhadra

 

Du bois de Vin­cennes aux quais de Seine, et jusqu’au parc naturel des Beau­monts à Mon­treuil, les col­lec­tifs s’organisent par dizaines pour pal­li­er l’annulation des fes­ti­vals et à la fer­me­ture pro­longée des clubs. Car si le gou­verne­ment a annon­cé que les lieux fes­tifs ne rou­vriront pas avant sep­tem­bre, Paris sem­ble décidée à arracher la lib­erté qu’on lui dérobe – en dépit d’un risque san­i­taire qui per­siste. Alors que de nom­breux citoyens sont tou­jours au chô­mage par­tiel, d’autres ont per­du leur emploi ou tra­ver­sé des moments encore plus dif­fi­ciles depuis l’arrivée du COVID-19. C’est donc naturelle­ment que, aujourd’hui plus que jamais et mal­gré tout, Paris se devait d’être une fête.

Le peu­ple a donc repris sa danse – notam­ment au bois de Vin­cennes où les free-parties se mul­ti­plient chaque semaine. De la micro-house à la tech­no hard­core, tous les gen­res élec­tron­iques se suc­cè­dent dans plusieurs événe­ments simul­tanés dont le nom­bre total de par­tic­i­pants varie d’une dizaine à plusieurs mil­liers. Alors que “l’irresponsabilité de la jeunesse” que fusti­gent cer­tains médias est large­ment dis­cutable, on peut y voir la matéri­al­i­sa­tion naturelle du besoin humain de se retrou­ver, des col­lec­tifs soucieux d’offrir un chemin hors de la déprime, des dance­floors plus vibrants que jamais et le retour des valeurs ini­tiales de la cul­ture rave : une fête libre, inclu­sive, col­lab­o­ra­tive, respon­s­able et surtout organique, irré­press­ible. Mieux encore : une col­lab­o­ra­tion de plus en plus étroite entre col­lec­tifs et pou­voirs publics qui ouvre la porte à de plus grands pro­jets.

Une teuf Micro­cli­mat au Parc des Beau­monts à Mon­treuil

Un besoin vital”

Depuis le décon­fine­ment, le même sché­ma se répète chaque week-end : des coor­don­nées GPS dif­fusées par le bouche-à-oreille et les fêtards s’élancent dans les allées som­bres du bois de Vin­cennes. À la lumière de lam­pes frontales ou d’un flash de smart­phone, les groupes errent par dizaine, ten­tant – par­fois de manière un peu laborieuse – de suiv­re la direc­tion du son.

Le same­di 11 juil­let, c’était un jeune label local qui met­tait sur pied une fête à l’ombre des cèdres de Vin­cennes. Arrivé à la lisière du bois, il faut ten­ter de suiv­re la direc­tion indiquée. Il faut : tra­vers­er forêt, ruis­seau et larges plaines dans une obscu­rité presque totale. Quelques min­utes plus tard, les lumières se dessi­nent entre les troncs d’arbres et les cris annon­cent une foule gigan­tesque. On oublie alors d’éviter les ronces et on tente une ligne droite jusqu’aux enceintes. Sur le dance­floor, près d’un mil­li­er de corps s’agitent et s’enivrent enfin d’une sen­sa­tion qui leur avait tant man­qué. À les voir danser, la fête appa­raît comme une bouf­fée d’air frais néces­saire, une par­en­thèse hors de l’anxiété et de la tristesse qui ont mar­qué ces derniers mois. L’ambiance s’électrifie à mesure que les heures passent, jusqu’au lever du soleil sur la foule aux yeux écar­quil­lés. La fête se pour­suiv­ra ain­si jusqu’à l’arrivée de la garde répub­li­caine, de leurs chevaux et de leurs bombes lacry­mogènes aux alen­tours de 8h du matin.

Je vais en soirée comme cer­tains vont en ran­don­née ou pra­ti­quer un sport. C’est un besoin vital.”

