House, jazz et cinéma, l’interview de Folamour

Le 23 août prochain, à l’occasion de la soirée organ­isée par le label De la Groove, Folam­our jouera pour la pre­mière fois au Garage, à Paris. Accom­pa­g­né de son ami et col­lègue du label Moon­rise Hill Mate­r­i­al, Ethyène, du nou­veau venu dans la sphère “house funky”, Bel­laire, et les rési­dents du label Le Hutin et B.K Mik, le jeune Lyon­nais risque de faire vibr­er le club de la Cité de la Mode et du Design, à coup de house saupoudrée de ses nom­breuses influ­ences, du jazz à la dis­co, de la soul au hip-hop. L’homme aux mul­ti­ples cas­quettes a d’abord évolué dans l’organisation de soirées à Lyon avec Touche Française, pour ensuite com­mencer à pro­duire sa pro­pre musique. Aujourd’hui, Bruno dirige deux labels de référence à Lyon : Moon­rise Hill Mate­r­i­al et FHUO (For Heav­en Use Only). Sans opter pour une com­mu­ni­ca­tion mas­sive, sor­ties après sor­ties, ses deux labels remuent le monde de la house nou­velle généra­tion. Véri­ta­ble bosseur dans l’âme, Bruno aka Folam­our a sor­ti cet été l’album de Tochi­gi Canopy (FHUO), mais aus­si un incroy­able EP, The Pow­er And The Bless­ing Of Uni­ty, sur le label Glit­ter­box et pré­pare la sor­tie fin sep­tem­bre de son album Uma­mi. Out­re la référence ciné­matographique évi­dente à Dr. Strangelove, Bruno sourit quand on évoque son nom de scène : “Je trou­vais ça mar­rant de trou­ver un nom qui fasse très pop tout en pro­duisant quelque chose de plutôt under­ground”. Entre deux dates, juste avant son train, on a eu l’occasion de ren­con­tr­er le mys­térieux per­son­nage et d’en savoir un peu plus sur ses influ­ences et son par­cours.

Com­ment étaient tes débuts musi­cale­ment?

Je fai­sais de la bat­terie quand j’étais gosse, puis de la gui­tare. J’ai eu des groupes de rock pen­dant l’adolescence dans lequels j’étais bat­teur ou chanteur. Ensuite, j’ai eu une grosse phase de break où je me con­cen­trais sur d’autres trucs dont l’écriture. Et puis j’ai com­mencé à organ­is­er des évène­ments avec quelques col­lègues parce qu’on s’ennuyait un peu à Lyon. Et au final ça a bien pris, on fai­sait des con­cert et des soirées, dans lesquels je mix­ais sou­vent pour les warm-up.

On retrou­ve dans tes pro­duc­tions du jazz, mais tu as aus­si sam­plé la dis­co d’Enchantment, le hip-hop de Slick Rick, la soul des Supreme Jubilees, l’afro-beat d’Aleke Kanonu. Com­ment en es-tu arrivé à dig­ger tout ça ?

Le hip-hop c’est vrai­ment mon ado­les­cence et la majorité du reste vient du ciné­ma. Les Supreme Jubilees, par exem­ple, je les ai ré-entendu dans la série The Left­overs. La bande son prin­ci­pale d’un épisode est un morceau d’eux que j’ai sam­plé. Dans le ciné­ma, tu retrou­ves énor­mé­ment de soul, et aus­si pas mal de dis­co. Et le reste vient surtout des digres­sions sur inter­net et chez des dis­quaires. Tu finis par te dire que t’irais bien check­er le bac de jazz, puis tu com­mences à tomber amoureux de cer­tains artistes et tu trou­ves des trucs que t’as envie d’utiliser dans tes sons. Mais le jazz a bercé mon ado­les­cence alors que la dis­co et la funk sont arrivées un peu plus tard. Puis la house vers 21, 22 ans. Quand j’ai com­mencé à vouloir créer ma pro­pre musique, je n’avais pas du tout envie de pro­duire sur ordi­na­teur, ça ne me plai­sait pas du tout. Par la suite, j’ai eu la chance et la malchance d’être cloué chez moi quelques temps, et puis je me suis dit quitte à m’ennuyer, autant appren­dre à utilis­er Able­ton.

