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© DarkRoom pour le Cabaret Vert
30 août 2017

Gastronomie ardennaise et développement durable : on était au Cabaret Vert

par Antoine Tombini

On ne pouvait se douter du monde dans lequel nous allions atterrir en allant à Charleville-Mézières.En sortant de la gare, la ville est déserte tel un vieux film de western. Des files indiennes de gens multicolores, bérets rouges sur la tête, au milieu de familles endimanchées, convergent vers un même point. Après une balade le long de la Meuse sous un ciel grisâtre, on arrive sur le site du Cabaret Vert, treizième édition. On remarque d’entrée les t-shirts roses flashy d’un personnel de sécurité relax et souriant. Le premier groupe, Stories…, vient de finir sur la première scène, Illuminations, et une odeur de frites accompagne notre passage sous l’arche d’entrée du Cabaret Vert. En face, à l’autre bout du terrain, un château fort nommé Groin Groin, enclave métal du festival, regroupe plusieurs brasseries et stands de grillades du pays ardennais et attire notre soif.

Sur la deuxième scène, Zanzibar, installée dans une seconde grande plaine, Dirty Deep prend place et accompagne notre découverte du lieu avec leur blues rock à l’américaine. A l’autre bout de la plaine, les lettres géantes tout en verdure « Cabaret Vert » se dressent le long d’une haie. La fin du premier concert annonce le début d’un autre sur la première scène. Une voix féminine et désinvolte s’élève dans les airs et nous attire. On se retrouve face à Goat Girl, girl band à l’allure punk qui hypnotise de leur rock mélancolique aux riffs puissants. Et même si une certaine émotion se fait ressentir, on sent que les musiciennes ne prennent pas leur pied. Et pour conséquence, le concert est écourté au bout d’une vingtaine de minutes. Bon. En remontant vers Zanzibar on découvre une troisième scène, « le Temps des Cerises », petite serre d’une trentaine de mètres de long, plantes et lianes suspendues au plafond. Le crew dijonnais Popcorn Party enchaîne sans transitions une sélecta reggae, dub, funk et disco. Bordé par des brasseries, l’espace est aménagé dans une petite forêt et permet un repos (relatif !) entre les deux scènes.

Guidé par une odeur de fromage fondu, on découvre en face de la grande scène une ribambelle de stands de restauration, des micro-brasserie qui changent leur carte au jour le jour, et une énorme terrasse aménagée au bord de la Meuse. Encore plus loin, un marché local propose des produits bruts locaux et un arche « le Temps de Freaks » annonce une entrée vers un nouveau monde, microcosme théâtral du festival. On y assiste dans un premier temps à une saynète irréelle de far west. Plus loin, un chevalier et un sultan se battent au ralenti tandis qu’un homme armé d’un mégaphone s’affaire à placer les festivaliers sur des bancs pour un spectacle de marionnettes russes. Premier retour en enfance.

© DarkRoom pour le Cabaret Vert

La pause théâtrale se termine là, et on retourne devant Zanzibar tandis que Turbo Negro, groupe de rock norvégien, reprend gauchement « Jump Around » de House Of Pain. Mais l’effet est là. La faim arrive en même temps que la soif, et le burger ardennais nous entraîne dans une phase de digestion fatale. Le parcours au sein du festival est à la fois musical et gastronomique. On se traîne alors naturellement devant le Temps des Cerises le temps d’une session dub à l’ancienne orchestrée par le Raspect Crew. C’est l’heure de The Kills sur la grande scène et le public est en feu dès les premiers morceaux. Vers la fin du concert, des mémoires adolescentes resurgissent lors de « Baby Says ». Retour sur Zanzibar. Une jeune femme se tient toute seule sur scène, et la foule commence à être compacte. Une ligne de basse puissante retentit dans la plaine et alors que les paroles de « Heads Up » s’élèvent dans les airs, un flashback nous ramène une semaine en arrière dans un lavomatic parisien en train d’attendre que le linge sèche sur fond de radio généraliste. C’est Jain ! Les gimmicks de la chanteuse sont accrocheurs, et on se surprend même à remuer la tête. Le temps du changement de plateau, on souffle un peu en se calant sur l’une des lettres géantes après avoir fait un rapide coucou à Denzel Curry dont les basses faisaient l’effet de claques en pleine face.

Les hordes de métalleux euphoriques remplacent les familles, alors que Korn s’apprête à monter sur scène. L’ambiance est conviviale, et on a l’impression d’être dans un petit village où tout le monde se connaît. Un voile noir s’abaisse sur la scène et c’est le début du show de l’immense cylindrée métal. La fosse est inaccessible, les pogos lèvent des nuages de poussières, et des dizaines de festivaliers slament d’un bout à l’autre du terrain. Le chanteur Jonathan Davis débarque sur scène avec une cornemuse, normal. Fin du concert, l’espace se dégage enfin et on remarque l’armée de bénévoles – 2000 en tout ce week-end – qui s’active à nettoyer le terrain avant le concert de Soulwax. Popcorn Party entame une session drum’n bass infernale sur le Temps des Cerises, et on les rejoint le temps de quelques bonds avant de vite revenir se placer au plus près de la scène. Trois batteurs, un guitariste, et les frères Dewaele aux machines et à la voix, Soulwax commence sur les chapeaux de roues et nous entraîne dans des pogos infernaux.