Chas­sée du spot, la foule se dis­perse. Plus loin, un groupe de jeunes pour­suit les fes­tiv­ités aux abor­ds du bois. Derniers ver­res et gros câlins, on prend le temps d’apprécier un ray­on de soleil à leurs côtés. “Retrou­ver le dance­floor a été un vrai soulage­ment, nous con­fie Hamza, qui mul­ti­plie les sor­ties depuis le décon­fine­ment. J’avais besoin d’un exu­toire, d’un espace où m’exprimer libre­ment et évac­uer la pres­sion de la semaine. Le but n’est pas de se mon­tr­er, on ne vient pas dra­guer ou affich­er son statut social. On vient pour vivre une expéri­ence musi­cale, ren­con­tr­er de nou­velles per­son­nes, être ensem­ble et oubli­er un peu la rou­tine. Per­son­nelle­ment, je vais en soirée comme cer­tains vont en ran­don­née ou pra­ti­quer un sport. C’est un besoin vital. S’en priv­er, c’est ressen­tir un manque. En ce moment, les free-parties ren­for­cent cette envie de vivre la fête comme une expéri­ence : on s’aventure dans les bois, en pleine nuit, avec une lon­gi­tude et une lat­i­tude comme seuls repères. En résumé, la crise san­i­taire n’a fait que ren­forcer ma pas­sion pour la fête et tout l’écosystème des musiques élec­tron­iques.”

 

Le retour de la rave culture

Acteur majeur de la fête libre parisi­enne, le col­lec­tif Micro­cli­mat ne s’est pas fait prier pour se join­dre au mou­ve­ment. Le 30 juin dernier, c’est un parc de ban­lieue parisi­enne que le col­lec­tif décidait d’investir pour le plus grand bon­heur de ses fidèles. Sur le côté de la scène, Antoine Calvi­no, papa du col­lec­tif, ne cache pas sa joie. “La sit­u­a­tion actuelle est une grande chance pour dévelop­per la fête parisi­enne, affirme-t-il. Là, on a un retour à la fête telle qu’elle devrait être : libre, en plein air, sans pres­sion des ser­vices de sécu­rité et loin du busi­ness de la tech­no. Les col­lec­tifs et le pub­lic des clubs pren­nent goût à la lib­erté, c’est beau.”

Effec­tive­ment, sur place, les valeurs de la rave cul­ture sont bien présentes. Loin des clubs, on se libère des codes soci­aux et du poids de l’argent. On apprend à être soi avec les autres. Bien­veil­lance et respect sont de mise alors que le pub­lic prête main forte au col­lec­tif qui les a enfin ramené sur le dance­floor. Aux ter­mes d’une quin­zaine d’heures de transe, les derniers debout met­tent même main à la pat­te pour aider le col­lec­tif à net­toy­er l’espace. “Avec le temps, on a créé un lien très fort avec notre pub­lic, explique Antoine Calvi­no. Le fait que l’on soit capa­ble de leur pro­pos­er des événe­ments gra­tu­its en plein air, c’est un cadeau que les gens nous ren­dent en prenant active­ment part à nos événe­ments. Ils nous pro­posent leur aide, se soucient du spot… Il y en aura tou­jours qui ne vien­nent que pour prof­iter, mais l’idée c’est d’arriver à une sorte de com­mu­nion, de surfer tous ensem­ble sur cette vague d’euphorie.”

Ces dernières semaines, les autorités ont pris con­science que faire la fête est un acte social dont les gens ont besoin aujourd’hui plus que jamais. On espère que cette péri­ode d’incertitude débouchera sur un lab­o­ra­toire de la fête à Paris. […] Bien résolue, cette ques­tion san­i­taire pour­rait enfin asseoir la légitim­ité que la rave cul­ture revendique en France depuis 1989.”

Présents sur place, les mem­bres du col­lec­tif Par­al­lèle appuient les pro­pos d’Antoine : “Ce qui se passe en ce moment, c’est un renou­veau. On revient vrai­ment aux valeurs ini­tiales de lib­erté, de débrouille et d’entraide. Cela per­met de voir un peu quels sont les col­lec­tifs qui ont vrai­ment la cul­ture de la fête.” Peu friand de clubs, le col­lec­tif Par­al­lèle se réjouit de voir les club­bers se per­dre en pleine nature : “À Vin­cennes, on a vrai­ment été sur­pris par le nom­bre de per­son­nes réu­nies. Il y a des flux en con­tinu, tu as vrai­ment l’impression d’être en fes­ti­val. Et c’est mar­rant parce que la plu­part n’ont pas l’habitude de sor­tir hors des clubs ou des ware­hous­es. Ils décou­vrent la fête libre et s’attachent à ses valeurs – on trou­ve que c’est une très bonne chose”.