Tu as d’abord com­mencé à organ­is­er des soirées sur Lyon avec Touche française, qu’est-ce que cela t’as apporté?

On s’ennuyait un peu, et il y avait un trou en terme de house à Lyon. La ville a été très tech­no pen­dant longtemps, ce qui est moins le cas main­tenant. Il y avait telle­ment d’artistes qu’on voulait inviter et ren­con­tr­er. On s’est régalé avec ceux que l’on admire pro­fondé­ment : Moody­mann, Ker­ri Chan­dler, Sound­stream, Moomin… La liste est longue. C’est autant de ren­con­tres qui m’ont influ­encé dans le fait de créer. En par­lant à tous ces gens, ça te donne une dynamique assez par­ti­c­ulière. Et puis j’ai ressen­ti le besoin de pro­duire, ce qui a son­né la fin de l’organisation d’évènements pour moi.

Oui j’ai pu écouter tes pre­mières pro­duc­tions, Chloé et Illé­na sur un sam­ple de “Sum­mer Mad­ness” de Kool & The Gang…

Je ne savais pas trop encore com­ment on fai­sait et ce qu’on pou­vait faire à l’époque. J’avais ce morceau, qui est un de mes préférés depuis tou­jours, et je me suis dit que j’allais me faire un petit trip avec en le sor­tant comme ça. Et main­tenant que je les ré-écoute, je vois le chemin par­cou­ru, et je suis plutôt con­tent de voir ce que j’arrive à pro­duire aujourd’hui.

 

La fin de l’aventure Touche Française annonçait un peu les prémiss­es de la créa­tion d’un label ?

Ça m’a surtout lancé dans le fait de créer une com­mu­nauté, de trou­ver des artistes que j’apprécie vrai­ment, de les pren­dre avec moi, de les boost­er et de les amen­er là où ils peu­vent aller. C’est plus dans cette dimension-là que Touche Française a ouvert les portes qui ont mené à Moon­rise Hill Mate­r­i­al. Quand j’ai imag­in­er Moon­rise, j’ai directe­ment pen­sé aux per­son­nes que j’avais autour de moi et c’est pour ça que je l’ai mon­té avec Éthyène, Kaf­fé Crème et Saint Paul/Okwa. C’est aus­si ce qu’il se passe avec FHUO depuis.

Com­ment as-tu ren­con­tré juste­ment Éthyène, Kaf­fé Crème et Saint Paul ?

À l’époque où j’organisais des soirées. Kaf­fé Crème bos­sait avec Touche Française, il nous aidait sur des événe­ment et je l’avais déjà fait jouer une ou deux fois. Je m’étais ren­du compte très vite qu’il était très bon et que j’avais vrai­ment envie de boss­er avec lui. Éthyène et Emer­ic grav­i­taient aus­si dans cette sphère et je les avais invité quelques fois. On avait les mêmes références et on a lié un truc d’amitié vrai­ment cool. Et puis, de là a découlé notre label.

Alors que Moon­rise Hill Mate­r­i­al est un pro­jet à plusieurs, tu as créé l’année dernière un label en solo, FHUO , pourquoi? 

Il y avait Moon­rise qui était déjà bien en place, mais je sen­tais qu’il y avait une lim­ite. Comme on est qua­tre, le proces­sus est extrême­ment long, ce qui fait qu’on se lim­ite grosso modo à nous. Et si on bosse avec d’autres, on leur impose des choses qui ne sont pas faciles en tant qu’artiste donc on le fait peu. Et à côté, j’ai ren­con­tré des artistes fan­tas­tiques, notam­ment Parviz avec qui j’ai fait le deux­ième EP, Mad­cat qui est sur le troisième, Tochi­gi Canopy, sur le dernier, qui est un pote d’enfance. Je ren­con­trais ces gens, et je ne pou­vais pas leur pro­pos­er de sor­tir un EP sur Moon­rise, alors que j’avais vrai­ment envie de pou­voir tra­vailler avec eux. Et FHUO est né naturelle­ment de cette envie.

Cela reflète ton côté house un peu plus chill?