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Le samedi, c’est Yassassin qui ouvre le bal lors de notre arrivée sur le site. Les Londoniennes arrivent à motiver les festivaliers en train de fondre au soleil ou de digérer leurs poutines. On se perd ensuite à travers les différents stands en direction du Temps des Freaks et on découvre alors trois autres espaces que l’on n’avait pas remarqué la veille. On replonge (encore) en enfance en visitant le festival de BD et en se replongeant dans les œuvres de Tebo, Keramidas ou Jean-Luc Istin des Androïdes. Sur le bâtiment d’en face, deux portes. L’une donne sur une double salle de cinéma, où l’on se cale le temps d’un documentaire sur le fonctionnement d’une coopérative bio aux Etats-Unis. La deuxième porte ouvre sur le village Idéal, épicentre du développement durable du festival où sont regroupées des associations et coopératives locales et nationales comme Marcassol (la monnaie locale des Ardennes), Eurocoop (alternative verte à EDF),  ou encore Renard (œuvrant à la protection de la nature). On assiste même à une conférence en présence d’architectes et d’experts se demandant si construire une maison écologique revient forcément plus cher.

On sort du gymnase et on s’allonge dans l’herbe pour se délecter du concert d’Allah Las, dont le rock psyché et langoureux invite clairement au farniente. On repart faire un tour vers le Temps des Freaks pour vaquer vers l’inconnu, et on tombe sur l’espace Bayard. Remplis de jeux faits maison, le cadre invite à la rencontre et on se livre dans une bataille féroce de catapultes en bois avec un petit garçon de cinq ans. On continue l’exploration et on tombe sur une petite tente placardée « Musée des Monstres Sacrés du Rock » recelant d’objets farfelus, et de jeux barrés comme « Sauvez Jeff Buckley de la noyade ». Cynique.

Les Lemon Twigs prennent place et enchantent notre début de soirée. Difficile de mettre un mot sur un style particulier tant les chansons varient entre elles. Une voix à la McCartney, un style à la Bowie, on dirait que les plus grandes stars du rock renaissent à travers la musique des frères D’Addario. Pas le temps de niaiser, la foule grandit devant la scène Illuminations, attendant avec impatience le concert de la fierté de Charleville-Mézières, Fishbach. D’une voix envoûtante, la chanteuse transcende les milliers de festivaliers au coucher du soleil alors que le géant du rock « à l’anglaise », Franz Ferdinand, débarque à son tour de l’autre côté du site. Une fois encore, une fureur adolescente refait surface lors des morceaux issus de l’ album You Could Have It So Much Better. Et d’autant plus lorsque le chanteur, Alex Kapranos, nous souffle vers la fin de leur concert « Oh, I forgot one », et embraye sur un « Take Me Out » détonnant. La douce pop d’Alb s’évapore dans les airs depuis la seconde scène mais ne nous convainc pas, et on préfère squatter la serre illuminée du Temps des Cerises où Philippe Thevenet, créateur et DJ résident de Radiomeuh, remonte nettement le niveau du mix.

23h15! Justice est bientôt là. Et même si Gaspard Augé et de Xavier de Rosnay tendent aujourd’hui vers des productions moins musclées et plus pop que sur leur album Across The Universe, on avait hâte de voir ça. Les nappes stellaires d’introduction de « Safe And Sound » résonnent dans la plaine alors que les artistes prennent place sur scène. C’est la folie. Une scénographie tout en LED s’agite sur les dizaines d’écrans au-dessus et derrière eux tandis que les basses piquées font trembler la foule.

© DarkRoom pour le Cabaret Vert

On finit devant Panda Dub en mangeant une croûte ardennaise. Et même si le Lyonnais nous envoie (comme son nom l’indique) du dub entraînant et violent, il est dommage qu’il prenne le micro entre chaque titre pour discuter avec le public. Le concert se termine et par curiosité, on suit l’immense file indienne se dirigeant vers le camping. Le nombre de tentes, collées les unes aux autres, est impressionnant. Le chemin n’en finit plus et on découvre alors le bar du camping – barmens debout sur le bar, « Femme Like You » de K-Maro à fond, et une centaine d’assoiffés se dandinant en masse sous le chapiteau – on passe notre route. On rebrousse chemin en passant sous un pont où une cinquantaine de personnes ont improvisé un soundsystem hardtek autour d’une enceinte portative. Cela n’en finit plus, et l’orgie post festival ne fait que commencer.

Le dimanche, le réveil est dur, mais on file voir Fishbach, en concert dans la maison d’Arthur Rimbaud, le héros local ayant donné son nom au festival. Parfait pour une fin de week-end toute en douceur. Chaque pièce de la maison révèle une partie de la vie du poète, Marseille, Bruxelles, Londres et enfin Charleville. La session se déroule au premier étage, et les deux guitaristes et la chanteuse prennent place chacun dans une pièce différente. Les yeux se ferment tout seuls tandis que la voix de Flora nous ensorcelle. La fin de la session acoustique est synonyme pour nous de retour à la gare et donc à la réalité.

Meilleur moment : Le concert d’Allah-Las allongé dans l’herbe au soleil.

Pire moment : Quand un festivalier nous renverse une assiette de maroilles fondu sur les genoux.

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