Un air de déjà-vu pour cer­tains mais de décou­verte pour une jeune généra­tion qui n’a con­nu les free-parties qu’à tra­vers les dires de leurs aînés. Un univers qui aura défini­tive­ment mar­qué l’été de Hamza – notre ami ren­con­tré aux abor­ds du bois de Vin­cennes : “Je n’étais jamais allé en free-party avant la soirée que j’ai passé à Saint-Germain-en-Laye, la pre­mière semaine après le décon­fine­ment. J’étais un peu anx­ieux au départ mais, très vite, le fait de danser au rythme des bass­es, au milieu de nulle part avec soix­ante incon­nus… J’ai trou­vé ça génial et suis resté pen­dant six heures devant les cais­sons sans m’assoir.”

La teuf Ultra­cube au parc des Beau­monts à Mon­treuil

 

S’adapter face au virus

Si les fêtes libres ouvrent enfin aux Parisiens un chemin vers le dance­floor, dif­fi­cile de nier que la péri­ode ne s’y prête pas tout à fait. Alors que la pandémie mon­tre des signes de retour, les risques san­i­taires per­sis­tent. Pour­tant, même Sarah – infir­mière d’un hôpi­tal en ban­lieue parisi­enne – s’est joint à la fête. En quelques semaines, elle a enchaîné les open-airs, de la Fée Cro­quer bondée jusqu’à une free-party intimiste au bois de Vin­cennes. “Je suis un grosse fêtarde, assume-t-elle. On est telle­ment oppressés par les respon­s­abil­ités dans la vie de tous les jours… Aller en soirée, c’est assez indis­pens­able. En voy­ant le nom­bre de con­t­a­m­i­na­tions dimin­uer, je suis restée con­sciente du risque, mais je me suis dit que ce n’était plus si dan­gereux.” Aux avant-postes de la lutte con­tre la pandémie, l’in­fir­mière prof­ite du dance­floor pour s’autoriser un brin d’insouciance : “Après tout, on ne vient pas ici pour penser au virus, mais plutôt pour l’oublier un instant.”

On ne vient pas ici pour penser au virus, mais plutôt pour l’oublier un instant.”

Pour autant, l’infirmière-teuffeuse reste lucide quant aux risques san­i­taires que présen­tent ces événe­ments. “Il y a for­cé­ment un risque, explique-t-elle. Les gens sont col­lés les uns aux autres et, surtout, per­son­ne ne porte de pro­tec­tion. Quand on par­le, on expulse tou­jours des gout­telettes ; c’est de cette manière que le virus se trans­met. On ne va pas se men­tir : il serait plus judi­cieux que tout le monde porte un masque.” Néan­moins, Sarah recon­naît que le masque n’est pas très dancefloor-compatible : “Le plus embê­tant, c’est qu’il cache nos émo­tions et crée comme une bar­rière entre les gens. Le masque bloque cette com­mu­ni­ca­tion non-verbale que les gens utilisent pour con­necter en soirée. C’est surtout pour cela que per­son­ne ne fait l’effort d’en porter.” Pour l’infirmière, une solu­tion serait de “porter le masque partout sauf en soirée” : “Si les gens veu­lent pren­dre des risques, ils doivent impéra­tive­ment se mon­tr­er respon­s­ables et pro­téger ceux qui n’en pren­nent pas. Il faudrait porter un masque dans tous les espaces publics et garder nos dis­tances avec notre entourage.”