Oui il y a de ça. J’essaye tou­jours d’avoir un équili­bre entre des choses assez clubs et dansantes et des choses très ciné­matographiques, qui t’inspirent des images. Il y avait déjà ça avec Moon­rise, mais FHUO a cet atout d’être assez large. On a eu des trucs hip-hop, d’autres house dis­co, d’autres encore plus deep avec Mézigue sur la troisième sor­tie et dernière­ment Tochi­gi Canopy avec un EP extrême­ment ambi­ent lo-fi. La prochaine sor­tie, ce sera Tour Maubourg avec un EP très deep garage des 90’s.

En 2017, j’ai pu voir que tu avais sor­ti 8 EPs, un album, en plus de tes dates, et de tes deux labels, com­ment tu t’organises?

En fait, je bosse tout le temps sans trop m’en ren­dre compte. Par­fois, quand je suis en tournée, dans le train, ou les week-ends la réal­ité refait sur­face. Sinon, tous les jours, je mets en place les sor­ties, je suis en con­tact avec les artistes, et je suis moi-même en stu­dio pour pro­duire mes trucs. Ça doit faire deux ans que je bosse et que je fais du son qua­si­ment tous les jours. Après mon album, j’ai déjà mes 3 ou 4 prochains EP qui sont prêts.

Dans une inter­view qui date de 2015, tu racon­tais que le Dimen­sions Fes­ti­val serait l’un de tes endroits rêvés pour jouer. J’ai vu que tu étais à l’affiche de la prochaine édi­tion. C’est un peu une sorte de con­sécra­tion?

Il y a claire­ment ce sentiment-là. Le Dimen­sions, c’est un fes­ti­val que j’ai fait en tant que pub­lic et qui m’avait boulever­sé, et pour­tant j’en ai fait des teufs et des fes­ti­vals. Mais je suis vrai­ment sor­ti de là-bas, idiot, naïf. J’avais l’impression d’être un gamin à Noël !

Et peux-tu nous par­ler de la suite de tes pro­jets?

Il y a mon album qui va sor­tir fin sep­tem­bre, et ensuite j’attaque de nou­veau sur des EPs. J’en ai un sur label aus­tralien, Kyoku, un sur Sky­lax qui ver­ra enfin le jour à la fin de l’année. Ensuite je vais par­tir sur un nou­veau truc en 2018. Je vais faire une trilo­gie d’EPs avec une his­toire comme fil con­duc­teur. Ensuite, j’ai mon live qui est prêt mais surtout, mon “vrai” nou­veau pro­jet pour l’année prochaine c’est de faire un album à trois, avec Éthyène et Marc Bian­co (qui avait col­laboré sur FHUO) qui excelle au piano. En fait ce sont mes deux colo­cataires ! On le sor­ti­ra sur FHUO, sous le nom de Kimosabe, prévu nor­male­ment début 2018.

Et pour finir, dans la série “si tu pou­vais” : pro­duire un album avec une fig­ure de la scène élec­tron­ique mon­di­ale?

Avec Float­ing Points, j’aimerais vrai­ment boss­er avec lui. Il a une place à part pour moi, il a vrai­ment quelque chose de par­ti­c­uli­er.

Faire la prod d’un rappeur ?

Je choisir­ais… Boo­ba. J’adorerais boss­er avec lui. Comme il est très libre musi­cale­ment, il y aurait pos­si­bil­ité de l’emmener sur des choses intéres­santes.

Ressus­citer un artiste pour une col­lab­o­ra­tion ?

Mar­vin Gaye claire­ment. Pour moi, c’est un des artistes les plus tal­entueux de tous les temps. Mar­vin Gaye amené à notre époque avec un truc très house, aux influ­ences néo-soul, il y aurait quelque chose de fan­tas­tique.

Et réalis­er la B.O d’un réal­isa­teur?

Je choisir­ais un Wes Ander­son. Ça m’a telle­ment influ­encé. Je ne sais pas si les gens le ressen­tent, mais ma musique est claire­ment liée à ce genre de choses. Très sen­ti­men­tale sans tomber dans le mélo.

Folam­our sera le 23 août au Garage, à Paris, le 25 août à Lon­dres pour l’Axe On Wax et le 30 août au Dimen­sions Fes­ti­val en Croat­ie.  

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