À l’open-air du 30 juin organ­isé par Micro­cli­mat, on note tout de même que, si les masques sont tombés, cer­taines habi­tudes changent côté pub­lic. Fini les mélanges d’alcool dans une bouteille de soft qui aura embrassé toutes les bouch­es avant le petit jour. En plas­tique ou en car­ton, les gob­elets sont aujourd’hui de mise. Le gel hydroal­coolique est aus­si de la par­tie, sur les stands de réduc­tion des risques ou au fond du sac des par­tic­i­pants. Et sur le dance­floor, on prof­ite du luxe ultime du plein air : des dis­tances de sécu­rité con­fort­a­bles. “On n’est pas là pour jouer avec le feu, affirme Antoine Calvi­no. Il faut être réal­iste mais on peut s’adapter et min­imiser le risque autant que pos­si­ble. Aujourd’hui, on sait que la con­t­a­m­i­na­tion s’opère dif­fi­cile­ment dans un espace en plein air s’il est assez vaste et que les dis­tances sont respec­tées. Il faut que les col­lec­tifs pren­nent ce paramètre en compte lorsqu’ils choi­sis­sent les lieux dans lesquels ils s’installent.”

 

Le Socle, prêt à s’engager

Dans la débâ­cle actuelle, la COVID-19 n’est pas le seul dan­ger qui inquiète les col­lec­tifs parisiens. Avec la mul­ti­pli­ca­tion des ini­tia­tives non-encadrées – et par­fois ama­teures – à Vin­cennes, les abus sont devenus plus fréquents. C’est pour cette rai­son qu’Antoine Calvi­no a décidé que Micro­cli­mat ne s’installerait plus au bois pour l’instant : “Début juin, notre teuf à Vin­cennes a accueil­li deux fois plus de monde que prévu. On est tombé sur des gars à l’ouest qui s’amusaient à van­dalis­er notre scéno­gra­phie et les gens ont aban­don­né des tonnes de déchets que nous avons dû ramass­er nous-même”. Pire que les abus, il y a l’insécurité qui grimpe alors que la rumeur des “free-parties de Vin­cennes” se répand hors du cer­cle des ini­tiés de la tech­no, glanant de plus en plus de monde. Ce lun­di 20 juil­let, ce mes­sage sur les réseaux soci­aux brise l’u­topie : “Dans la nuit du same­di 18 au dimanche 19 juil­let, mon amie a été vio­lée dans le bois de Vin­cennes alors qu’elle quit­tait la scène musi­cale.“ Une enquête de police est désor­mais en cours, et la boîte mail [email protected] a été ouverte pour recueil­lir les témoignages.

Dans ce con­texte, il était impor­tant pour le Socle – le Syn­di­cat des Organ­isa­teurs Cul­turels Libres et Engagés qui réu­nit 25 col­lec­tifs parisiens expéri­men­tés – de réfléchir à un moyen d’encadrer ce retour au dance­floor. Mem­bre act­if du syn­di­cat, Antoine Calvi­no espère que “la scène appren­dra à s’auto-gérer” : “Si nous récla­m­ons une place dans l’espace pub­lic, il faut en être digne. Les col­lec­tifs doivent se respon­s­abilis­er et sen­si­bilis­er leur pub­lic. Il faut dire aux gens de respecter l’espace qui les accueille, de pren­dre soin d’eux et des autres. Il faut aus­si appren­dre à respecter le voisi­nage.”

Con­scient que ces événe­ments ne pour­ront se tenir dans des con­di­tions opti­males qu’avec la par­tic­i­pa­tion des pou­voirs publics, le Socle a ren­con­tré lun­di 21 juil­let Frédéric Hoc­quard, l’ad­joint à la maire de Paris en charge de la vie noc­turne. Le but de la démarche : lui pro­pos­er un cadre régle­men­taire dans lequel les free-parties pour­raient se dérouler en toute légal­ité, à con­di­tion de met­tre en place une procé­dure con­tre la con­t­a­m­i­na­tion de la COVID-19, de mod­ér­er les nui­sances sonores et de net­toy­er le ter­rain après la fête. La mairie s’est mon­trée ent­hou­si­aste et le proces­sus s’est enclenché. Reste à trou­ver des spots, rédi­ger une charte, et surtout, à con­va­in­cre la pré­fec­ture de Police à qui revient le dernier mot.

La teuf Ultra­cube au parc des Beau­monts à Mon­treuil

La main tendue de la mairie

À la Mairie de Paris, Frédéric Hoc­quard a bien enten­du le cri poussé par la com­mu­nauté tech­no parisi­enne. “Quand il se passe des choses dans le domaine créatif et cul­turel – même si c’est de manière illé­gale – il faut se deman­der pourquoi les gens déci­dent de faire ce qu’ils font, affirme-t-il. Effec­tive­ment, il n’y a pas suff­isam­ment d’espaces fes­tifs. Les clubs sont fer­més et la sit­u­a­tion ne per­met pas d’obtenir des autori­sa­tions car les procé­dures pren­nent en moyenne deux mois. C’est pour cette rai­son que les col­lec­tifs se sai­sis­sent de l’espace pub­lic.” Curieux de voir de quoi ces événe­ments avaient l’air, le maire-adjoint à la vie noc­turne en a d’ailleurs emprun­té les chemins : “Je me suis ren­du au bois de Vin­cennes le week-end dernier, ce n’est quand même pas super. Il n’y avait pas de sécu­rité ni d’éclairage. Je sais que c’est rigo­lo de se retrou­ver dans les orties mais quand même… Il faudrait encadr­er la pra­tique en com­mençant par délim­iter les endroits les plus prop­ices à ce type d’événements. Il ne faut pas que n’importe qui se mette à s’installer n’importe où.”

La pri­or­ité n’est pas de courir après des jeunes qui font la fête au bois de Vin­cennes. La police a d’autres choses à faire en ce moment.”

À la lumière de ces dernières semaines, Frédéric Hoc­quard admet ressen­tir une cer­taine “tolérance” de la part des pou­voirs publics : “Ce que me dit le chef de la DPSP [la Direc­tion de la Préven­tion, de la Sécu­rité et de la Pro­tec­tion, ndr], c’est que la pri­or­ité n’est pas de courir après des jeunes qui font la fête au bois de Vin­cennes. La police a d’autres choses à faire en ce moment. C’est d’ailleurs la pre­mière fois cette année que le gou­verne­ment n’envoie pas ses troupes au tekni­val. En revanche, il y a envoyé du per­son­nel pour dis­tribuer des masques, du gel hydroal­coolique et des bons pour tester la COVID.” Si le maire-adjoint appré­cie cette posi­tion, il estime néan­moins que “le principe des poli­tiques publiques n’est pas de dire : pas vu, pas pris” : “C’est idiot. Nous avons des respon­s­abil­ités. Pourquoi ne pas essay­er d’organiser un peu les choses ? Sur la ques­tion des bars et restau­rants, par exem­ple, nous avons dit aux chefs d’établissements qu’ils pou­vaient éten­dre leurs ter­rass­es s’ils nous en infor­maient. Nous avons sim­ple­ment fait con­fi­ance au bon juge­ment des pro­fes­sion­nels. Il y a une légère hausse des tapages noc­turnes, mais ce n’est pas infer­nal et ça a réin­ven­té la ville.”

 

À lire également
Frédéric Hocquard : “On ne verra pas avant des mois une salle avec 1000 personnes entassées à l’intérieur”

 

Soucieux de répon­dre à l’attente des col­lec­tifs et de leurs publics, Frédéric Hoc­quard veut croire qu’une col­lab­o­ra­tion est envis­age­able : “Je ne peux pas m’engager, il faut en par­ler avec la Pré­fec­ture de Police, la Maire du 12ème arrondisse­ment, l’adjoint aux parcs et jardins et les autres décideurs. Si l’on trou­ve une solu­tion, pourquoi ne pas imag­in­er quelque chose de durable ? Mon idée serait d’imposer un cer­tains nom­bres de règles. Il faudrait une déc­la­ra­tion en amont – 24 ou 48 heures à l’avance – et des engage­ments sincères de la part des col­lec­tifs. Il fau­dra sécuris­er puis net­toy­er l’espace, installer des éclairages, et met­tre à dis­po­si­tion du gel dés­in­fec­tant et des masques que la Mairie pour­rait fournir.”

Une teuf Micro­cli­mat au Parc des Beau­monts à Mon­treuil

 

Retour à l’incertitude

Si les rela­tions sem­blaient pren­dre un tour­nant posi­tif entre le Socle et la Mairie de Paris, le week-end dernier sem­ble avoir rebat­tu quelques cartes. Le ven­dre­di 24 juil­let, c’est l’annulation en dernière minute de l’Alter Paname – grande célébra­tion portée par une dizaine de col­lec­tifs prévue sur l’Hippodrome de Vin­cennes – qui a jeté un froid au sein de l’assemblée du Socle. Le prob­lème, selon les col­lec­tifs con­cernés, c’est que “l’événement respec­tait scrupuleuse­ment le pro­to­cole san­i­taire imposé par les autorités.” “Alter Paname a tra­vail­lé avec la Mairie de Paris et la Pré­fec­ture de Police pen­dant des mois pour assur­er la tenue de cet événe­ment, affirme Fabi­en Kratz, mem­bre de l’association de réduc­tion des risques l’Amicale et co-fondateur du Socle dont fait par­tie Alter Paname. Nous avions assez de masques pour tous les par­tic­i­pants, du gel hydroal­coolique, et nous avions lim­ité la jauge à 4 500 per­son­nes sur un espace de 46 000m². On était sur un ratio de 10m² par par­tic­i­pant, là où l’état nous en impose seule­ment qua­tre. Tous les voy­ants étaient au vert jusqu’à ce que les chiffres de con­t­a­m­i­na­tion à la COVID-19 en France ne repar­tent à la hausse.”

Cer­tains pensent que les annu­la­tions cherchent à musel­er la scène. La vérité, c’est que le virus revient et que c’est une ques­tion de san­té publique qu’il faut avoir sérieuse­ment en tête.”

Alors que les sta­tis­tiques s’étaient sta­bil­isées entre 300 et 600 nou­veaux cas quo­ti­di­ens début juil­let, elles ont effec­tive­ment dépassé la barre des 2 000 au cours des dernières semaines, jus­ti­fi­ant la déci­sion des autorités d’annuler la majorité des événe­ments prévus le week-end du 24. En tout, plusieurs dizaines d’événements ont été impactés, notam­ment au bois de Vin­cennes et sur l’ensemble de la Seine-St-Denis. Pour Fabi­en Kratz, pub­lic et col­lec­tifs vont devoir “s’habituer aux con­ces­sions et aux annu­la­tions de dernières min­utes” : “Aujourd’hui, on ne dia­logue plus seule­ment avec la Mairie et la Police, mais aus­si avec l’Agence régionale de san­té qui doit éval­uer le risque de con­t­a­m­i­na­tion pour chaque événe­ment. Le souci, c’est que les sta­tis­tiques liées au coro­n­avirus fluctuent énor­mé­ment d’une semaine sur l’autre. Ce n’est plus pos­si­ble d’assurer qu’un événe­ment prévu le mois prochain se tien­dra avec cer­ti­tude. Cer­tains pensent que les annu­la­tions cherchent à musel­er la scène. La vérité, c’est que le virus revient et que c’est une ques­tion de san­té publique qu’il faut avoir sérieuse­ment en tête.”

Pour le co-fondateur du Socle, il est impor­tant que la col­lab­o­ra­tion reste étroite entre col­lec­tifs et autorités. “On ne sait pas si le virus ne revien­dra pas cet hiv­er, ni si cette sit­u­a­tion pour­rait se répéter l’été prochain, s’inquiète-t-il. Si on ne développe pas des pro­to­coles san­i­taires repro­ductibles sur la durée, les événe­ments non-déclarés vont se pour­suiv­re sans encadrement. Le risque sera alors d’autant plus grand, tant pour notre mou­ve­ment que pour les autorités qui seront perçues comme respon­s­ables si une nou­velle vague se déclare”. Néan­moins, Fabi­en Kratz veut rester opti­miste : “Ces dernières semaines, les autorités ont pris con­science que faire la fête est un acte social dont les gens ont besoin aujourd’hui plus que jamais. On espère que cette péri­ode d’incertitude débouchera sur un lab­o­ra­toire de la fête à Paris. Si nous faisons preuve de pro­fes­sion­nal­isme, cela pour­rait don­ner lieu à des avancées plus larges sur l’ensemble du ter­ri­toire. Bien résolue, cette ques­tion san­i­taire pour­rait enfin asseoir la légitim­ité que la rave cul­ture revendique en France depuis 1989.”

Teuf Mic­mac au parc de la Bergère à Bobigny

(Vis­ité 7 779 fois)